Des clones numériques pour sauvegarder l’art préhistorique

ARCHITECTURE 3.0

 

DIGITAL, MULTIMÉDIA, VIRTUEL AU SERVICE DE L’ARCHITECTURE ET DE L’URBANISME

 

Photos, lasers, scanners, toutes les techniques de l’imagerie numérique 3D participent au travail de sauvegarde et de restitution des grottes ornées qui, à Lascaux IV ou à la grotte Chauvet, se traduit par la réalisation de véritables clones technologiques de ces sites naturels et des dessins multimillénaires (18 000 ans pour Lascaux et plus de 35 000 ans pour Chauvet !) qu’ils abritent.

Les artistes pariétaux de la préhistoire s’imaginaient-ils un jour que des technologies bien différentes de la leur allaient permettre, plusieurs milliers d’années après, d’assumer la transmission de leur œuvre à la postérité ? C’est pourtant bien le tour de passe-passe auquel on assiste depuis l’ouverture de la Caverne du Pont-d’Arc, réplique de la grotte Chauvet, au printemps 2015, puis du Centre international d’art pariétal de Lascaux IV en décembre dernier. Lors de l’ouverture du clone numérique de la grotte Chauvet, Stéphane Jaillet, membre de l’équipe scientifique du projet qui s’est basée sur le travail de scan en 3D à haute résolution de la grotte réalisé par le cabinet Pérazio, déclarait ainsi que « la 3D est devenue incontournable pour l’étude des milieux naturels extrêmes et difficiles d’accès en permettant leur analyse à distance (…) ainsi que la visualisation de leur genèse et de leur évolution ».

En effet, les chercheurs disposent aujourd’hui d’un grand éventail de technologies numériques permettant de récupérer des données portant autant sur l’environnement topographique de la grotte que sur le dessin lui-même, afin de réaliser un modèle 3D des grottes où tous les détails (reliefs, forme des dessins) sont rapportés dans l’espace à une échelle inframillimétrique. Apparues dès les années 70, les techniques de photogrammétrie et de lasergrammétrie constituent la première colonne de cet arsenal. La première procède de prises de vue multi-angles où les images sont ensuite redimensionnées les unes par rapport aux autres par un travail logiciel. La seconde permet de mesurer les distances par rapport à un point topographique connu. À ces deux techniques, il faut ajouter depuis quelques années celle du scanner avec projection de frange ou de lumière structurée. Son principe, développé à l’origine dans des applications conçues pour l’industrie automobile ou la dermatologie, permet de recalculer les données avec une précision de 50 microns en projetant une grille virtuelle sur une surface donnée.

L’image 3D, la première pierre du clone

Les éléments géologiques sont créés dans l’atelier de Phénomènes, à Paris Grotte de Chauvet © C Tran-Sycpa
Le relevé numérique 3D de la grotte ornée du Pont-d’Arc ® Guy Pérazio

 

Ces techniques numériques se complètent bien évidemment entre elles et s’articulent avec d’autres – comme la photographie à ultraviolet permettant de révéler des pigments décolorés prisonniers d’une couche de calcite – pour parvenir à la réalisation de répliques ouvertes aux visiteurs dans des représentations d’une fidélité à toute épreuve. Conservateur  de patrimoine au Centre de recherche et de restauration des Musées de France, membre du groupe imagerie numérique spécialisé dans la numérisation 3D multi-échelles, Nicolas Mélard explique ainsi que Lascaux IV et la grotte Chauvet ont « bénéficié de ces relevés numériques intégraux, mais aussi d’autres interventions cosmétiques », comme du moulage et du résinage, des opérations menées par des entreprises spécialisées comme l’Atelier des Fac-Similés du Périgord (AFSP) à Lascaux. (…)

Texte : Laurent Catala
Visuel à la une : Scan, Grotte de Lascaux © Pérazio

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