L’urbanisme du 21e siècle – civiliser la ville, si possible et sans illusions

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LE BILLET D’HUMEUR DE PAUL ARDENNE

Notre Planète, en 1900, comptait un milliard d’habitants. Elle en comptera sous peu, cent vingt ans plus tard, huit milliards. Aucune chance que ce flot d’humanité renouvelée en mode TGV cesse avant quelques décennies, le temps que s’achève la transition démographique. Onze milliards de Terriens en 2050 ? Nous verrons bien. Avec cette certitude. Les villes, qui regroupent à ce jour plus d’un Terrien sur deux, vont enfler, devenir plus que tentaculaires, invivables.

Autant le reconnaître : la métropolisation, qui galope tant et plus, est une plaie. L’étalement urbain, sans pitié, fait ressembler nos cités à des écoparcs infinis où résidences, zones vertes et pôles d’activités viennent se coaguler sans limites définies. L’accroissement des villes par le haut, tout pareil, nous lasse de l’élévation des bâtiments : la forêt de béton, d’acier et de verre, à force de mendier l’espace du ciel, devient répétitive, insipide et trop envahissante. Alors quoi ? La quête désespérée de solutions en lesquelles on ne croit qu’à moitié. La ville est impossible ? Vive la ville malgré tout.

De retour du Mojave Desert par la highway n° 10, vous vous êtes approché(e) de Los Angeles, qu’on devine au fond du paysage. Soyons précis. Ce n’est pas la cité des Anges que l’on voit mais, au-dessus de l’espace occupé par la ville, l’énorme masse de pollution grise qui la couronne, sorte de champignon atomique écrasé à l’horizontale et à l’échelle de cette flat city de plusieurs centaines de km². L’envie vous est venue, ce samedi après-midi, de vous rendre au Getty Museum, dont les collections d’art valent le déplacement. Or trois heures plus tard, vous voilà renonçant à votre projet. Des kilomètres d’embouteillages, la vitesse moyenne de déplacement de votre Ford Mustang inférieure à 3 km/h et ce maudit réservoir de carburant qui se vide à force de faire du surplace. Plus l’envie de plus en plus pressante d’aller aux toilettes (une chance que les enfants ne soient pas avec vous…). Sans compter la puanteur des gaz d’échappement, la chaleur étouffante plus l’annonce, par l’autoradio, d’incendies non loin, rendus incontrôlables par le réchauffement climatique. La tension, en vous, monte, à faire craindre l’infarctus. Vous feriez volontiers demi-tour mais voilà, il y a trop de monde sur ce fichu boulevard. Condamné à subir et à piétiner sur l’asphalte. Bienvenue dans la métropole du 21e siècle.

Los Angeles – Pollution
© DAVID ILIFF

Le « trop » comme fait métropolitain majeur

Los Angeles, comme Shanghai, comme Mexico, comme Tokyo, comme Manille, comme Sao Paulo, comme Paris…, est de ces villes patrimoniales à ce jour devenues plus impossibles que « possibles ». Y résider coûte une fortune, s’y déplacer est chronophage, y garer son automobile tient de la mission, y respirer n’est envisageable qu’à condition de venir faire loger au creux de nos poumons une dose nocive d’oxyde de carbone. Relevons que ces cités et leur périphérie, loin d’être des repoussoirs, restent cependant des attracteurs, contre toute logique, celle de l’activité à part. On s’y regroupe toujours plus, on y travaille aussi toujours plus, ceci expliquant cela. L’homme n’a pas le choix. Il est économique parce qu’il lui faut manger. Alors la ville, point.

Quelle ville ? La ville qui est. Comprendre, celle que la réalité nous sert sans que nous ayons prise sur elle. Le principal problème de notre monde, vous assurera avec raison n’importe quel sage, est qu’il existe tel quel. L’existence telle quelle des métropoles, dans cet ensemble, s’impose dès lors à nous, résidents et usagers, comme ce fait établi et le plus souvent négatif qu’il faut assimiler lors même que tout indique que cette assimilation est à présent vouée à l’échec. On a vu les effets désastreux, pour la région parisienne tout entière, de la seule fermeture, en cœur de Paris, des voies sur berge de la Seine. Résultat de cette décision municipale, la thrombose. Des bouchons automobiles phénoménaux, des milliers d’heures de travail perdues pour des centaines de milliers d’usagers, un problème politique de taille qui pourrait coûter en 2020 sa réélection à Anne Hidalgo, maire de cette Ville Lumière devenue au passage la plus « lente » des cités de l’Union Européenne.

Pour quelle raison déjà, cette fermeture des voies sur berge ? La demande, par les Parisiens – une demande pas si illégitime que cela – d’un peu moins de circulation automobile dans leur cité. (…)

Texte : Paul Ardenne

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