DURABILITÉ TERTIAIRES : Taillandier Architectes Associés

Texte : Dominique Boudet et Jean-Philippe Hugron
Visuels : Taillandier Architectes Associés

SIÈGE DE LA CAISSE D’ÉPARGNE MIDI -PYRÉNÉES
Toulouse 2014

Réhabilitation et extension du siège historique de la Caisse d’épargne Midi-Pyrénées. Sélectionnée pour le ArchiDesignClub Awards 2014. Projet selectionné pour la Biennale du Chili 2013.

Un immeuble en pierre ? À Toulouse ? Le fait est suffisamment rare pour que le plus grand respect lui soit dû. L’agence Taillandier Architectes Associés, en restructurant le siège de la Caisse d’Épargne, a donc voulu retrouver le sens premier d’une construction mise à mal par des transformations successives, bien souvent irrévérencieuses, datant des années 50 et 70. Le plan d’origine, fonctionnel (1905 !), avait même été, par ces nombreux ajouts, dénaturé. Il fallut donc le restituer pour retrouver, dans ces murs, un tant soit peu d’efficacité : « un véritable travail archéologique », selon Pierre-Louis Taillandier.

L’exercice fut toutefois différent pour l’extension du bâtiment ; il fallait doubler le nombre de mètres carrés. Le parti était alors simple : il s’agissait de se démarquer tout en travaillant une modénature noble à l’image même de l’architecture originale de Joseph Gilet. Pour mettre en valeur la pierre, une peau d’inox fut choisie… au risque d’éveiller l’ire d’un Architecte des Bâtiments de France ? Loin de là. « Dès lors que nous remettions en fonctionnement l’ancien bâtiment, il ne pouvait qu’adhérer à notre projet. Son aide nous a d’ailleurs été précieuse en ce qui concerne les politesses auxquelles nous avons dû consentir au dernier étage », explique-t-il.

Restait alors à préciser le dessin de cette peau. « Je suis de cet héritage historique où sculpture, peinture et architecture doivent se rencontrer », affirme-t-il. Avec Gérard Tiné, plasticien, l’agence a travaillé une intervention allant au-delà de toute forme d’ornement, un terme au demeurant qu’abhorre l’architecte. « Nous voulions rendre la façade vibratile. Nous avons développé une idée de dripping façon Jackson Pollock », précise Pierre-Louis Taillandier. L’intention, de croquis en esquisse, est rapidement devenue une évidence. Aujourd’hui, tout un chacun peut prendre conscience de « cette dimension artistique » à même de sublimer une architecture. Si aujourd’hui la Caisse d’Épargne est une des réalisations récentes les plus admirées à Toulouse, elle est aussi un cas d’école, voire une démonstration.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage : Caisse d’Épargne Midi Pyrénées

Maîtrise d’oeuvre :Taillandier Architectes Associés

Bet Tce : Grontmij Befs

Bet Acoustique : Sigma

Acoustique Plasticien : Gérard Tiné

Surface : 6 100 m²

Coût : 15 M €

Date : Octobre 2014

BUREAUX NÔTRE-DAMES-DES-GRÂCES
Toulouse 2014

Siège Kaufman et Broad et agence bancaire Caisse d’Épargne. Prix coup de cœur du jury Pyramides d’argent 2015.

Réécrire l’Histoire… pour mieux la sublimer ! L’agence Taillandier Architectes Associés a, dans le cas de du siège de Kaufman et Broad sur l’Église Notre-Dame-des-Grâces, pris quelques accommodements avec le ciel… Certes, l’église était quoi qu’il en soit désacralisée. Bref, tout était prêt pour une intervention en bonne et due forme sur un bâtiment ancien qui n’a vraisemblablement jamais été aussi harmonieux qu’une fois transfiguré.

« Étudiant, j’ai toujours été intrigué par cette portion de façade florentine mêlant briques et pierres dans un jeu de lignes superposées », se souvient Pierre-Louis Taillandier. Pourtant, l’édifice pouvait paraître, à cette époque, ô combien ingrat tant il semblait inextricablement enchevêtré dans un improbable méli-mélo de constructions. Bien des années plus tard, l’agence se devait, par un étrange hasard, d’intervenir sur ce bâtiment. Le programme alors confié exigeait de transformer l’existant en ensemble tertiaire : il s’agissait de passer d’un « système introverti » – une église – à un « dispositif extraverti » – des bureaux. Plus que cette difficulté, Pierre-Louis Taillandier préfère évoquer une intervention architecturale qui ne ferait pas rougir les plus fervents admirateurs de Viollet-le-Duc : « Nous voulions donner plus de visibilité mais aussi plus de caractère à cette église. Je trouvais, en un sens, dommage de lui ajouter quelque chose de contemporain », assure-t-il. Au lieu de rajouter un nouvel élément à un groupe disparate, l’agence a pris le parti de parachever, à sa manière, un dessin. « Nous avons créé une façade qui n’existait pas. Nous avons dessiné trois arcs accompagnés de leurs colonnes. Dans le plus grand respect, nous aurions dû imaginer des arcs romans ; nous leur avons préféré des demi-arcs florentins pour donner plus d’élan à une composition générale », poursuit-il. En marge, un ascenseur panoramique vient discrètement dissocier l’église des constructions voisines ; l’intervention vient créer une césure à même de monumentaliser davantage l’édifice. In fine, tout prête à penser qu’ici, l’agence a volontairement donné dans la révélation… (…)

 

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d’ouvrage : Kaufman et Broad

Maîtrise d’oeuvre : Taillandier Architectes Associés

Artiste : Laurent Esquerré

Surface4 000 m²

Coût : 9 M €

Date : Décembre 2014

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