Géométrie sud, cultures abstraites

ART

FONDATION CARTIER POUR L’ART CONTEMPORAIN

 

Peu connu hors de ses sentiers, l’art latino-américain s’offre une place d’honneur à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Jusqu’en février prochain, l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu rassemble une série d’œuvres rarement exposées, dont les formules colorées et les motifs divers composent une culture aussi fascinante qu’énigmatique.

Fidèle à son ouverture aux territoires créatifs et géographiques, la Fondation Cartier pour l’art contemporain invite, à travers sa nouvelle exposition, à un voyage iconographique outre-Atlantique. Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu en dessine ainsi les frontières : de l’Amérique centrale à l’archipel de l’extrême sud, les deux cent cinquante œuvres exposées s’imprègnent de l’identité mixte de cette région du monde.

INCIPIT ARCHITECTURAL

En déployant un parcours entre art ancien et art contemporain, entre art savant et art populaire, l’exposition met en lumière un ensemble de travaux multiformes produits par soixante-dix artistes issus de domaines divers. Plastiques ou architecturales, les créations présentées, toutes périodes confondues, se rencontrent autour d’un discours commun : l’abstraction. Mot d’ordre donné dès l’entrée dans l’espace de la fondation, où l’on s’avance dans une salle de bal signée de l’architecte bolivien d’origine Aymara Freddy Mamani. Ce dernier puise son inspiration dans l’évocation géométrique et colorée de la culture Tiwanaku — civilisation pré-inca du Ve au XIe siècle. De la même manière, le duo paraguayen Solano Benítez et Gloria Cabral, lauréats du Lion d’or de la Biennale d’architecture de Venise en 2016, habille la façade du bâtiment à la façon d’un château de cartes, par le biais d’une installation de panneaux de briques brisées et de béton.

Façades colorées des maisons du Nordeste brésilien, Anna Mariani

DIALOGUES HORS-TEMPS

Au-delà de la présence in situ d’architectures à différentes échelles, Géométries Sud se ponctue d’un vaste ensemble de sculptures créées par Gego, figure vénézuélienne contemporaine majeure, réunies pour la première fois à Paris. Modelées à la main grâce à la malléabilité du fil d’acier et d’aluminium, ses œuvres déploient dans l’espace tridimensionnel un jeu de lignes organiques en regard de la rigueur dominante. Dans cette voie de dialogue, de nombreux artistes se font écho : les toiles iconiques de Carmelo Arden Quin (1913-2010), d’origine uruguayenne, et initiateur du mouvement Madi à Buenos Aires, se reflètent aux côtés des sculptures de la Brésilienne Lygia Clark (1920-1988) dans les clichés de Làzaro Blanco ou dans les peintures de Guillermo Kuitca. Sur le même principe, se tissent des liens iconographiques entre les époques, les sujets et les médiums. En témoignent la charge symbolique des photographies de façades colorées du Brésil captées par Anna Mariani — méconnues hors du pays — qui favorisent un échange à la croisée de la figuration et de l’abstraction avec les toiles d’Alfredo Volpi.

Emblématiques ou rarement exposées, ces icônes de l’art sud-américain se projettent sur le devant de la scène grâce au soutien de la Fondation Cartier. En résulte un métabolisme furtif et coloré, dont les schémas architecturaux et picturaux se répondent et se dispersent dans l’ensemble du parcours. Une cartographie inédite à ne pas manquer.

Texte : Lucien Froment
Visuel à la une : Façades colorées des maisons du Nordeste brésilien, Anna Mariani

 


Exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu
Fondation Cartier pour l’art contemporain
Du 14 octobre 2018 au 24 février 2019

www.fondationcartier.com