Photo d’art, spatialité, et mise en scène

AIR DU TEMPS

REGARDS CROISÉS SUR UNE QUESTION CLÉ

 

Le paysage, la ville, le corps dans l’espace…, autant d’univers fertiles pour la photographie d’art et de création. Escapade sur ce thème avec François Delebecque et Jean-Christophe Ballot. Ces deux photographes de création qui scénographient leurs images nous entraînent sur leurs chemins de traverse.

Comptant tous deux parmi les premiers pensionnaires photographes de la villa Médicis dans les années 1980, François Delebecque, photographe et plasticien et Jean-Christophe Ballot, à la fois architecte, diplômé de l’Ecole nationale des arts décoratifs et de la Femis, s’y sont rencontrés en 1995 pour l’exposition Escale du regard. Cette année, ils se sont retrouvés à Zingst, le Deauville Berlinois sur la Baltique, pour l’Environmental Photo Festival 2018 dont l’approche artistique est un terrain de jeu qu’ils partagent. Si leurs démarches diffèrent, ils ont en commun de mettre en scène leurs images.

Les narrations poétiques de François Delebecque

Ouvrir les chemins de l’imaginaire serait-il le fil conducteur de l’œuvre délibérément éclectique de François Delebecque ? Au rythme de ses voyages dans diverses contrées, de Belle Ile au Cap Vert, les prises de vue à l’éclairage rudimentaire de ses « Nocturnes végétale » débouchent sur des images à l’atmosphère contrastée. Juste évoquée, la présence humaine se mêle à une nature obscure et sublimée.

En 2013, sur les traces du très minimaliste Donald Judd qui avait racheté l’ancienne banque et divers bâtiments de Marfa pour faire de la petite cité texane un site d’exploration pour l’art contemporain, Delebecque a poussé jusque-là. Levé dès l’aube pour écouter palpiter la ville et ses environs, il s’en est approprié les objets architecturaux, livrant sa propre lecture dans des images en noir et blanc frontales ou d’angle. Tel un décor de cinéma et pourtant bien réelle, la banque photographiée au grand angle perd totalement son épaisseur, telle une page qui se tourne.

Élévation, horizontale. Dans la ChariOdalisque de François Delebecque (2018). © François Delebecque

Dans le prolongement d’un travail de longue haleine sur les statues et le corps en mouvement, un autre axe s’est imposé à lui quand le thème du chariot est devenu omniprésent dans ses images aux tonalités parfois surréalistes et dans son travail sculptural. Sur ces chariots en fer à béton tors, indispensables pour les transports de l’âme et les transports amoureux, il apparaît seul ou avec son modèle. Nus ou parés d’étranges vêtures, ces êtres aux ébats insolites en élévation sur leurs féériques engins nourrissent les courts métrages narratifs de l’artiste.

Après une première série d’images en lumière du jour, il a choisi de peindre les corps. Ainsi  « ethnicisés », sans référence à une tribu particulière et abrités derrière des masques de carton ondulé, ils sont en quelque sorte désexualisés pour refaire de la nudité un état naturel. (…)

Texte : Christine Desmoulins
Visuel à la une :Nocturnes végétales Cap Vert de François Delebecque (2015). De l’univers végétal à l’architecture, un bâtiment en construction dans la nature au Cap Vert. © François Delebecque

Découvrez l’intégralité de l’article de Christine Desmoulins au sein d’Archistorm #93