En même temps… rigueur architecturale et coeur urbain

F(R)ACTURE URBAINE

 

QUAND L’ARCHITECTURE FAIT LA VILLE

 

À la charnière de la cité historique et de la ville moderne de l’après-guerre, la Cité internationale Paul Ricœur parachève la requalification de l’esplanade Charles-de-Gaulle. Isabel Hérault et Yves Arnod réussissent l’exploit d’une architecture unitaire regroupant quatre programmes émanant de trois commanditaires différents. L’architecture y constitue une dialectique qui relie, contrairement au dilemme qui sépare et oppose, comme aimait à le défendre le philosophe Paul Ricœur, mentor… d’Emmanuel Macron !

 

Coupe Longitudinal © Hérault Arnod
Plan masse © Hérault Arnod

 

 

Non loin de la gare lourdement bombardée, l’ancien Champ de Mars s’est mué en esplanade Charles-de-Gaulle, longtemps envahie par un parking à ciel ouvert, aujourd’hui souterrain. À son pourtour, deux bâtiments emblématiques incarnent encore la reconstruction et les Trente Glorieuses : Le Liberté, salle omnisports de Louis Arretche (1961) – restructurée depuis en salle de spectacles polyvalente (6 000 places) – et la « Tour de la Sécurité Sociale » – œuvre brutaliste de Claude Flambeau (1965). En 2006, Christian et Elizabeth de Portzamparc y livrent Les Champs Libres – bibliothèque de Rennes Métropole couplée au musée de Bretagne – ainsi qu’un multiplexe Gaumont, deux ans plus tard.

Atours de force

L’un des enjeux majeurs du projet résidait dans l’articulation d’échelles et de logiques urbaines contrastées dont le boulevard de la Liberté trace la frontière : du côté nord, le centre-ville historique avec ses maisons à pans de bois du Moyen Âge (ayant survécu au grand incendie de 1720) et ses monuments (essentiellement Renaissance et classique) ; au sud, le quartier moderne composé de vastes espaces publics et constructions de grandes dimensions. Il importait donc à l’agence Hérault Arnod de convertir ces données paradoxales attachées au site en stimuli conceptuels. Ainsi fut mise à profit la volumétrie des composantes programmatiques de l’opération afin de façonner cette transition architecturale et urbaine.

En effet, le programme invitait à faire coexister quatre éléments indépendants :

  • un centre sportif comprenant trois salles (gymnastique, gymnase et danse) pour le compte de la municipalité ;
  • le siège de l’Université Bretagne Loire et son Centre de mobilité internationale ;
  • un restaurant universitaire et une résidence pour chercheurs étrangers commandités par le CROUS.

Préconisant une enveloppe unitaire, simple et compacte, le projet lauréat se compose d’un socle investissant l’intégralité de l’emprise au sol de la parcelle, implanté à l’alignement des rues, dans lequel sont positionnés les équipements recevant du public et que couronnent – au droit du boulevard, sur sept niveaux (dont le premier en retrait) – les 79 studios de la résidence pour chercheurs. Cette érection aux allures de vigie urbaine est hérissée de balcons trapézoïdaux en quinconce qui prolongent à l’extérieur les habitations de 18 à 24 m2.

Ce dispositif intégratif autorise cependant à chaque équipement d’affirmer son identité spatiale et fonctionnelle ainsi que son rapport à la ville. L’unicité des matériaux – aluminium (anodisé en parement de façade, poli pour les pare-soleil, thermo-laqué noir pour les menuiseries extérieures) et vitrages haute performance – se décline en de multiples modénatures singulières qui jouent de la transparence à l’opacité pour spécifier la « publicité » ou l’intimité des différents lieux. Si les accès aux locaux de l’université et à la résidence sont implantés sur le boulevard, ceux du restaurant universitaire et du centre sportif optent pour l’allée piétonne en dénivelé menant à l’esplanade. Les deux premiers font appel à une couleur froide, le vert, et à la diagonale dans leurs plans et circulations verticales, les deux derniers s’emparent de la plus chaude, le rouge, mais que tempère leur orthogonalité planaire.

Texte : Lionel Blaise
Visuel à la une : La tourelle de la résildence pour cherches sur son socle hébergeant son hall d’entrée et les bureaux de l’Université Bretagne Loire © André Morin

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