Sur la commune de Saint-Germain-en-Laye, au cœur du parc du château Saint-Léger, le projet iXCampus porté par Baumschlager Eberle Architectes se dévoile avec retenue. Loin de chercher à s’imposer, les deux bâtiments imaginés par l’agence parisienne s’inscrivent dans un domaine historique dont ils prolongent l’évolution avec subtilité.
Autour du Château Saint-Léger s’est peu à peu développé un campus à l’identité plurielle. Articulés autour de cette demeure datant de 1886, les différents édifices qui composent ce lieu dédié au savoir se sont progressivement implantés, accueillant successivement des activités industrielles, puis universitaires et entrepreneuriales. Lorsque le concours pour son agrandissement est lancé en 2022, l’enjeu n’est donc pas seulement d’ajouter près de 18 000m² de surfaces supplémentaires, mais de donner une lecture commune à cet ensemble hétérogène sans en effacer la diversité, ce tout en respectant les besoins de ses utilisateurs et l’identité paysagère du domaine.

Trouver l’unité dans la diversité
Un défi aux multiples facettes auquel le studio répond par la création de deux édifices complémentaires. D’un côté, la Grande Orangerie, véritable pièce maîtresse du campus, rassemble les espaces d’enseignement, les laboratoires, les bureaux, les salles de réunion ainsi que les principaux lieux de vie. De l’autre, l’Incubateur, situé à proximité et immédiatement identifiable grâce à son plan cruciforme, est destiné à accueillir de jeunes startups. Plus qu’une réponse programmatique, cette implantation réorganise le fonctionnement général du site : elle hiérarchise les accès, redessine les parcours et crée une nouvelle centralité autour d’une vaste agora ouverte sur le château, conçue en partenariat avec SAME Architectes. En retrouvant la perspective historique du domaine et en remplaçant les anciens espaces de stationnement par un généreux parvis végétalisé, ce lieu devient le véritable cœur du campus. Il favorise les rencontres et les échanges entre ses différents usagers, l’un des enjeux chers au maître d’ouvrage, tout en répondant à un autre défi : créer de l’homogénéité sans gommer la diversité.
« Nous avons découvert une multitude d’objets posés dans un grand jardin. L’idée n’était pas d’effacer cette diversité mais d’ajouter de nouveaux éléments capables d’entrer en dialogue avec l’existant. La composition naît précisément de cette interaction entre les objets », explique l’équipe de conception. Une vision qui dépasse la simple extension architecturale, les nouveaux bâtiments ne cherchant pas à uniformiser le campus, mais à révéler les liens qui unissent ses différents éléments, dans une composition où chacun affirme sa propre identité tout en participant à un ensemble cohérent.
Ainsi, la Grande Orangerie et l’Incubateur s’inscrivent chacune dans une esthétique qui leur est propre. Pour le premier bâtiment, les arbres environnants ont constitué l’inspiration initiale, les grandes épines qui rythment les façades évoquant leurs troncs rectilignes. Un choix esthétique également porteur d’une véritable utilité, puisque le bois fait ici office de protection solaire pour les espaces intérieurs. Pour l’Incubateur, installé à l’entrée du site, l’inspiration est tout autre. Elle puise dans l’univers des jardins pittoresques du XVIIIe siècle, ponctués de « fabriques », ces petites constructions architecturales évoquant des ruines antiques ou des architectures inspirées de contrées lointaines. Le bâtiment prend ainsi les allures d’une « pagode contemporaine ».
Harmoniser architecture et nature
L’une des spécificités du projet réside également dans son implantation. En partie occupé par une forêt d’arbres centenaires, le domaine bénéficie d’une protection qui a nécessité d’adapter le plan à cet environnement préexistant. La démarche des architectes s’est ainsi inscrite dans une recherche constante de dialogue entre le bâti et le vivant, tant par l’implantation des deux bâtiments que par leur relation à l’extérieur. « L’idée était de faire dialoguer intérieur et extérieur afin de garantir un apport en lumière naturelle aussi important que possible. Les façades en bois sont ainsi entrecoupées de grandes fenêtres, qui permettent également d’ouvrir les vues sur la nature environnante. Le paysage et la végétalisation étaient des éléments clés du projet. Nous avons donc cherché à les préserver, à les valoriser, puis à les enrichir. Dans le cadre des aménagements paysagers, une centaine d’arbres de différentes essences ont ainsi été plantés », explique l’équipe. Le travail paysager vise également à créer des atmosphères et des cheminements destinés à relier les différents bâtiments du campus. Un parcours qui met en valeur l’environnement naturel tout en favorisant les échanges, mais aussi la réflexion, la créativité et, plus largement, le bien-être deses utilisateurs.

Le bois comme matière première
Un dialogue qui passe également par les matériaux retenus pour ces deux bâtiments. Inscrit dans une démarche écoresponsable forte, le maître d’ouvrage de iXCampus souhaitait réduire au maximum l’impact environnemental du développement du site. S’est alors engagée une réflexion sur la matérialité, guidée par la volonté d’inscrire les nouvelles constructions dans leur environnement, tant sur le plan visuel qu’écologique, grâce au choix d’un matériau plus vertueux.
« Nous avons souhaité mener à bien une réflexion sur des façades en bois initiée quelques années plus tôt à l’agence, dans le cadre de recherches théoriques sur le thème du bioclimatisme autant que sur les vertus de la profondeur et de l’épaisseur. Cette proposition reprend l’idée d’un tressage en douglas qui, à bien des égards, évoque les pans de bois du château Saint-Léger autant que les branches des arbres du parc. À travers l’expression architecturale d’un mode constructif décarboné – le bois –, l’abstraction et la singularité sont obtenues. Pour autant, l’idée de l’agence n’était pas de décorer une façade mais de créer un véritable instrument optique capable d’apporter un confort thermique en brisant l’apport solaire en été », détaille l’équipe en charge du projet. Par nature écoresponsable, ce matériau s’intègre également avec justesse dans son environnement. Le dessin des façades imaginé par les architectes fait presque disparaître l’architecture au cœur de la forêt, les lignes élancées vers le ciel et le bois grisé la confondant avec les troncs des arbres centenaires.
Un campus pour aujourd’hui et pour demain
Mais l’ambition environnementale du projet se manifeste également à travers un autre enjeu : sa capacité d’évolution. Dédié à la recherche et à l’enseignement, le campus, composé de bureaux, de laboratoires et de salles de classe, devait pouvoir se transformer au rythme des besoins inhérents à sa fonction. La simplicité de sa structure constituait donc un élément clé, comme l’expliquent les architectes : « Le principe en est simple : une structure dite primaire, limitée à sa plus simple expression, qui autorise toutes les configurations possibles. Ce parti pris permet également de dégager de nombreux espaces laissés libres de toute fonctionnalité déterminée. Ceux-ci favorisent autant les circulations généreuses et naturellement éclairées de ce bâtiment que la « sérendipité », autrement dit les rencontres fortuites et les découvertes heureuses. L’architecture, dans ces circonstances, a été pensée pour être la plus flexible possible. » Aujourd’hui dédié à l’enseignement et à la recherche, iXCampus pourrait demain accueillir des logements ou des activités d’hospitalité, sa flexibilité constituant l’une des plus fortes expressions de sa durabilité.

Entretien
Pierre Floch, Directeur d’agence, Baumschlager Eberle Architectes
Vous décrivez le projet comme « un groupe d’objets remarquables », dont la composition est inspirée par les œuvres de Kandinsky. Comment cette référence artistique s’est-elle concrètement traduite dans votre manière de dessiner le campus ?
La référence à Kandinsky n’a jamais été un simple point de départ : c’est une idée qui a traversé tout le projet, du concours jusqu’à sa livraison. Nous avons imaginé le campus comme un ensemble d’objets architecturaux autonomes, dont la force ne réside pas dans chacun des bâtiments pris isolément, mais dans les relations qu’ils entretiennent entre eux. C’est cette composition, cette interaction entre les volumes, qui crée l’identité du campus, à la manière des œuvres de Kandinsky.
Plutôt que de chercher à unifier les bâtiments par une écriture commune, vous semblez assumer leurs différences tout en recherchant une cohérence d’ensemble. Comment avez vous trouvé cet équilibre entre autonomie et unité ?
C’est avant tout la matérialité qui unifie l’ensemble, guidée en partie par la volonté du maître d’ouvrage de pousser le plus loin possible la démarche environnementale à travers des bâtiments passifs. Cela nous a naturellement conduits à utiliser le bois, dont l’écriture varie d’un bâtiment à l’autre. La matière les réunit, mais son traitement les distingue.
Dans le manifeste du projet, vous mentionnez la nécessité de tisser des « liens entre les idées, les talents et les ressources ». Comment cet objectif se concrétise-t-il d’un point de vue architectural ?
Pour notre client, les échanges et la fertilisation croisée entre étudiants et chercheurs, afin de faire émerger de nouvelles idées, étaient essentiels. Cette ambition s’est d’abord traduite par la création de lieux de rencontre et de vastes espaces de circulation, à tous les niveaux des bâtiments. Nous avons également imaginé un espace spécifiquement dédié aux échanges avec l’Agora, pensée comme le véritable centre de gravité du campus.
D’un point de vue environnemental, comment se positionne ce projet ?
Le projet s’inscrit dans une démarche environnementale très forte, guidée par la recherche de la passivité énergétique des bâtiments. Nous avons ainsi accordé un soin particulier au travail des façades et à l’isolation des structures afin d’éviter le recours à la climatisation et de favoriser le rafraîchissement nocturne. De la matérialité aux performances énergétiques, rien n’a été laissé au hasard.

Fiche technique :
Maîtrises d’ouvrage : Foncière du Château Saint-Léger et Because Architecture Matters (AMO)
Maîtrises d’oeuvre : Baumschlager Eberle Architectes et SAME Architectes
Entreprise générale : Bouygues Bâtiment Ouvrages Fonctionnels
Entreprises (liste non exhaustive) : Djao Rakitine (paysagiste), Art Acoustique (acoustique), AIA Environnement Ingénierie (développement durable), AIA Ingénierie (économiste), Bollinger+Grohmann (façade) et BEGC (cuisiniste)
Surface : 17 685 m2
Budget : 72 M€ HT
Par Aurore De Granier
Tous les visuels sont de © Cyrille Weiner
— Retrouvez l’article dans archistorm 139 daté septembre – octobre 2026

