Farshid Moussavi à la barre

RÉALISATION

 

Farshid Moussavi et Richez_Associés

 

 

Dans un univers de lignes verticales, Farshid Moussavi couche sur le papier un amoncellement d’horizons. Trait sur trait, il s’agissait de dessiner, en marge de La Défense, un ensemble mixte associant 110 logements étudiants, 91 logements en accession et cinq commerces. Cette élégante barre s’amuse ainsi de son contexte et répond à la démesure du quartier d’affaires. Cette première réalisation en France de l’architecte anglo-iranienne présage d’un bel avenir hexagonal.

Le goût du paradoxe permet sans doute d’exister et de se signaler dans une masse uniforme et dévorante. À tel point que la différence est désormais érigée en qualité. Farshid Moussavi, qui officie depuis Londres, connaît d’ailleurs particulièrement bien ce trait si « British » faisant de l’altérité une vertu, quelle que soit sa forme. Toléré, accepté, méprisé… peu importe, le totem de la singularité autorise les plus folles extravagances. En matière d’architecture, des silhouettes et des matières flirtent même avec le mauvais goût. Dans ce climat de turbulence architecturale, l’élégance se fait rare.

À La Défense, Farshid Moussavi emprunte cette logique à l’hystérie contemporaine mais la détourne pour mieux la subvertir. Dans un univers de lignes verticales imposées par des gratte-ciel disposés çà et là sur une imposante dalle, l’architecte dessine des lignes horizontales, qu’elle superpose elle aussi, pêle-mêle. Ce jeu de strates est sans doute la plus séduisante réponse à un contexte difficile – deux cimetières, une arène sportive et festive – mais aussi à une adresse remarquable, sur la perspective historique, face à la Grande Arche, monumentale et blanche.

Singulier, cet immeuble l’est tout aussi bien dans son esthétique que dans sa fonction. Dans cet univers tertiaire de façades miroirs et de murs-rideaux, balcons et loggias trahissent la présence de logements. Ici ? Des appartements ? Avec d’un côté, des morts, de l’autre, des rugbymen, et plus loin des traders ? De muscles, d’os et de chiffres, ce curieux voisinage n’invitait pas l’imaginaire à peupler cet environnement de nouveaux habitants. L’établissement public d’aménagement de La Défense a toutefois pris le pari de transformer l’image des franges du quartier d’affaires et de bousculer un paysage jusqu’alors en friche. Et pour cause, les cimetières de Neuilly-sur-Seine et de Puteaux marquaient une frontière quasi infranchissable.

En imaginant en 1996, en lieu et place d’un viaduc autoroutier, une longue jetée, Paul Chemetov et Borja Huidobro lançaient un trait d’union au milieu des tombes pour augurer le développement de l’axe vers l’ouest. Quinze ans plus tard, l’ouvrage d’art dominait encore un territoire déshérité de toute attention. Le plan de renouveau de La Défense a toutefois dicté pour ce site un avenir bien plus prometteur que ne pouvaient le laisser espérer quelques déchets et autres herbes folles. Une aréna ! un hôtel 4* et des logements ! De nouveaux aménagements urbains devaient également rendre la promenade agréable en plus de créer un lien entre la dalle de La Défense et les Terrasses de l’Arche créées dans l’axe. Dans ce contexte, Les Nouveaux Constructeurs et Farshid Moussavi ont répondu présent à l’appel lancé par l’établissement public. Promoteur et architecte promettaient alors d’ériger le premier immeuble de logements depuis plusieurs décennies à La Défense. Il fallait donc du courage et de l’audace, mais aussi un parti architectural fort. Ce fut ce dessin original d’horizons superposés.

 

Texte : Jean-Philippe Hugron
Photo : Other et Stephen Gill

Découvrez l’intégralité de l’article et l’interview au sein d’ArchiSTORM #87