Territoire | Dunkerque : nouvelle place stratégique européenneSon nom signifie « Église dans les dunes » en flamand occidental. Et comme s’il s’agissait de remettre l’église au milieu du village mais en plus grand, Dunkerque attire aujourd’hui les regards par le résultat d’une politique territoriale holistique réussie. Point de jonction des échelles locale, nationale et européenne, la ville s’impose en nouveau phare de la transformation écologique, industrielle et sociale des territoires.
Pole position urbaine et européenne
À contre-courant de la morosité économique ambiante, le port de Dunkerque apparaissait en oiseau de bon augure en annonçant, début 2026, un trafic global record de 48 millions de tonnes pour son exercice 2025. Une bonne nouvelle qui donne le ton d’une ambition territoriale et laisse entendre la douce musique des premiers résultats d’une décennie de travail urbanistique, social et écologique soulignant les atouts d’une place forte européenne.
Dunkerque dispose en effet de caractéristiques uniques. Port en eaux profondes de la côte nord française, la ville présente une position stratégique en Europe et propose des solutions multimodales pouvant lier voie d’eau, rail et route. De taille déjà conséquente, le port de Dunkerque peut en outre s’appuyer sur du foncier disponible et/ou recyclable accessible, autorisant un développement économique et urbain. Ses conditions géographiques permettent l’implantation de sources d’énergie et de nouvelles industries décarbonées. Un terrain propice à l’initiation de projets de décarbonation portés par les industriels eux-mêmes, en synergie avec les collectivités et l’État, rappelle un récent rapport de l’Institut Montaigne 1. D’autant plus que la culture industrielle historique de la ville et de ses environs attire une main-d’oeuvre qualifiée et favorise l’acceptabilité des projets.
Territoire littoral de polder, la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD) repense par ailleurs la place de l’eau dans la ville dans le cadre de l’appel à partenaires Exercer la Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations (GEMAPI) dans le cadre d’une gestion globale de l’eau, lancé en 2022 par le Cerema, INRAE, Intercommunalités de France et l’ANEB. Une belle manière de contribuer par l’exemple à l’évolution des politiques d’aménagement pour une plus grande résilience des territoires.

Kiosques installés sur la plage, Dunkerque © Mathias Reding
Vitrine du renouveau industriel
Sur le bassin dunkerquois, qui concentre à lui seul plus de 20 % des émissions industrielles de CO₂ du pays, deux dynamiques cohérentes de relance industrielle et urbaine semblent à l’œuvre : le maintien d’une industrie traditionnelle par la décarbonation et la transformation des modèles d’une part ; la réunion des conditions d’implantation de nouvelles industries d’autre part. « À travers ces dynamiques se jouent la transition énergétique, la réindustrialisation de la France et de l’Europe, et, par là, la réduction de dépendances extérieures qui grèvent nos marges de manœuvre stratégiques. Le bassin dunkerquois s’est fixé pour objectif de devenir un modèle d’industrie du XXIe siècle. Il incarne à la fois les ambitions du Green Deal européen et la volonté française de réindustrialisation, montrant qu’il est possible de concilier urgence climatique, compétitivité et souveraineté industrielle », souligne l’Institut Montaigne.
Industriels, collectivités, État et Dunkerquois sont ainsi les ouvriers d’une politique d’attractivité du territoire menée depuis 10 ans sous l’impulsion du maire et président de la CUD, Patrice Vergriete, ancien ministre du Logement. Au cœur de cette stratégie, le port de Dunkerque investit massivement pour initier son évolution. Afin de soutenir la transformation profonde et structurelle de son modèle économique, le plan d’investissements de Dunkerque-Port s’élève à plus d’un milliard d’euros sur la période 2020 – 2030.
« Les bâtiments à énergie positive sont les bâtiments de l’avenir. Le credo du secteur de la conception ne devrait pas être « la forme suit la fonction », mais « la forme suit l’environnement » ». Kjetil Trædal Thorsen, Associé fondateur et architecte chez Snøhetta
« Les deux grandes forces de Dunkerque sont un sens du collectif, que l’on retrouve sur peu de territoires, et une capacité à se projeter dans une vision en maintenant les efforts sur le long terme. À Dunkerque, il existe une culture de rassemblement. Les maires de la CUD, la CCI, les instances représentatives du port et les autres acteurs économiques étaient tous alignés dans cet intérêt collectif du territoire. Tous ces protagonistes ont su maintenir une vision et se tenir à sa concrétisation sur plus de 10 ans », explique le maire de Dunkerque.
Illustration concrète de la métamorphose du port, ÉcosystèmeD a pris place au Môle 2. Construit autour d’un bâtiment éponyme, exemplaire en termes d’intégration paysagère et d’efficacité énergétique, imaginé par Snøhetta et Santer Vanhoof Architectes, ÉcosystèmeD accueille entreprises, start-up et étudiants ingénieurs pour se former, expérimenter et innover. Il se veut un outil pédagogique dédié aux habitants et au rayonnement du territoire.
Les installations d’usines sont de plus en plus nombreuses.
Si Clarebout-Potatoes donnait l’exemple en 2023 pour le secteur agroalimentaire, Dunkerque se hisse désormais en fleuron de la batterie électrique avec l’arrivée de la gigafactory Verkor en décembre 2025 et les projets d’implantations annoncés de ProLogium, Orano, XTC New Energy, Neomat. Un déploiement économique qui attire désormais les acteurs de la logistique.
« Nous n’avons pas gagné tout de suite la bataille de l’attractivité. En 2013, Dunkerque était l’agglomération qui perdait le plus d’habitants en France. Nous avions perdu des milliers d’emplois industriels. Il existait alors un sentiment de déclin chez les habitants. Après les élections de 2014, un renouvellement général des différents acteurs en puissance a permis de déboucher, à l’issue des États Généraux du territoire, sur une feuille de route activant le levier principal de la transition écologique et énergétique, mais aussi celui du cinéma, du tourisme, de l’image globale du territoire, de la formation… Les industries ont progressivement commencé à voir Dunkerque comme un terrain assez propice », recontextualise Patrice Vergriete.
Dunkerque a été lauréat de l’appel à projets Territoires d’Innovation et de Grande Ambition en 2015-2016. « Cela a été un véritable accélérateur dans la convergence de tous les acteurs, tout comme la volonté de l’État de réindustrialiser la France après la crise du Covid », ajoute-t-il.
Le port change de visage et de géographie à vue d’œil ce qui sous-tend cependant une nouvelle problématique de taille : l’adaptation de l’offre de transport pour garantir l’accès à ces nouvelles zones industrielles et aux chantiers en cours, situés à une vingtaine de kilomètres du centre-ville. Trois nouvelles routes sont ainsi en cours d’aménagement (dont une dédiée aux poids lourds). Des voies consacrées aux transports en commun et mobilités douces sont également à l’étude. Le sujet de l’orientation des jeunes vers les nouvelles filières est aussi un chantier en pleine activation aujourd’hui.

ÉcosystèmeD, Snøhetta et Santer Vanhoof Architectes, Dunkerque © Nicolas Fussler
Le logement comme fer de lance de l’attractivité économique
Rapprocher les salariés de leurs lieux de travail est éminemment important, la CUD en est convaincue. « Dunkerque est un bel exemple de la définition d’une politique de logement partant des besoins économiques du territoire », souligne Arnaud Delannay, alors directeur régional adjoint en charge des Hauts-de-France de CDC Habitat et désormais directeur général de Tisserin Habitat. « La CUD a été très réactive sur le terrain, que ce soit par la reconquête de friches pour l’habitat ou son accompagnement dans la libération de fonciers avec la S3D et la SPAD (sociétés de développement du Dunkerquois). Dans les Hauts-de-France, Dunkerque est le bassin le plus dynamique en termes de logement économique, de logement intermédiaire et de logement social de qualité », complète-t-il.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : acteur peu présent dans la région il y a encore quelques années, CDC Habitat déploie plus de 300 logements actuellement. « La collectivité a su appeler l’ensemble des acteurs de l’habitat pour mener cette politique à ses côtés et pouvoir attirer une diversité de populations », conclut Arnaud Delannay.
En 2026, le bailleur livre les premiers logements intermédiaires de Dunkerque. Ils seront attribués prioritairement aux salariés des nouveaux bassins économiques ainsi qu’aux travailleurs du complexe hospitalier voisin. Le projet Ruban Vert est également en cours pour la requalification d’une friche commerciale en 262 logements, dessinés par Blau Architecture et TAG Atelier d’Architecture.
Proche des darses du port, le quartier historique de la Citadelle, initialement composé de bureaux et des locaux de l’Université du Littoral Côte d’Opale, a accueilli, en 2023, 150 nouveaux logements imaginés par MAES Architectes Urbanistes et le Groupe Pichet. Une résidence étudiante All Suites Study et des logements familiaux sont venus compléter ces nouvelles habitations sur le quai Freycinet.
De nouveaux logements issus du renouvellement intégral du quartier Degroote de Téteghem par le groupe Thomas & Piron, O Architecture et Tank Architectes devraient être livrés en 2026.

Frac Grand Large — Hauts-de-France, lacaton & vassal, Dunkerque © Bruno Parmentier
Une nouvelle qualité de vie attirant les regards
Le territoire bouge, et cela n’échappe pas à une population extérieure en quête de nouvelles destinations. Initiées en 2017, la rénovation, la modernisation et l’extension de la digue de Malo-les-Bains ont attiré de nouveaux acteurs de la ville ainsi que l’installation d’une hôtellerie de qualité. Ce grand chantier se poursuit avec l’arrivée en 2028-2029 de 250 nouveaux logements conçus par PietriArchitectes (Les Folies Vertes), Brenac & Gonzalez (Amaré) et Dream (O²).
Au croisement de la ville, de la plage et du port de plaisance, le nouveau front de mer plus paysager et la nouvelle marina de 460 anneaux attirent davantage de visiteurs étrangers. Ce public élargi n’hésite plus à aller découvrir un cadre de vie dunkerquois réinventé avec de nouvelles « conditions de ville », à l’image des Halles des Soeurs Blanches livrées à l’été 2025 par Basalt Architecture. À proximité immédiate de la place Jean-Bart, les Halles relient la place Charles Valentin, la rue Thévenet dorénavant piétonne et végétalisée, et la rue des Soeurs Blanches.
Une dynamique au long cours
Si la transformation du territoire a été enclenchée il y a plus de 10 ans, Dunkerque ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin et conserve longue vue sur l’avenir. « Sur le sujet de la réindustrialisation et de l’attractivité générale du territoire, le plus dur a été fait. Il demeure à mon sens beaucoup d’ouvrage sur celui de l’emploi et de l’orientation des jeunes vers les filières d’avenir. Nous avons accompagné l’accueil de 5 000 nouveaux emplois et nous nous préparons à en accueillir encore 15 000. Nous sommes toujours dans la phase de concrétisation », conclut Patrice Vergriete.
Face à la gare TGV, D’Side, nouvel ensemble alliant bureaux et Appart’Hôtel, signé Avantpropos Architectes, devrait voir le jour fin 2027 dans le cadre de programmes de revitalisation urbaine. Dans le quartier Môle 2, ÉcosystèmeD sera rejoint en 2027 par Le Desk, immeuble de bureaux de 2 572 m² divisibles et fonctionnels. Dans cette même temporalité, les Docks de la Marine, ensemble mixte porté par Olya Invest et Avantpropos Architectes, permettra d’accueillir logements et commerces sur le site de l’Arsenal. Autre bâtiment hybride abritant bureaux, logements hôteliers et services (sport, restaurant, espaces de séminaire…), Howel est en cours de construction et devrait aussi prendre vie mi-2028 grâce à GBL Architectes.
Hérault Arnod Architectures apportera sa pierre à l’édifice avec la livraison, cette même année, de la salle de spectacles Le Boréal. Pensé pour accueillir 7 000 personnes pour des compétitions sportives et concerts, l’équipement est situé en bordure de centre-ville, entre port et infrastructures ferroviaires.
Des projets d’aménagement plus lointains semblent sur les rails. Mobilisée sur le sujet du foncier, la CUD a en effet racheté l’ancienne succursale de la Banque de France, bâtiment d’après-guerre classé, pour piloter un projet de restauration mené par La Luck qui y développera sa quatrième adresse fin 2027.
Élément du patrimoine remarquable du Dunkerquois, construite en 1910 pour répondre aux besoins alimentaires des pensionnaires du sanatorium voisin, la Ferme Nord de Zuydcoote a également fait l’objet d’une acquisition par la CUD pour transformation. Avec l’aide du Département, le bâtiment, requalifié en Maison du Grand Site des Dunes de Flandre, sera en partie dédié aux randonneurs, touristes et usagers de la véloroute. Il proposera, en 2028, un espace d’exposition, de médiation et d’information. Des services administratifs devraient prendre place dans une deuxième partie du site. La troisième partie du bâtiment fera l’objet d’une deuxième phase de travaux.
« Ville héroïque, sert d’exemple à toute la Nation » comme le mentionne son blason ? Une chose est sûre, Dunkerque conserve notre attention.

Howel, GBL Architectes, Dunkerque © GBL Architectes
1 Source – Dunkerque : laboratoire d’un renouveau industriel ?, Institut Montaigne
Par Annabelle Ledoux
Couverture : Un voilier et des maisons colorées bordent le canal, Dunkerque © Alexander Van Steenberge
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Entrée en matière | L’enveloppe extérieure, un enjeu architectural aux multiples facettesNotre première interaction avec un bâtiment se fait toujours à travers son enveloppe extérieure. Nous remarquons d’abord son architecture générale, ses volumes, puis sa façade, ses matériaux, sa menuiserie, ses vitrages. Tant d’éléments, à la fois nécessaires mais aussi porteurs d’une valeur décorative, qui confèrent à chaque construction une identité unique. Aujourd’hui, les marques rivalisent d’innovation et proposent des créations puisant à la fois dans l’artisanat et la technologie de pointe, afin d’offrir des solutions durables.
WICONA, des solutions éco-responsables

Emergence, 2A Design, Rennes © Eric Sueur
Aujourd’hui, le revêtement extérieur ne se contente pas d’être esthétique et efficient, il porte également en lui des valeurs écoresponsables. Parmi les nombreuses solutions proposées par la marque WICONA, on retrouve WICTEC, un mur-rideau de façade qui allie profilés fins (50/60 mm), transparence maximale, performances thermiques et acoustiques. Conçu avec 75 % d’aluminium recyclé Hydro CIRCAL, il se caractérise également par sa facilité de démontage, augmentant encore sa durabilité par son adaptabilité et sa réutilisation rendue possible.
[www.wicona.com]
TECHNAL, l’adaptabilité comme priorité

© FOR IMMO
Les façades en aluminium proposées par TECHNAL permettent de donner vie à tous les projets par leur adaptabilité totale, et de réaliser celles-ci sur mesure. Des créations design qui ne laissent cependant pas de côté les performances thermiques et acoustiques. Proposant de nombreuses solutions, s’adaptant à toutes typologies de projets, TECHNAL se démarque par la versatilité de ses systèmes, avec par exemple sa façade Tental tramée, ou sa façade sécurité incendie Tental, un mur résistant au feu et ne perdant pas pour autant son esthétique.
[www.technal.com]
Wienerberger France, entre traditions et innovations

Crèche Simone-de-Beauvoir, Trace Architectes, Liévin © Denis Paillard
Matériau constructif ancestral, la terre cuite reste la matière de prédilection de l’entreprise Wienerberger France qui la met en oeuvre dans la réalisation de façades. Dans ses collections, elle se décline en une variété de produits venant répondre aux besoins de chacun des bâtiments. Parmi les solutions proposées, on retrouve notamment la brique de façade, reprenant les techniques constructives traditionnelles tout en y associant les innovations contemporaines, mais aussi le bardage en terre cuite et le bardage en tuile. Des solutions qui se déclinent dans diverses collections adoptant toutes des styles différents.
[www.wienerberger.fr]
Rairies Montrieux, un véritable savoir-faire

© DR
Depuis 110 ans, la briqueterie artisanale et familiale Rairies Montrieux propose une gamme complète de briques, carreaux et plaquettes de parement en terre cuite naturelle ou émaillée pour les façades et aménagements extérieurs. Se démarquant par son savoir-faire, la maison se caractérise également par la créativité rendue possible par ses solutions. Permettant la conception de motifs, jouant sur les couleurs et les effets, leurs solutions viennent conférer à toute façade et à tout espace extérieur une identité propre et affirmée, tant pour les revêtements de sols et de murs que pour les bardages.
[www.rairies.com]
KE Outdoor Design, habiller son extérieur

© DR
Se protéger des rayons du soleil en extérieur est devenu une priorité en architecture. La marque KE Outdoor Design offre des solutions mécaniques diversifiées et fabriquées sur mesure permettant une parfaite adaptation à chaque bâtiment et situation. Dans sa gamme de produits, nous retrouvons ainsi des pergolas, des voiles et des stores extérieurs fabriqués sur mesure pour chaque projet, permettant la création de zones d’ombrage adaptées selon les besoins de chaque client. Pensées pour durer, ces protections solaires fabriquées en Italie sont ainsi capables de résister aux rayons UV durant de nombreuses années.
[www.keoutdoordesign.com]
Par Aurore De Granier
Couverture : Kadans, Baumschlager Eberle Architekten, Villejuif © DR
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Prospective | Automatiser l’invisible. Quand l’intelligence artificielle soulage le quotidien des agences d’architecture.Au fil des années, la densification des procédures administratives a profondément modifié le fonctionnement des agences. Une part significative du travail consiste désormais à organiser, interpréter et reformuler l’information qui encadre le projet. Pourtant essentielle, cette masse documentaire constitue aujourd’hui l’un des points de friction les plus chronophages du travail architectural. C’est précisément dans cette réalité que l’intelligence artificielle trouve l’un de ses terrains d’application les plus concrets.
Au fil des années, la densification des procédures administratives a profondément modifié le fonctionnement des agences. Une part significative du
travail consiste désormais à organiser, interpréter et reformuler l’information qui encadre le projet. Pourtant essentielle, cette masse documentaire
constitue aujourd’hui l’un des points de friction les plus chronophages du travail architectural. C’est précisément dans cette réalité que l’intelligence
artificielle trouve l’un de ses terrains d’application les plus concrets.
Toute réponse à un appel d’offres commence par un travail patient d’analyse. Les dossiers de consultation des entreprises, les plans locaux d’urbanisme, les notices et l’ensemble des documents réglementaires participent à la densité normative qui précède la conception. À ce premier temps de lecture s’ajoute rapidement une production écrite continue qui accompagne chaque étape du projet. Réunions de coordination, visites de chantier ou arbitrages techniques donnent lieu à une succession de documents qui en constituent la mémoire. Une mémoire fragmentée.
Notes prises à la volée, photographies accumulées, échanges dispersés entre messageries et courriels composent une matière première éclatée qu’il faut ensuite rassembler et mettre en forme. Une part importante du travail consiste alors à faire circuler ces informations entre différents supports afin de les transformer en documents exploitables. La difficulté ne tient pas seulement au temps nécessaire pour accomplir ces tâches. Elle réside aussi dans l’énergie qu’il faut mobiliser pour les enclencher. Retrouver les éléments épars, organiser les données, structurer le texte, demande souvent un effort d’activation disproportionné par rapport à la durée réelle de la rédaction. Ce seuil d’entrée contribue à désynchroniser la production documentaire du rythme réel d’un projet.
Si chaque opération possède sa singularité, une grande partie de ces processus repose pourtant sur des structures récurrentes que les agences adaptent d’un projet à l’autre. C’est précisément dans ce travail de lecture, de tri et de mise en ordre que les outils d’intelligence artificielle révèlent leur intérêt. Capables de parcourir rapidement de vastes corpus documentaires, ces systèmes peuvent identifier des contraintes réglementaires, structurer des réponses aux appels d’offres, aider à la maîtrise des coûts ou générer des bases de comptes rendus à partir de notes et d’enregistrements. Plusieurs outils français se développent déjà dans ce sens. BulQ mobilise l’intelligence artificielle pour structurer et analyser les données de coûts des projets, JOOC accompagne les agences dans la préparation des réponses aux appels d’offres, tandis que There.do automatise la production de comptes rendus de chantier.
« Parmi les cas d’usage que nous développons à l’agence, nous pouvons notamment évoquer différents outils de calcul de notre impact environnemental, d’objectivation scientifique ou d’optimisation paramétrique de nos choix énergétiques. À aucun moment nous ne nous substituons à nos partenaires ingénieurs, mais cette capacité calculatoire interne nous entraîne dans une relation exigeante autour de la performance et de la robustesse des projets. » Sébastien DUPRAT, Directeur de la prospective ENIA Architectes
L’apparition de ces moyens ne va pourtant pas sans susciter certaines réserves. Dans un métier où chaque document engage la responsabilité de l’architecte, déléguer une part de l’analyse ou de la rédaction à des systèmes automatisés interroge. L’efficacité promise par ces technologies se confronte à une exigence fondamentale du métier : celle de la maîtrise du projet. C’est dans ce contexte que certaines agences choisissent de développer leurs propres outils. L’agence ENIA Architectes a ainsi mis au point GenIA, un système d’intelligence artificielle interne conçu à partir des documents produits par l’agence elle-même. Plans, images, mémoires techniques composent ainsi une base de connaissance constituée au-f-il des projets. Hébergé sur une infrastructure locale, l’outil s’appuie exclusivement sur ses données, garantissant à la fois la continuité de cette mémoire technique et la souveraineté des informations qui la composent.
Ici encore, l’enjeu n’est pas de déléguer l’écriture du projet à la machine, mais d’automatiser une partie du travail préparatoire. En transformant une matière dispersée en structure exploitable, ces systèmes permettent aux équipes de se concentrer davantage sur l’interprétation et la décision. Car l’architecture ne naît jamais du seul geste de conception. Elle se déploie dans un maillage dense d’informations, de normes et de procédures qui en conditionnent l’émergence. Automatiser certaines de ces strates ne signifie pas appauvrir le métier, mais réorganiser l’économie du temps qui le structure. En absorbant une partie du travail invisible qui précède la conception, l’intelligence artificielle ne redéfinit pas tant la nature du projet que les conditions dans lesquelles il s’élève.
Entretiens
Sébastien Lucas, Formateur IA et fondateur de SuperArchi
Dans le fonctionnement quotidien des agences d’architecture, où se situent aujourd’hui les principales frictions administratives ?
Il n’y a pas vraiment un point de blocage unique, mais plutôt une série de processus qui peuvent devenir longs et laborieux. Une partie des difficultés vient des formats demandés par l’extérieur, par exemple pour les permis de construire ou certains rapports, qui obligent les agences à adapter leurs documents internes. Dans d’autres cas, il s’agit de transformer les informations du projet. La maquette ou les plans contiennent déjà les données, mais il faut ensuite les convertir en textes techniques pour rédiger un CCTP, produire des estimations ou des quantitatifs. Les appels d’offres et les comptes rendus de réunion représentent également des tâches chronophages, alors qu’une grande partie des informations est répétitive.
Au fond, la difficulté tient surtout à la manière dont les données sont organisées. Elles sont souvent dispersées et peu structurées. C’est précisément là que l’intelligence artificielle peut aider, en facilitant leur transformation et leur organisation.
Selon vous, ces outils peuvent-ils rééquilibrer la compétition entre grandes et petites agences ?
Aujourd’hui, une personne bien organisée et équipée des bons outils peut atteindre une capacité de production proche de celle d’une structure beaucoup plus importante. Les petites agences qui sont ouvertes à ces technologies peuvent donc gagner en efficacité et produire davantage. Cela peut effectivement réduire une partie de l’écart avec les grandes structures. Mais il restera toujours une différence liée à l’expérience et à la légitimité professionnelle qui reste un facteur déterminant. Ce qui change réellement aujourd’hui, c’est l’accessibilité des outils. Pendant longtemps, développer des outils internes était coûteux et difficile à maintenir. Désormais, les agences peuvent facilement créer ou adapter des outils à leur propre manière de travailler.
L’IA peut-elle, à terme, intervenir dans les phases créatives de la conception architecturale ?
Oui, mais il faut distinguer plusieurs niveaux. L’IA peut d’abord être un outil de projection, en permettant de produire rapidement des images à partir d’un croquis ou d’un modèle très simple afin de visualiser une idée et d’ouvrir la discussion avec un client ou une équipe. Elle peut aussi devenir un outil de vision, qui permet de tester rapidement différentes variantes d’un projet, par exemple en explorant plusieurs matériaux ou configurations spatiales. Enfin, il y a les outils génératifs. Cette approche existe depuis longtemps dans l’architecture, notamment pour les projets complexes, bien avant l’arrivée de l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, l’IA pourrait simplement rendre ces outils plus accessibles, en permettant par exemple d’intégrer des bases de données propres aux agences, comme des bibliothèques de plans ou de projets passés. On n’est donc pas dans une création pure, qui reste le domaine de l’architecte. L’IA agit plutôt comme un outil d’assistance à la modélisation, capable de générer des hypothèses que l’architecte peut ensuite analyser et développer.
Coline Vacher, CEO et co-fondatrice de JOOC
Quel constat vous a amenée à créer JOOC ?
Mes parents sont architectes, j’ai grandi dans leur agence. J’ai vu très tôt à quel point les appels d’offres pesaient sur le quotidien : des heures passées à lire les pièces, retrouver les bons contenus, rédiger et mettre en forme, pour un taux de réussite souvent faible. Avec John DeschampsWright, mon associé, nous connaissions bien les sujets liés à l’IA de par nos parcours. En échangeant avec des acteurs de la maîtrise d’œuvre, un constat s’est imposé : une grande partie du temps mobilisé sur les appels d’offres repose sur des tâches indispensables mais chronophages, alors que la vraie valeur de la maîtrise d’œuvre se situe dans le positionnement et la conception. JOOC est né de là : proposer un outil capable d’alléger ce travail préparatoire pour permettre aux équipes de se concentrer sur ce qui fait la différence dans une réponse.
Qu’est-ce que l’usage de JOOC change dans la stratégie des agences face aux appels d’offres ?
JOOC permet de lire rapidement l’ensemble du DCE (dossier de consultation des entreprises) d’en extraire une synthèse structurée et de repérer les points de vigilance ou les incohérences entre les pièces. Cette analyse poussée réduit fortement le risque de passer à côté d’une information importante. L’IA suscite encore des réticences
dans la profession. Comment
dépasser ces a priori ?
Sur une réhabilitation de groupe scolaire, par
exemple, l’outil peut croiser le RC (règlement de
consultation), le programme et le CCTP (cahier
des clauses techniques particulières), signaler des
écarts, puis aider à construire une première base
de mémoire technique alignée avec les attendus
du dossier.
Cette première version s’appuie sur les
réponses passées de l’agence pour retrouver ses
formulations, ses références et sa manière de
présenter son savoir faire. L’utilisateur garde la
main à chaque étape. L’enjeu n’est pas seulement
d’aller plus vite, mais de produire une réponse
plus complète, plus ciblée et plus personnalisée.
Nos utilisateurs gagnent en moyenne jusqu’à six
jours de travail par mois avec JOOC.
Ces réticences sont légitimes. Dans la maîtrise
d’œuvre, une réponse engage une méthode, une
compréhension du projet et une responsabilité.
Il est donc normal d’être exigeant sur la fiabilité
des outils utilisés. C’est justement là qu’un outil
conçu pour un métier précis change la donne.
Pensé à partir des contraintes réelles du secteur,
il intègre aussi ses points de vigilance : fiabilité,
confidentialité des données, maîtrise du rendu,
place du jugement humain. Bien utilisée, l’IA
peut au contraire replacer l’humain au centre
de la réflexion en le délestant des tâches les plus
chronophages.
Par Par Inès Haget sous la curation de Philippe Brocart, fondateur de RELEASE [AEC]
Couverture : Réhabilitation de la tour 8, Pessac, quartier de Saige, Dominique Perrault Architecture et MBL architectes © MBL architectes / Dominique Perrault Architecture
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Extrait | Hors-série : Loci AnimaRendre plus qu’on ne prend est un précepte au cœur de la démarche de loci anima. Réticente à fouiller le sol ou à troubler les écosystèmes en place, l’agence considère l’acte de construire comme une responsabilité .
L’humain porte en lui la mémoire de l’univers : chaque atome, chaque cellule partage la même genèse que la matière stellaire. Pourtant, la civilisation occidentale s’est enfermée dans une amnésie métaphysique, et se perçoit à tort comme un observateur extérieur et un maître souverain. Les sciences physiques nous enseignent que la matière est de l’énergie condensée, une vérité qui abolit la frontière entre l’inerte et le vivant. Apprenons à voir dans la pierre, le béton, ou l’acier non pas des matériaux passifs, mais des états provisoires de la puissance cosmique, des condensations habitées par une tension qui lie le minéral à l’organique sans distinction de hiérarchie. Pour le monde moderne, l’énergie n’est qu’une ressource. C’est un flux comptable ou une donnée technique. Éveillons notre conscience, l’énergie est le nom que nous donnons au sacré immanent et au souffle vital (Anima). L’édifice doit devenir un organisme métabolique, un nœud d’intensités qui capte, transforme et restitue le flux universel.
Extrait du manifeste de l’agence « Animisme Post-industriel et symbiotique » par Françoise Raynaud, la fondatrice
« Dans l’univers, à des distances vertigineuses, donc, dans le passé cosmique ou dans le présent sur terre, dans un caillou ou dans chaque portion de notre corps, on retrouve les mêmes particules, rien d’autre. » Hubert Reeves
Loci Anima : New York, New York
Construire une tour n’est jamais un acte anodin ; c’est au sens le plus littéral un « tour de force ». Dans le flux incessant de la production urbaine, la tour apparaît comme une anomalie temporelle, une fenêtre d’opportunité qui s’ouvre à un « instant T » pour se refermer presque aussitôt. Elle est le fruit d’une convergence rare entre volonté politique, puissance économique et audace technique. Je conçois volontiers la tour comme une boule d’énergie en métamorphose. Le projet architectural est ce passage périlleux, cette transmutation de la matière grise, le concept, le calcul, le rêve en la matière minérale, visible et inerte. Ce passage est d’une volatilité extrême. Entre les dessins et la matière, l’idée risque à chaque instant de s’évaporer sous la pression des enjeux financiers et du contexte économique mondial. Construire une tour, c’est donc figer l’invisible en un signal permanent dans la pesanteur du monde.
Incontestablement, cette volatilité fascine et contribue à attribuer à la tour l’image de ce qui est fort et puissant. La tour est une guerrière par nature. Elle est le reflet, le symbole de la santé économique, d’une ville, d’un pays. Elle est le « pur-sang » de la course effrénée pour la domination du skyline où les hommes et les villes s’affrontent à coup de records d’altitude. New York est l’épicentre phénoménologique de cette fascination. Hérissée de tours stalagmites urbaines, elle est dans un mouvement brownien perpétuel. L’émergence récente des skinny towers redéfinit notre rapport à l’horizon et transforme la ville en une forêt de lances de verre qui défient notre perception du possible. Le passage de la tour-stalagmite à la tour-aiguille modifie radicalement notre ressenti émotionnel. Là où les colosses d’acier du XXe siècle évoquaient la puissance brute et l’invulnérabilité, les skinny towers introduisent une dimension de sublime précarité. Leur rapport d’élancement, parfois de 1/24, interpelle sur leur résistance à la gravité, aux vents, à la matière. Elles représentent l’aboutissement ultime de la conquête spatiale urbaine, occuper le moins de sol possible pour conquérir toujours plus de ciel.
Construire dans cette ville « hérissée », c’est produire une note aiguë dans une partition déjà saturée. Devant ces aiguilles de verre, nous retrouvons ce sentiment de vulnérabilité face à un objet qui semble s’affranchir des lois de la physique. Elle nous rappelle que notre fascination pour le gigantisme n’est pas une soif de puissance, mais une soif de dépassement. (…)
Métaphorique – Zehrfuss au fil des saisons, Coeur Pleyel de Saint-Denis
A l’instar des stores qui protègent en été, peut-on inventer un bardage saisonnier dans un contexte patrimonial ? Édifiée en 1971 par Bernard Zehrfuss, la tour construite pour Siemens à Saint-Denis, à proximité de la nouvelle station de métro Pleyel, repose sur un système constructif inédit : autour d’un noyau central en béton, des étages suspendus sont soutenus par une structure métallique recouverte d’une façade préfabriquée en aluminium. L’influence métaboliste du projet est évidente, même si Zehrfuss, brutaliste de la première heure, n’a nul besoin de cette filiation pour justifier son penchant pour une architecture modulaire et démontable, marquée par une forte lisibilité structurelle. (…)

Loci Anima
Programme : Réhabilitation d’un bâtiment construit par Bernard Zehrfuss
Site : Saint-Denis ,France
Surface : 5 170 m2
Coûts des travaux : 8 800 000 €
Calendrier : 2009 (non-réalisé)
Tectonique – La rue verticale, berges de Seine d’Issy-le-Moulineaux
Forte de sa capacité à bâtir en hauteur, l’agence Loci Anima Architectures, fondée par Françoise Raynaud cherche depuis un certain temps à infuser dans l’écosystème des tours des qualités que l’on retrouve habituellement dans des environnements de bureaux moins déployés en hauteur. La lumière, la sociabilité, l’animation et l’abondance spatiale en sont quelques-unes. Le concept le plus remarquable visant à combiner ces qualités est celui de la rue verticale.
La recherche autour des rues verticales chez Loci Anima remonte au projet lauréat du concours international dupont d’Issy-les-Moulineaux remporté en 2008, à l’emplacement où vient d’être inaugurée la tour Keïko. Ce premier projet, bien plus élevé, proposait une superposition de bâtiments séparés de jardins à différents niveaux, reliés par une rue piétonne en plus des circulations transversales et d’une mixité programmatique tout à fait inédite. (…)

Loci Anima
Programme : Tour mixte de bureaux, logements, commerces, espaces publics.
Surface de plancher : 200 000 m²
Emplacement : Issy-les-Moulineaux (92) France
EQUIPE Moe : Architecte: loci anima – Architecte Associe: Itsuko Hasegawa- Ingénieur Structure: Joseph Attias — Sidf -Ingenierie: Egis- Ingénierie Facades : Elioth -Securite Incendie :Casso- Économiste: Tohier
Coût des travaux (HT) : 550 000 000€
Symbiotique – Pegasus horsepark, Yeongheon region, Corée du Sud
La construction du quatrième hippodrome de Corée du Sud est un chantier de longue haleine, qui a connu de nombreux revers depuis l’annonce d’intention. Complexe en raison de son emplacement, il prévoyait l’installation d’un équipement d’envergure sur un terrain montagneux au nord de la ville de Yeongcheon. L’agence Loci Anima a pris part au concours international, organisé en 2015 par la Korea Racing Authority, qui a recueilli vingt-trois propositions.
Si la proposition de Loci Anima n’était pas la seule à détacher le parcours de course du sol, force est de constater qu’elle était la seule à ériger ce détachement en concept structurant. Et pour cause : le terrain de course imaginé par Loci Anima est pensé comme un dispositif qui se détache du sol de manière manifeste. La structure est épurée, le système porteur fin comme un instrument chirurgical mis au point avec le bureau d’études international Ove Arup. La solution constructive propose des piliers d’acier injectés de béton supportant une plateforme ouverte au centre, permettant à l’air et à la lumière de passer en dessous.

Loci Anima
Programme : Horse park
Site : Yeongcheon region, Korea
Surface : 43 430m2
Coûts des travaux : 198 M €
Calendrier : International competition 2015
Maîtrise d’ouvrage : Korea Racing Authority (KRA)
Endémique – Greenwich West, Hudson square, New York
En lieu et place du condominium en verre avec jardins privatifs, un autre projet verra le jour : une tour recouverte de brique, matériau endémique par excellence. Cette nouvelle conception se traduit par une baisse notable du coût de construction, réduisant par conséquent le risque de voir le projet basculer dans une catégorie spéculative, souvent synonyme de condominiums vacants. Si la façade de briques, en argile blanche et découpées sur mesure pour obtenir une stratification plus dense évoquant cet éclat particulier des sols de l’Hudson, répète la trame new-yorkaise, ses angles sont arrondis comme s’ils avaient été érodés par le vent pour ensuite réfléchir la lumière extérieure d’une manière toute particulière. Ils ajoutent à l’abondance spatiale new-yorkaise des réflexes d’aménagement et d’optimisation très parisiens. La French Touch n’est plus une affaire seulement de bon goût, mais aussi de bon sens. Le foncier new-yorkais, comme la voiture américaine, est généreux en espace. New York et ses tours à perte de vue n’est-elle pas l’archétype du modèle états-unien, fondé sur l’accumulation quasi inépuisable d’espaces identiques les uns sur les autres ? Au lieu d’un aménagement standard qui perpétue ce principe d’abondance, les architectes se sont efforcés d’optimiser par l’agencement. (…)

Loci Anima
Programme : Tour de condominiums, 170 appartements, bureaux, commerces et parking automatisé
Surface de plancher : 21 800 m2 / 233 000 sqft
Maitre d’ouvrage : Cape Advisors, Strategic Capital, Forum Absolute Capital Partners
Emplacement : 110 Charlton Street, New York, USA
Botaniste : Patrick Blanc
Coût des travaux (HT) : 114 000 000€ / 127 300 000$
Dates : Livraison 2020
Auteur : Christophe Catsaros
Couverture : La Première Tour Multimodale, Strasbourg
Retrouvez l’intégralité du Hors Série sur AEA encarté dans le numéro d’Archistorm 137 daté avril – mai 2026 et séparément en kiosques.
Remerciements au partenaire de ce hors-série :
Wienerberger
Wienerberger France conjugue la force d’un groupe industriel mondial avec la proximité d’un acteur solidement ancré dans les territoires. Avec ses 25 sites de production situés partout en France, l’entreprise propose une offre complète pour l’ensemble de l’enveloppe du bâtiment : toiture, structure, façade et solaire.
Wienerberger s’engage aux côtés des professionnels grâce à un service de proximité et une démarche responsable qui place l’innovation, la durabilité et la décarbonation au cœur de sa stratégie, avec une ambition claire : valoriser notre patrimoine et contribuer à un habitat plus sain, respectueux de l’homme et de son environnement.
Entretien | Christian Pons, le compagnonnage en ADNChristian Pons a débuté son mandat en avril 2023 et représente fièrement Les Compagnons du Devoir et du Tour de France. Compagnon charpentier et Président bénévole de l’institution, le professionnel aguerri, passé un temps par la maîtrise d’ouvrage, aime à rappeler que le compagnonnage est reconnu au Patrimoine mondial de l’humanité. Il faut dire que l’association loi 1901, née il y a plus de 80 ans, représente aujourd’hui plus de 11 000 jeunes apprentis, dont 3 000 sont actuellement en « Tour de France » dans l’hexagone comme à l’international.
Quelle est la mission première de votre association ?
La mission première des Compagnons du Devoir est d’attirer la jeunesse vers une vocation et des métiers porteurs de sens. Il s’agit de former des jeunes hommes et femmes par le partage de savoir faire et le voyage, dans quatre grandes filières. Les métiers du bâtiment et de l’aménagement concernent 70 % de nos jeunes en formation, mais Les Compagnons du Devoir forment à 35 métiers dans l’industrie, les matériaux souples (cuir et tissus), le goût également. Le compagnonnage a pour ambition de former par la transmission des savoir faire tout en offrant la capacité de contribuer à l’évolution de son métier, à son innovation et à sa pérennité. Nous favorisons l’ouverture à l’autre et la découverte du monde pour amener chaque personne à se dépasser, à se fixer des objectifs atteignables et ambitieux. La mobilité professionnelle est un élément structurant qui permet de s’adapter à de nouveaux cas de figure. Être un jour étranger dans un pays, s’adapter à une langue, à des cultures différentes, c’est aussi une manière de montrer à nos jeunes qu’ils peuvent exercer leur métier partout dans le monde grâce à un savoir faire français qu’ils peuvent adapter. 45 % des jeunes formés deviennent chefs d’entreprise, repreneurs, créateurs ou artisans, suivant les cas. C’est souvent à ce titre que les Compagnons deviennent des interlocuteurs privilégiés des architectes.

Des Compagnons charpentiers en fin de Tour de France sur le chantier de la charpente de Notre-Dame – Entreprise Asselin © Atypix
Les Compagnons du Devoir sont souvent salués pour leur apport sur les chantiers. La relation architectes / Compagnons est-elle selon vous fondamentale ?
Les Compagnons du Devoir sont effectivement des interlocuteurs privilégiés. Il s’agit d’une relation riche et cruciale car les architectes vont amener une intention précise et les Compagnons, en tant qu’hommes et femmes de métier, sont détenteurs des savoir faire capables de concrétiser techniquement cette intention en ouvrage qualitatif. Le Compagnon du Devoir est un interlocuteur fiable pour un architecte car il s’inscrit dans un dialogue constructif. Son expertise métier lui permet d’être à l’aise pour sortir des standards et s’adapter à la volonté de faire différemment, plus audacieux, plus innovant. Tous deux ont la satisfaction commune du travail bien fait.
Quels sont les chantiers qui vous ont le plus marqué au cours de votre expérience au sein de l’association ?
Je suis particulièrement fier de la reconstruction à l’identique de la charpente de Notre-Dame. Il s’agit d’un chantier tellement emblématique ! De très nombreux Compagnons formés ou en formation ont été mobilisés sur ce chantier extraordinaire. Une opportunité qui ne se présente que tous les 800 ans ! Le ministère de la Culture a eu le réflexe de se tourner vers des entreprises gérées par ou comptant des Compagnons du Devoir car ils sont les détenteurs de la transmission et du déploiement de savoir faire anciens tout en ayant la capacité de proposer l’innovation nécessaire aux nouveaux contextes.
La reconstruction de ce joyau a également marqué un point de bascule en termes de langage médiatique sur les Compagnons. Alors que pour traiter de chantiers monumentaux, les médias parlaient le plus souvent d’ouvriers compétents et techniciens qualifiés, le terme de « Compagnons » est revenu au goût du jour. Ce mot, à consonance probablement médiévale pour certains, est devenu le gage de la qualité et du savoir faire.
Je suis également fier d’entreprises dirigées par des Compagnons telles que les Ateliers Saint-Jacques, restauratrice de la Grille du Coq, grille remarquable au bout des jardins de l’Élysée ; ou l’entreprise Schaffner qui vient de réaliser la verrière de la RH Galerie sur les Champs-Élysées.
Existe-t-il une figure de l’architecture que vous aimeriez saluer à travers cette interview ?
Je dirais L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci car il représente l’homme dans la pleine maîtrise du monde qui l’environne. J’aimerais également saluer Dominique Gauzin-Müller, spécialisée depuis des décennies dans l’architecture écologique et environnementale, et véritable partenaire des Compagnons tailleurs de pierre.

Tailleur de pierre © AOCDTF / Florent Pottier
Par Annabelle Ledoux
Couverture : Levage d’une ferme sur le parvis de Notre-Dame à l’occasion des Journées européennes du patrimoine © Thierry Caron / Divergence
— Retrouvez l’article dans Archistorm 137 daté avril – mai 2026
Portrait d’agence | Hérault Arnod Architectures, repousser les limites de la disciplineFondé au début des années 1990, le studio Hérault Arnod Architectures se distingue dès le départ par son caractère disruptif et son amour pour l’expérimentation. Deux caractéristiques que le duo fondateur continue aujourd’hui de cultiver. Portrait.
C’est d’une rencontre que naît le studio d’architecture. Celle d’Isabel Hérault et d’Yves Arnod dont les chemins se croisent à l’école d’architecture de Grenoble. Rapidement, ils réalisent qu’ils partagent la même vision de la discipline, en avance sur son temps, et résolument ancrée dans l’expérimentation. Au bout d’une année, avec peu d’expérience professionnelle, ils décident de se lancer et de créer leur propre studio, à Grenoble. « Nous avions tous les deux envie d’être indépendants, acteurs de notre propre vision. Alors nous nous sommes lancés, nous avons participé à des concours internationaux, et Hérault Arnod Architectures est né, en 1991 » se souvient Isabel Hérault. Un projet vient donner un coup de projecteur à leur jeune pratique. Un point d’information en montagne, dans les Alpes au-dessus du barrage du Chambon, que le duo imagine comme une œuvre sculpturale. Si elle fait débat localement, elle séduit la presse internationale et offre une première réputation au studio. Mais c’est avec la construction de la patinoire de Grenoble que Hérault Arnod se fait réellement remarquer. « Nous avions à disposition un budget très serré, mais malgré cela nous sommes parvenus à proposer un projet rationnel et dense qui a séduit le jury, nous confiant le chantier face à de grands cabinets » raconte Isabel Hérault. Le début d’une série de programmes de renom.

Une durabilité à 360°
Durant les années qui suivent, l’agence multiplie les projets, et imprime peu à peu sa marque de fabrique. Au cœur de sa vision se trouve dès le départ la durabilité. Une notion encore naissante au début du XXIe siècle, s’articulant entre autres autour des questions énergétiques, mais laissant de côté ses nombreux autres paradigmes. « Pour nous la durabilité a toujours été cruciale, mais dans son ensemble. C’est une notion aux différentes facettes, avec notamment la question de la relation de l’architecture avec les milieux et les éléments naturels. Nous nous sommes intéressés à ce sujet dès le début de notre carrière, et avons poussé notre réflexion avec des projets à l’image du Musée Archéologique du Lac de Paladru. S’il a dû être abandonné, notre vision a été saluée. Nous avions imaginé un bâtiment impactant le moins possible le site naturel qui devait l’accueillir, proposant une structure en bois sur pilotis. Depuis toujours nous envisageons la question de la durabilité dans sa globalité, de l’implantation sur le territoire au matériau, en passant par la consommation énergétique et les usages, la mobilité douce notamment » détaille Isabel Hérault.
Une vision à 360° qui transparaît également dans un autre projet datant des débuts du studio, l’Immeuble à Vélos, à Grenoble. Un immeuble d’habitation pensé pour que les Grenoblois puissent rejoindre la porte de leur appartement à vélo, et le stocker à leur porte en toute sécurité, dans une boîte de rangement sur la coursive. Bâti en 2004, le projet démontre le regard novateur du cabinet d’architecture, abordant des questions encore laissées de côté à l’époque. Cette valeur est alors devenue partie intégrante de l’ADN du studio, favorisant les constructions en matériaux naturels, mais réalisant également des réhabilitations de bâtis délaissés, à l’image des bureaux de Hérault Arnod Architectures, installés dans un ancien bâtiment industriel de Pantin. « La réhabilitation génère des projets très différents. Nous cherchons toujours à conserver les traces, les structures, l’esprit des lieux, tout en amenant de nouvelles fonctions. Une intervention respectueuse, qui distingue clairement ce qui préexiste de ce qui est ajouté, nécessite d’être inventif. Nous trouvons cela magnifique de redonner vie à des bâtiments oubliés, de valoriser notre patrimoine moderne » confient les associés.

Repousser ses limites
Cette approche durable totale, le cabinet d’architecture, aujourd’hui composé d’une vingtaine d’architectes et comptant un collaborateur de longue date nouvellement associé, Mickaël Dusson, la doit avant tout à son constant désir de réinvention. « Nous cherchons à questionner les modèles pour imaginer de nouvelles figures » expliquent les associés. Une passion pour la recherche et l’innovation qui transparaît dans la diversité de leurs projets, tant par leur design, leur matériauthèque, leur technologie, que par leur fonction. En effet, Hérault Arnod Architectures a dès le départ refusé de se spécialiser, favorisant une approche globale et intervenant sur la création aussi bien de logements que de musées, mais aussi de lieux consacrés au spectacle, domaine dans lequel ils sont désormais porteurs d’une riche expertise. « Depuis la fondation du studio, nous savions que nous voulions créer des salles de spectacle. Elles nécessitent une approche différente, une technique très poussée, mais notre passion pour les arts vivants a toujours nourri cette envie. Une première opportunité s’est présentée lors de la réhabilitation de l’ancien site minier 9-9bis à Oignies. Nous avons créé, à côté des bâtiments historiques réhabilités, une salle de concert baptisée le Métaphone. Toute sa particularité réside dans sa façade qui produit de la musique. Ce premier projet nous a ouvert les portes de cet univers, ainsi qu’une reconnaissance. S’en sont suivis La Belle Électrique à Grenoble et le Kubb à Evreux, et aujourd’hui Le Boréal à Dunkerque, ou encore l’Espace Ozon à Carpentras, en cours de construction » détaille Isabel Hérault.
Cette expertise, ce savoir faire, et ce regard toujours nouveau ancré dans l’expérience, les associés du studio Hérault Arnod Architectures les partagent au quotidien avec leur équipe, s’unissant pour repousser les limites de l’architecture telle que nous la connaissons.
« Depuis toujours nous envisageons la question de la durabilité dans sa globalité, de l’implantation sur le territoire au matériau, en passant par la consommation énergétique et les usages, la mobilité douce notamment. » Isabel Hérault, Architecte DPLG, associée et co-fondatrice de Hérault Arnod Architectures

Par Aurore De Granier
Toutes les visuels sont de © Studio Cui Cui
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