YOUTH EDITIONS, PENSER L’UTILE, RAISONNER L’INUTILE

HISTOIRE D’UNE MARQUE

YOUTH EDITIONS

 

 

« vous entrez dans un grand et bel appartement, la lumière est belle, la musique est bonne. Que voyez vous ? » C’est par cette entrée en matière que Joris Poggioli nous fait découvrir la collection qu’il a dessinée et lancée en septembre dernier pour Paris Design Week. Ce jeune architecte parti du constat qu’il existe un fossé entre le marché industriel et la puissance créatrice se laisse porter à « une folie douce », toute italienne, pour pousser les limites des possibles.

Des amis le dissuadent de présenter un miroir double de 3m20 d’envergure aux panneaux ronds qui se déploient et s’épanouissent dans l’espace « comme une danse ». Mais pour Joris Poggioli, cette pièce est une métaphore de ce qu’il souhaite défendre ; une certaine joie de vivre, une épure, des matériaux nobles et des assemblages minutieux. Le miroir Kika en laque, marbre Estremoz et laiton existe bel et bien, dans une version plus réduite, preuve que le directeur de Youth editions sait aussi se conformer aux règles du marché. Par contre, il ne déroge pas sur la qualité, et ne veut pas renoncer à une production « Made in France ». La collection à venir sera d’ailleurs selon les dires de son créateur « encore plus ambitieuse dans la dimension artisanale ». A l’heure où plusieurs petites maisons d’éditions connaissent un succès grandissant, la marque réalise des pièces exceptionnelles, uniques, comme cette console taillée dans un sol bloc de marbre. D’autres sont réalisées en petites séries et produites à la demande. Peu importe la lourdeur des éléments, pour atteindre cet infinitésimal accord entre effet monumental et grâce du marbre blanc de la console pesant 250kg. La table basse Héra est quant à elle composée de 3 pieds distincts venus s’assembler sous un plateau, ce qui la rend plus facile à transporter.

 

 

 

Dans l’univers de Youth editions, les matériaux sont précieux (laques, laiton, marbre veiné, velours), les formes héritées du passé (malle, console, paravent, bureau) et les nuances poudrées.

La laque, un matériau très années 80, opère son grand retour. Joris Poggioli l’apprécie pour ses coloris profonds, ses reflets mais aussi sa provenance inédite. Il s’agit de laques de voitures Alfa Roméo de collection ! Il l’associe volontiers avec les anneaux de marbres veinés des consoles. Pour ses miroirs et paravents, le créateur soigne autant l’envers (velours) que l’endroit (miroirs). Un velours bleu vert vient aussi rencontrer l’ébène sur le bureau aux pieds translucides. Les courbes sont douces, les couleurs choisies avec soin. La suspension assemblée par le serrurier Pouenat a été conçue à partir d’un verre élaboré par St Gobain à partir de plusieurs filtres superposés.
Avec cette première collection,  Joris Poggioli veut renouer avec un temps où les architectes tels que Mallet-Stevens, Carlo Scarpa ou Le Corbusier étaient invités à penser autant l’architecture que le mobilier. Il accompagne d’ailleurs sa collection d’un environnement graphique détaillé composé de statuaires, de gros plans sur des courbes féminines venus tutoyer des vues d’architecture fasciste romaine.

 

D’un geste bien assuré, Youth editions esquisse une première collection qui entend désormais « accueillir d’autres projets au sein de son identité ».

Texte : Alexia Vincent

 

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