Le Public House à Bangkok : fusion audacieuse de Design, d’Artisanat et d’Inclusion Culturelle par le Studio P.H.I. InteriorEditeur de mobilier et d’accessoires décoratifs, Philippe Lassaux du Studio P.H.I. Interior s’associe avec des designers et des artisans européens. Au-delà de la création de produits, il exerce également dans la conception d’intérieurs résidentiels et de concepts hôteliers, comme en témoigne la récente ouverture du Public House au cœur de Bangkok, en Thaïlande.
Le Public House, véritable carrefour culturel axé sur le partage, a pour ambition de créer une expérience immersive et inclusive, où visiteurs et habitants se sentent authentiquement liés à la ville. Phillipe Lassaux a fait le choix audacieux d’imaginer un lieu culturel ouvert à tous, radical dans son approche de l’inclusion, qui transpose l’essence même de la ville, offrant ainsi un accès privilégié à tout ce qu’elle a de meilleur.
En collaborant étroitement avec des artistes, en privilégiant le recours à des maîtres de l’artisanat local pour la fabrication du mobilier et en imaginant chaque espace dans une optique fonctionnelle et ergonomique, le Public House incarne le sur-mesure. Couleurs, textures, tissus sont soigneusement choisis, reflétant l’intention chaleureuse et colorée du design d’intérieur. Ce dernier illustre la quête constante du Studio P.H.I. Interior pour l’exploration des formes, des motifs et de leur juxtaposition, racontant ainsi l’histoire d’un espace singulier et personnalisé.
Le Public House n’est pas seulement un lieu de séjour mais une expérience culturelle où chaque élément a été pensé pour apporter confort et convivialité. Il incarne une nouvelle ère d’espaces partagés, où les frontières s’estompent pour laisser place à l’harmonie entre design, artisanat et art.


Tribune libre matériaux | PROCÉDÉ, PROTOPIA[H] ExemplaireUn collectif de professionnels et d’étudiants affirme dans cette tribune son engagement en faveur du renouveau des modèles de conception, de construction et d’exploitation du secteur hôtelier. Constitués en association, ils ont volontairement choisi de contribuer sans but lucratif à l’émergence et au partage de solutions capables d’accompagner cette transition nécessaire.
Tout a été écrit ou presque le concernant : l’hôtel est un système1, un paquebot2, une boîte de Pandore3, échouant finalement à le définir tant il est protéiforme et changeant. Brecht considérait qu’habiter à l’hôtel, c’était concevoir la vie comme un roman : et si notre mission n’était pas seulement de concevoir le décor des fictions se jouant dans des habitats temporaires pour des habitants éphémères ?
PROTOPIA[H] emprunte son nom au concept de protopie proposé par le futurologue Kevin Kelly4 comme fiction réaliste et souhaitable qui imagine un avenir dans lequel nous souhaiterions vivre. H pour l’Hôte qui, dans notre langue, est à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Dans notre protopie, l’hôtel serait alors le territoire, l’espace et le lieu qui les lient l’un à l’autre.
Qui fait ce lieu qui unit et rassemble ces Hôtes ? Des Femmes et des Hommes. D’abord le savoir-faire de l’architecte, du designer, de l’opérateur, du propriétaire et de tous les corps de métiers qui contribuent à sa réalisation. Puis la passion du personnel qui lui donne vie chaque jour, et l’expérience de tous ceux qui y séjournent. C’est grâce à la volonté de professionnels et d’étudiants engagés que PROTOPIA[H] est née et avec elle une ambition commune : celle d’accélérer et de faciliter la transformation du paysage hôtelier vers des modèles contributifs, régénératifs et vertueux. Les membres de notre association reconnaissent l’importance des impacts environnementaux et humains du secteur et la nécessité d’agir pour les limiter au plus vite.
Nous sommes par ailleurs convaincus que l’écologie est un biais efficace pour réfléchir à ce qui, dans l’architecture, le design et l’architecture intérieure, est fondamental et ce qui n’est qu’artefacts.
Car l’hôtel n’est pas seulement un objet d’étude passionnant, il est également un support exploratoire d’innovation très pertinent. Nous avons tous fait le constat que la recherche et la vérification de données justes pour mesurer les impacts environnementaux étaient chronophages, complexes, et qu’elles freinent considérablement la mise en place de process efficaces. Nous considérons qu’il est primordial de favoriser un accès libre et gratuit à une connaissance fine et analytique qui est le point de départ de toute stratégie de transition pour les organisations.
S’il existe aujourd’hui des outils, ils sont encore balbutiants ou partiels. La méthodologie que nous souhaiterions voir advenir s’adresserait directement aux équipes, car nous pensons capital que cette expertise ne soit pas réservée à des fonctions externes. L’objectif est d’ancrer des réflexes et habitudes de conception
vertueuse chez chacun des acteurs et actrices du secteur et à chaque étape du processus de conception, construction et exploitation.
Amplifier le changement, c’est créer de la valeur. Cette dynamique de transformation passe par le prototypage et l’expérimentation in vivo.
Ouvrir de nouvelles perspectives, changer de point de vue, créer des points de vie, au sens propre et figuré. Pour que cela soit possible, il faut revenir aux fondements de l’hospitalité et embrasser la collégialité.
Nous avons été invités par le Campus de la transition5 à créer un premier laboratoire in vivo dans lequel nous souhaitons coconstruire une large réflexion, mener des actions et valoriser des initiatives
expérimentales avec le concours d’entreprises de référence et experts engagés du secteur. Le Campus de la transition, en tant que collectif d’enseignants-chercheurs, s’est fixé depuis 2018 un objectif commun : « Promouvoir la transition écologique, économique et humaniste à l’échelle des enjeux qui bouleversent notre siècle. » C’est donc au cœur de ce formidable lieu d’enseignement, de recherche et d’expérimentation que nous allons ex nihilo pouvoir dessiner des scénarios d’orientation possibles avec l’objectif de dépasser les strictes logiques fonctionnelles de l’hôtellerie afin d’en esquisser de nouveaux usages.
Cette ambition n’est possible qu’en agrégeant les savoirs, dans des espaces permettant de collecter et diffuser articles, tribunes, dessins, projets, retours d’expérience… Pour permettre à toutes et tous de contribuer, d’échanger, de débattre, d’imaginer et de faire émerger un renouveau de l’Hospitality.
Si nous voulons être pionniers, il nous faut prendre le risque d’être audacieux. Il est plus que jamais urgent de s’engager dans des projets à faible impact environnemental si on souhaite obtenir des retours sur investissement structurels.
Il est de notre responsabilité de formaliser des éléments de conviction et de capitaliser sur les effets positifs des actions que nous aurons engagées dont les objectifs incluent l’équilibre financier pour toutes les parties prenantes et l’anticipation des évolutions législatives.
Ils ont tout dit ou presque sur l’hôtel. À nous de leur faire dire que l’hôtel est un tiers-lieu régénératif et contributif dont la cité a besoin pour faire corps et s’inspirer.
Liste des signataires
Johanna Wagner Entrepreneure, Grégoire De Lassus codirigeant Campus de la transition, Alexandre Laidet Hotel Segment Leader, Geoffroy Coperlet Architecte, Jean Phillipe Nuel Architecte d’intérieur et designer, Elliott Barnes Architecte d’intérieur et designer, Chloe Negre Architecte d’intérieur et designer, Laurent Maugoust Architecte d’intérieur et designer, Emeline Ardi Architecte d’intérieur et designer, Cécile Chenais Architecte d’intérieur et designer, Hugo Euler Architecte d’intérieur et designer, Olivier Rolland Entrepreneur, Thomas Garmier Directeur achat mobilier & équipements, Marie Carcassonne Directrice achat mobilier & équipements, Agathe Gohier Responsable achat et RSE, Cécile Leclercq Responsable investissements, Delphine Bianchini-Manno Directrice ESC, Monika Moser Chief operating officer, Helene Aguilar Journaliste et commissaire d’exposition, Sarah Bienfait Consultante, Pascal Lapeyre Entrepreneur, Roxane Bernini Entrepreneuse et éditrice, Alice Laurent Entrepreneuse éditrice et designer, Antoine Horlaix Ébéniste entrepreneur et designer, Antonio Pinero Peintre décorateur et entrepreneur, Christophe Nahon Maître d’art et entrepreneur, Lucien Tourtoulou Peintre décorateur et entrepreneur, Isabella Alberti ESSEC, Pierre Wiley ESSEC, Jules Desole ESSEC, Emilie Jahard ESSEC, Eva Kapoor ESSEC.Visuel à la une : Photo © Adam Mork
Visuel à la une : © PROTOPIA[H]
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Focus | Le planétarium du Jardin des sciences de l’Université, Strasbourg, frenak+jullien, Cardin JulienLe nouveau planétarium du Jardin des Sciences de l’Université de Strasbourg se dévoile au cœur de la ville, le long de l’avenue de la Victoire, créant un véritable signal architectural et culturel. Le bâtiment a été conçu par une équipe d’architectes talentueux, composée de frenak+jullien, Cardin Julien, et m+mathieu holdrinet. Son rôle est d’évoquer le ciel, de stimuler l’imagination cosmique, et d’être un outil puissant pour la diffusion de connaissances astronomiques.
Au milieu des instituts de Zoologie et de Géologie, le planétarium se compose de deux éléments distincts, chacun doté de sa propre personnalité architecturale. Un cône tronqué abrite la salle de projection, tandis qu’un volume cylindrique accueille le hall du Jardin des sciences et les services associés. Cette dualité crée un contraste visuel et symbolique intéressant : le cône tronqué pointe vers le ciel, exprimant la quête inlassable de l’humanité pour comprendre l’univers, tandis que le hall d’accueil, ouvert et lumineux, renvoie aux multiples activités du Jardin des sciences. L’architecture du bâtiment est inspirée par les bâtiments-machines du XIXe siècle présents sur le site, rappelant les observatoires et les instruments de mesure astronomique, tels que l’astrolabe. Pour les passants, le disque métallique du cône s’anime en réagissant aux couleurs changeantes du ciel. Pour les spectateurs assis à l’étage supérieur, le bâtiment ressemble à un instrument astronomique posé au milieu d’un jardin.
La dualité des éléments architecturaux se poursuit à l’intérieur du bâtiment. Le planétarium est un espace introverti, avec une galerie d’accès vide entourant la salle de projection centrale. En revanche, le hall d’accueil est vaste, ouvert et lumineux, favorisant la connexion avec les autres sites gérés par le Jardin des sciences. Cette disposition crée une interaction intéressante entre le hall d’accueil, avec ses espaces communs ouverts sur le jardin, et le planétarium, avec sa salle de projection intime où se joue le théâtre cosmique.

© Maxime Delvaux
La galerie en pente douce, située entre l’hémisphère du cône et sa face intérieure, offre une expérience spatiale unique, créant une transition progressive entre la luminosité du hall d’accueil et l’obscurité nécessaire à la projection du planétarium. La structure de la galerie est constituée de panneaux de bois CLT (cross-laminated timber) de grande hauteur, atteignant jusqu’à 17 m, et créant des facettes géantes qui préparent les visiteurs à leur voyage dans l’espace. Lorsque les visiteurs montent la rampe en pente douce, ils atteignent le sommet de la salle de projection, sous le dôme en suspension. L’inclinaison du dôme renforce le sentiment d’immersion, et un éclairage minimal crée un environnement bleu nuit, favorisant la projection de l’univers. Les six projecteurs numériques situés sur le pourtour de la salle sont accessibles par la galerie technique qui entoure la salle.
La construction du bâtiment a nécessité une coordination précise, en raison de l’emboîtement des volumes (le cône, le dôme, l’écran), et de la suspension délicate de l’écran de projection. L’extérieur du bâtiment présente une combinaison de bois brûlé et d’aluminium, renforçant l’aspect volcanique du bâtiment. L’effet visuel du bois brûlé est accentué par des lames de pin Douglas carbonisées, qui prennent des reflets argentés sous la lumière du soleil. À l’intérieur, des panneaux de bois clair ajoutent à l’atmosphère lumineuse du hall d’accueil. La compacité du bâtiment, ainsi que l’orientation des ouvertures du côté du hall, contribuent à limiter les pertes de chaleur, améliorant ainsi les performances environnementales de l’ensemble.
Le jardin environnant est conçu comme un espace public, qui offre une variété d’expériences végétales, allant de la fraîcheur du sous-bois au nord aux prairies ensoleillées au sud. Le jardin propose un dialogue harmonieux entre les arbres existants et de nouvelles plantations d’arbres de grande hauteur, ainsi que des massifs floraux. Huit jardins circulaires pédagogiques, évoquant les huit planètes du système solaire, ajoutent une dimension éducative au jardin. Chacun de ces jardins présente des associations de plantes et de matériaux minéraux variés, en référence aux instituts de Zoologie et de Géologie, ainsi qu’au Jardin botanique voisin. Ces espaces renforcent le caractère scientifique et pédagogique du lieu tout en créant un environnement agréable pour les visiteurs.
Visuel à la une : Photo © Maxime Delvaux
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Réalisation | Exelmans / Michel-Ange, Paris, Stefan ArchitectureLe quartier historique de l’ancien village d’Auteuil
Bordé par la Seine à l’est et par le Bois de Boulogne à l’ouest, le quartier d’Auteuil-Sud s’étend de la place de la Porte de Saint-Cloud jusqu’au pont Mirabeau. Façonnée par les rues de l’ancien village d’Auteuil, autrefois commune limitrophe de la capitale, la morphologie du quartier actuel évolue lorsqu’il devient faubourg de la capitale par un décret promulgué à la fin de l’année 1859. Jusqu’à cette date, les carrières locales, exploitées aux XVIIe et XVIIIe siècles, fournissaient les pierres de calcaire de construction aux maisons du secteur, et notamment aux nombreux hôtels particuliers participant à la renommée du quartier. Tradition poursuivie par Hector Guimard qui conçoit à Auteuil pas moins de 25 édifices, et de nombreux hôtels particuliers dont seule une partie est à ce jour conservée.
Le pont du Point-du-Jour longeait autrefois le boulevard et franchissait, à l’endroit où se dresse aujourd’hui la station Exelmans, la rue Michel-Ange. Ce pont, construit entre 1863 et 1865, prolongeait le viaduc du même nom et permettait la circulation des trains de la Petite Ceinture qui empruntaient les rails installés sur le niveau supérieur. L’ouvrage s’est vu détruit en 1959, au moment du réaménagement du boulevard.
À l’angle du boulevard Exelmans et de la rue Michel-Ange
Au coeur de ce quartier historique, à l’angle du carrefour formé par le boulevard Exelmans et la rue Michel-Ange, s’élève un nouvel immeuble d’habitation, inauguré en 2023. Le bâtiment, d’une surface de plancher de 3 710 m² pour les logements, et de 240 m² pour les commerces, prend place au sein d’une parcelle contigüe de 565 m². Auparavant s’y trouvait un édifice, bas de seulement deux étages, abritant un restaurant. Au sud, l’édifice construit en 1912 selon le dessin de l’architecte Lucien Demenais s’élève sur six étages. Du côté du boulevard, un immeuble de dix étages, conçu par Pierre Puccinelli et construit en 1972, dessine une volumétrie plastique animée par la disposition géométrique et orthogonale des éléments en façade. À ce carrefour, l’ancien édifice formait un espace résiduel rompant la continuité visuelle des deux axes. Sur cette parcelle, le nouvel immeuble haut de dix étages rejoint le gabarit des constructions mitoyennes et permet de rétablir une relation de continuité.
Pour ce projet de restructuration, un concours a été lancé en 2017 et remporté par Stefan Architecture (Aurélien Stefan et Bernard Durand). L’agence TRAA, parmi d’autres participants à la réalisation du bâtiment, assure l’exécution des travaux. Pierre Georgel, paysagiste de l’atelier Comptoir des projets, imagine pour cet immeuble résidentiel l’installation végétale visible dans le patio intérieur, qu’il nomme « piano végétal » en raison de sa forme, prolongeant par quelques marches plantées la perspective du hall vers une zone extérieure propice au calme. Enfin, l’aménagement du hall d’entrée et des paliers d’étages se voit confié à Victoire Blocman et Sybille Holmberg, créatrices de l’agence Views Architecture Intérieure.
Après l’obtention du permis de construire en septembre 2018, les travaux débutent durant l’hiver 2018 puis le gros oeuvre est achevé au cours de l’été 2022. En s’inscrivant dans la continuité des alignements haussmanniens du côté de la rue Michel-Ange, et de l’édifice conçu par Pierre Puccinelli du côté du boulevard Exelmans, le 69 rue Michel-Ange affiche une façade tout en courbes, qui dialogue avec la forme de l’édifice lui faisant face sur le boulevard. L’immeuble haut de dix étages abrite 37 appartements d’accession ainsi que 25 logements sociaux. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur les rues par un restaurant largement vitré.

© Juan Jerez
Ingénierie de la structure attenante au métro
La structure de cet édifice construit à proximité de la station de métro Exelmans a fait l’objet d’une ingénierie particulière. Au niveau des fondations et des sous-sols, les parois se trouvent en contact avec les tunnels du métro et les passages d’assainissement. Aussi, une isolation très performante par l’installation d’un dispositif de plots antivibratiles entre la superstructure et la structure permet de contrer les vibrations, nullement perçues par les occupants dans les étages. Pour soutenir sur près de 12 m les immeubles mitoyens et la voûte du métro, le chantier a nécessité la mise en place, sur les trois niveaux de sous-sols, de parois berlinoises inversées en limite de la voûte du métro, puis de murs périmétriques d’infrastructure.
L’enveloppe conjugue tradition de la forme et modernité dans le choix des matériaux
Le parti architectural s’inscrit autour de la continuité des façades se développant le long des deux voies de circulation. Sa physionomie arrondie tempère la massivité d’un immeuble d’angle haut de dix étages. Au rez-de-chaussée, le soubassement vitré, scandé de piliers placés en retrait par rapport au reste de l’enveloppe, forme l’assise du bâtiment. Aux étages, les courbes successives variées et marquées par des lignes se trouvent entrecoupées par des saillies ou des ouvertures placées de façon aléatoire. Le volume dynamique de la façade asymétrique naît d’un système lui aussi aléatoire d’ouvertures, soulignant de surcroît la sinuosité d’angle du bâtiment. Cet élément central sert d’articulation et dessine une transition douce entre les deux typologies de logements.
Habillées de panneaux de résine, les parois revêtent une texture particulière à l’esthétique mate et soyeuse proche de l’aspect de la pierre calcaire claire répandue dans l’architecture du quartier. Ces panneaux usinés se composent de Krion de Porcelanosa, une résine de synthèse moulée qui permet de créer des pièces épousant les courbes de l’édifice.
Le revêtement est séparé de l’enveloppe intérieure par une couche isolante qui permet une libre circulation de l’air. Les panneaux de résine sont fixés à l’enveloppe grâce à une structure porteuse composée de rails. Les fixations ensuite comblées deviennent invisibles. Les jeux horizontaux, seuls visibles, dessinent des bandes marquant chaque niveau et soulignant les parties vitrées. Ces choix de coloris, de matières et de fixations apportent unité et légèreté à la façade. De plus, grâce aux choix des matériaux, des techniques d’isolation extérieure mises en place ou encore de l’usage du chauffage à gaz collectif, l’opération atteint un niveau « RT 2012 – 20 % » sur le plan des performances énergétiques.
Dans le dessin et la répartition des ouvertures, la lumière naturelle occupe une place prépondérante, pénétrant dans les appartements à travers les larges baies toute hauteur, parfois cintrées, suivant les ondulations du plan de l’édifice. Les nombreuses grandes baies et les garde-corps vitrés installés sur les terrasses instaurent un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur en dégageant la vue sur les rues et le quartier alentour. Les verres bombés et moulés, créés en partenariat avec l’entreprise Saint-Gobain, épousent les lignes des menuiseries incurvées.

Coupe transversale
Prestige et mixité de l’immeuble d’habitation
L’entrée vers les logements sociaux se fait via le boulevard Exelmans, alors qu’une entrée dédiée au 69 rue Michel-Ange mène au hall d’accueil distribuant les appartements ainsi qu’un patio végétalisé. Le hall d’entrée se situe au niveau de la rue Michel-Ange, tandis que l’accès au parking s’effectue depuis le boulevard Exelmans.
Dès le sas, une perspective visuelle s’ouvre vers le patio. Une fois passée la porte vitrée, se dévoile un hall aux matières naturelles et aux teintes beiges et bronze. Ce dialogue de tonalités, reconduit sur l’ensemble des parties communes, dessine un ensemble chaleureux. Le patio intérieur accessible aux résidents se décline en marches végétalisées où il est possible de s’installer. Une sculpture en marbre blanc de Carrare a été commandée dans le cadre de la charte « 1 immeuble, 1 œuvre » signée par ERISMA afin de soutenir la création contemporaine. Cette charte ministérielle créée en 2015 a pour objectif d’allier édifices privés et création artistique afin de favoriser la diffusion des arts plastiques auprès d’un large public. L’immeuble est le premier du quartier à intégrer ce dispositif.
Les deux typologies de logements sont répartis selon une séparation horizontale, sont distribuées au sein d’étages dédiés. Les deux premiers niveaux du bâtiment abritent les logements sociaux, et les étages supérieurs, les logements en accession. Déployés du troisième au dixième étage, ces appartements profitent d’une perspective dégagée vers le quartier environnant ou sur le cœur d’îlot. Les loggias préservent l’intimité des appartements alors que les retraits en courbes successives libèrent l’espace des terrasses filantes installées en étagement aux niveaux supérieurs. Les éléments techniques concentrés dans le noyau du bâtiment n’émergent pas de la toiture et demeurent invisibles. Au dixième et dernier étage, l’unique habitation est couverte d’une structure métallique apparente et courbe, coiffée d’une couverture de toiture végétalisée.Cet appartement privilégié est entièrement ceinturé par une terrasse et jouit d’une piscine extérieure.
En octobre 2021, le jury du concours des Pyramides d’Argent, organisé chaque année par la Fédération des Promoteurs Immobiliers d’Île-de-France, a récompensé ce projet dans la catégorie Pyramide des Premières réalisations, en raison de sa conformité aux attentes haut de gamme du marché local couplée aux exigences de mixité sociale au sein d’un ensemble moderne aux formes élégantes.
Extraits d’interview
Aurélien Stefan, architecte, STEFAN ARCHITECURE
Quels sont les éléments qui vous ont inspirés dans le dessin de cet édifice ?
Lors des phases de concours, nous essayons systématiquement de proposer un projet fondé sur un concept inspiré du site, du contexte environnemental, qui nous dicte les intentions volumétriques.
L’édifice se trouve au carrefour du boulevard Exelmans et de la rue Michel-Ange, dans un angle très visible entre deux bâtiments présentant des hauteurs et styles différents : à l’est, un bâtiment de dix étages construit durant les années 1970, et au sud, un bâtiment de six étages de type haussmannien. Nous avons imaginé un édifice où les courbes aléatoires épousent l’angle et continuent sur l’épannelage vers la rue Michel-Ange.
En s’intégrant au sein de cette dent creuse d’angle, la silhouette proposée marque par sa fluidité et allège visuellement la masse d’un immeuble haut de dix étages.
Texte : Cléa Calderoni
Visuel à la une : Photo © Juan Jerez
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Territoire en mutation | Campus LyonTech – La DouaNi au centre de Lyon ni à l’extérieur de la métropole lyonnaise, le campus universitaire de la Doua – aujourd’hui LyonTech-la Doua – se développe depuis 1957 sur une centaine d’hectares en rivage de Rhône, à proximité des parcs de la Tête d’Or et de la Feyssine, poumons verts de l’agglomération. Le 18 mars 1957, dans un après-guerre marqué par la reconstruction et l’essor industriel, mais freiné par un manque criant d’ingénieurs, naît l’Institut national des sciences appliquées de Lyon, qui doit tout à deux duos d’excellence, penseurs et concepteurs-réalisateurs. Le recteur Jean Capelle et le philosophe (et industriel) Gaston Berger imaginent une école d’ingénieur pas comme les autres que l’architecte Jacques Perrin-Fayolle, grand prix de Rome, et l’ingénieur-designer Jean Prouvé conçoivent et réalisent dans un délai record de sept mois pour, le 12 novembre, la première rentrée de 289 élèves ingénieurs, dont 14 filles. Dans une frénésie constructive, la Doua se muscle dans la dizaine d’années à suivre avec les arrivées de l’université Claude Bernard Lyon 1, de l’école de Chimie, aujourd’hui CPE Lyon, de l’école nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, etc. Mais la quarantaine dépassée, le visage du campus se ride, victime d’un manque chronique d’entretien, d’une quasi-absence de relation avec son environnement, d’une absence de perspectives, etc. Dans la logique de ce constat s’enchaînent dans les années 2000 des schémas directeurs d’urbanisme – Urbino, Lipsky + Rollet, Dumetier Design – qui, s’ils présentent des différences d’intensité, partagent des objectifs : regroupement du domaine par filières, création d’une transversale nord-sud, renforcement du mail végétal est-ouest, création d’une perméabilité campus-ville, promotion d’un écocampus exemplaire et expérimental, etc.
La labellisation de la Doua « Opération campus » par l’état en 2008 lance la nécessaire restructuration LyonTech-la Doua 2025. Rajeunir le campus, sublimer son identité historique, amener les performances énergétiques et ergonomiques de 144 000 m2. au meilleur des standards actuels, fortifier la qualité environnementale, telles sont les ambitions de l’université Claude Bernard et de l’INSA Lyon 1, affectataires du patrimoine et à l’origine de ces réflexions. L’université de Lyon, maître d’ouvrage de l’opération de réhabilitation, confie la conception à l’équipe Carta-Reichen et Robert Associés, Patriarche, HTVS Architecture dans le respect de l’esthétique, des proportions et des matériaux d’origine, et la réalisation à Eiffage Construction, région Centre-Est, mandataire, et ses partenaires, dans le cadre d’un CREM (conception-réalisation-exploitation-maintenance). Les transports, la gestion de l’eau, la végétalisation et les performances énergétiques comptent pour autant d’enjeux de la transition recherchée. Alors que les contrat, projet, programme, qui régissent LyonTech-la Doua s’achèvent ou sont en voie de l’être, réfléchir à la stratégie 2023-2035 s’impose à tous les acteurs du développement d’un campus, territoire à enjeux : établissements, rectorat, collectivités. La feuille de route en cours de rédaction décline une triple ambition : réaffirmer LyonTech-la Doua comme secteur économique et d’innovation d’intérêt métropolitain ; offrir un environnement exemplaire d’enseignement, de recherche et de vie étudiante ; renforcer un campus vivant et ouvert sur son territoire.
« La première étape de cette entrée dans le XXIe siècle a déjà été franchie grâce à la réhabilitation de plus de la moitié des bâtiments d’enseignement et de recherche du site, la réalisation de plusieurs constructions neuves et au-delà, l’ensemble des travaux d’infrastructure tels que les quatre liaisons tram à l’horizon 2025, la réfection de plus de 5 km de voiries et les aménagements paysagers de grande ampleur comme l’Axe vert, véritable colonne vertébrale végétale de plus de 2,5 km en cœur de campus. »
Nicolas Coureau, directeur pôle stratégie immobilière, développement et vie des campus, université de Lyon

Joliot-Curie © Juan Jerez
Une réhabilitation d’envergure
Comment appréhender la difficile tâche de réhabiliter 22 bâtiments d’enseignement et de recherche scientifique et préserver leur exploitation ? Comment respecter une identité architecturale forte aux façades rigoureuses et tramées, et ce, tout en isolant massivement pour améliorer de 40 % les consommations de chauffage ? Cette réhabilitation rarement vue de quelque 140 000 m2 en site occupé devrait relever le triple défi de la réponse aux exigences actuelles de qualité environnementale, de la mise à niveau en termes de sécurité et de fonctionnalité et de respect d’un budget particulièrement contraint.
L’équipe de conception – Carta-Reichen et Robert Associés, Patriarche, HTVS Architecture – choisit de respecter le plus fidèlement possible la modénature des façades d’origine afin de préserver la continuité avec les bâtiments non réhabilités et l’unité globale du site tout en respectant les objectifs de performance. L’effort porte sur le travail de la fine peau des bâtiments dans le respect de l’esthétique, des proportions et des matériaux d’origine. L’isolation par l’extérieur des façades en béton côté université Claude Bernard appelle des matériaux minéraux qui reprennent le rythme et la finesse de l’existant, alors que l’isolation des façades métalliques côté INSA Lyon met en œuvre un complexe de murs à ossature bois en modules préfabriqués respectueux de l’expression d’origine.
Leur création était nécessaire, et ces verticalités se déclinent en une connexion innovante de type « plug » à la volumétrie simple et monolithique, adossée aux pignons des bâtiments et associée à des coursives extérieures pour la séparation des fonctions et la gestion des gaz en toute sécurité. L’approche environnementale de cet écocampus démonstrateur des bonnes pratiques, le recours aux matériaux biosourcés, le réemploi et la valorisation des déchets s’inscrivent dans la philosophie du référentiel HQE Réhabilitation de bâtiments tertiaires du certificateur Certivea, sans obligation de labellisation.
Rajeunir le campus, sublimer son identité historique, amener les performances énergétiques et ergonomiques au meilleur des standards actuels, fortifier la qualité environnementale, l’université de Lyon, maître d’ouvrage, l’université Claude Bernard Lyon 1 et l’INSA Lyon confient ce défi à Eiffage Construction, région Centre-Est, mandataire, et ses partenaires dans le cadre d’un CREM. Un tel chantier démarre obligatoirement par une réflexion sur l’organisation, la planification, la mise en œuvre des moyens, matériels et humains, en adéquation avec les attentes et les contraintes. Parce que réalisée en site occupé, cette opération de plus de 120 M€ HT sous-entend l’information d’utilisateurs pas nécessairement conscients des enjeux… Au fil des années, dans une montée des compétences, les équipes chantier à l’écoute des utilisateurs affinent leurs interventions. Jusqu’à une forme de maturité. Ces travaux rassemblent deux mondes antinomiques : l’industriel avec des éléments de façades répétitifs à poser après un chantier-test, en structure bois et bardage aluminium pour l’INSA, isolation par l’extérieur avec bardage alu à fixation invisible pour l’université ; le sur-mesure sur un chantier sectionné, sous contrainte d’espace et de temps, pour le chauffage, la ventilation et la climatisation. Ce chantier confirme que l’humain – 70 personnes pour le pilotage, 300 compagnons pour l’exécution – est le pilier de la réussite.
À la maxi-réhabilitation de 22 bâtiments regroupés au sein d’une même opération et avec une même maîtrise d’œuvre s’ajoute la réhabilitation du bâtiment Chevreul de l’agence Celnikier & Grabli, qui montre une autre réponse architecturale à un même programme et une même typologie de bâtiment. S’ajoutent également sept autres constructions neuves, Edgar Lederer, Irène Joliot-Curie, Jacqueline Ferrand, Sophie Germain, Élise Deroche, Axel’One et le Studio, à maîtrises d’ouvrage et financements multiples, réponses aux exigences contemporaines de l’enseignement, de la recherche et de la vie étudiante. L’adaptation au contexte d’implantation et aux enjeux urbains caractérise une architecture de qualité ; à chaque bâtiment son architecte pour symboliser la diversité et la richesse de l’objet construit et de son contenu.
Pour Axel’One Campus, Grand-Angle Architecture propose un bâti « process industriel », lieu d’innovation pour les biomatériaux et la biotechnologie des matériaux composites et du recyclage au service de chercheurs en quête d’ergonomie au travail, de sécurisation des pratiques et de facilité de maintenance avec des kits de recherche modulables en périphérie autour d’un patio lumineux central. Une double façade, vitrage et toiles tendues, joue de la transparence et des ombres portées, entre préservation de l’intimité et protection solaire, dans une perception renouvelée.
Concevoir un seul bâtiment, Irène Joliot-Curie, pour abriter deux fonctionnements différents – Institut des nanotechnologies de Lyon et filière Sciences et technologies du numérique de CPE –, telle est la gageure relevée par R&R Groupe A26, concepteur d’un volume unitaire aux façades parées de lames verticales en composite blanc. Leur graphisme en nanotubes de carbone exprime la vocation de l’institut. Le maillage des circulations intérieures organise la fonction transversale du bâtiment et la fluidité. Des cheminements indépendants, réponses aux nouvelles pratiques pédagogiques et aux laboratoires de pointe dont une zone blanche.
Conçu par Volume 2 Architecture/Chapuis Royer pour le service à la vie étudiante – cafétéria du Crous, espace de coworking en dehors des repas, locaux divers dont une salle polyvalente pour l’IUT Lyon 1, patio planté au coeur du projet et lieu d’exposition pour une œuvre de Florian Viel –, le Studio dialogue avec le vocabulaire architectural originel du campus avec ses matériaux bruts, des façades en béton gris clair et la ponctuation d’un habillage en acier Corten pour réchauffer l’ensemble.
Le bâtiment Jacqueline Ferrand de l’agence Garbit et Blondeau, figure de proue du pôle génie mécanique de l’INSA Lyon, répond à un double objectif, architectural et urbain : un, il reprend les symboles historiques du campus ; deux, implanté à proximité de l’entrée sur le campus, il l’identifie et affirme sa notoriété. Vertical et monolithique, habillé de béton blanc rappel des pignons historiques de l’INSA avec l’excroissance de l’amphithéâtre capotée d’une vêture d’acier Corten oxydé, il s’ancre dans le paysage. Installé dans la pente, un amphithéâtre végétal facilite l’accès depuis le domaine public et favorise la biodiversité et le traitement des eaux pluviales.
« Personne, maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, entreprises, n’avait mesuré ce qu’implique de passer de la théorie à la pratique sur ce type de chantier. »
Jean-Christophe Terrier, directeur délégué d’Eiffage Construction, région Rhône-Loire
Texte : Pierre Delohen
Visuel à la une : Photo © Juan Jerez
— retrouvez l’intégralité de l’article sur le Campus Lyon Tech – La Doua dans Archistorm 123 daté novembre – décembre 2023 !
Cité des Arts, Montpellier, Architecturestudio, MDR architectesAu cœur de Montpellier, dans le quartier populaire et résidentiel Boutonnet, l’agence Architecturestudio, mandataire, associée à l’agence montpelliéraine MDR et au paysagiste BASE, réussit une triple gageure : offrir à la métropole montpelliéraine son conservatoire à rayonnement régional avec la Cité des Arts, dédiée à la danse, à la musique et au théâtre, un outil culturel contemporain au service du plus grand nombre ; traiter l’avenir de la friche de la maternité Grasset trop longtemps marquée par des années de squat ; participer à la revitalisation du quartier par un schéma de composition urbaine associé à des espaces publics spacieux et naturels. Le tout sans faux pas ni fausse note !
Que la maternité accouche du conservatoire, rien de plus naturel. La Cité des Arts se voit tel un village musical – on y danse sur les toits – où vides, patios, terrasses et jardins suspendus reliés par des circulations lumineuses largement ouvertes sur le square s’organisent harmonieusement non plus sur une portée musicale invisible, mais sur une portée architecturale rythmée, équilibrée, parfaitement accordée au contexte morphologique du quartier, résidentiel et pavillonnaire.
Un, prérequis incontournable du maître d’ouvrage fortement apprécié des habitants du quartier : conserver l’emblématique pavillon d’entrée de l’ex-maternité dévolu à l’administration de la Cité et au centre de ressources, dans le respect de son architecture académique en pierre à la composition ordonnancée.
Deux, démolir les bâtiments non adaptés. Trois, accoler un bâtiment contemporain d’architecture abstraite, fragmenté de métal et de verre, lieu de vie et de culture voué à l’enseignement. Tel est le choix gagnant d’Architecturestudio. L’agence y voit une mise en tension ou une opposition signifiante quand chacune des deux propositions architecturales se confronte à l’autre au bénéfice de la création d’un sens nouveau : en retrait, le nouvel édifice offre un fond de scène et une mise en valeur de son précédent historique.
L’implantation d’un vaste et double parvis, indispensable articulation à la ville – il regroupe l’accès principal à la Cité et à l’auditorium, ainsi que l’accès secondaire indépendant à la salle des musiques actuelles –, donne le tempo avec une introduction progressive et aérée, végétale, prémices du grand hall d’accueil, où la lumière naturelle joue un double registre : lumineux et structurant. L’ombre et la lumière esquissent un pas de deux à découvrir dans cette fragmentation en différents volumes nécessaires à l’insertion urbaine apaisée et discrète d’un équipement d’une surface pourtant conséquente de 10 000 m2, qui est aussi source d’un jeu d’ombres mutuelles bienvenu. L’association à la fraîcheur apportée par une végétation très présente participe à un microclimat favorable en toutes saisons, qui illustre une architecture passive, naturellement bioclimatique labellisée à de multiples reprises : Bâtiment Durable Occitanie, Bâtiment Durable Méditerranée niveau Argent, Bâtiment Basse Consommation niveau confort pour l’existant, Bâtiment à Énergie Positive.

© Juan Jerez
L’organisation spatiale répond à une sédimentation verticale. Le hall d’accueil monumental et convivial, en double hauteur avec son escalier décalé en diagonale, et l’auditorium de 400 places s’installent en rez-de-chaussée ; toutes les grandes salles pratiques de cours, les plateaux d’orchestre et l’espace audition-répétition-diffusion se regroupent au rez-de-chaussée au sud du nouveau bâtiment ; d’autres salles de musique pour la pratique instrumentale et la formation musicale investissent le R+1, l’entresol ou mezzanine et le R+2 ; les salles de danse, d’éveil corporel et d’art dramatique règnent au dernier niveau avec cette grande terrasse végétalisée en correspondance avec l’acrotère du pavillon d’origine. L’ambition pédagogique de la Cité se traduit par cet auditorium ouvert au public, sept studios de danse, un studio de théâtre, deux plateaux d’orchestre de 50 à 80 musiciens, deux salles d’audition de 80 spectateurs, deux salles de musique de chambre, deux salles de pratique collective pouvant accueillir jusqu’à 20 musiciens, une salle de pratique collective de musique ancienne, deux salles de pratique pour les percussions, une salle ouverte de musique traditionnelle, un club de jazz et de musiques actuelles pour 100 spectateurs… À chaque espace musical son identité visuelle : le bois pour l’auditorium et les plateaux d’orchestre, le métal pour les salles de percussions, la couleur blanche pour les petites salles de pratique.
La façade sur l’avenue du Professeur-Grasset au levant renvoie à une architecture contemporaine entre métal et verre définie par un rythme vertical en correspondance harmonieuse avec des brise-soleil en verre sérigraphié dont les couleurs différentes et mouvantes tout au long de la journée dialoguent avec le feuillage et l’écorce des platanes, entretiennent une forme de vibration et protègent le hall des apports thermiques, fort importants. Ce dispositif se retourne en toiture en faveur d’un jeu d’ombre et de lumière variable en fonction de la lumière naturelle. La façade opposée, au couchant, également de verre sérigraphié, joue de tonalités plus languedociennes avec sa palette de rouge et de jaune. Entre l’imbrication-déstructuration des espaces et la lumière toujours omniprésente filtrée par ces brise-soleil colorés jaillit un univers poétique, écho aux enseignements artistiques dispensés dans la Cité, un cadre de vie et de travail plaisant.
Porteuse de la revitalisation du cœur du quartier Boutonnet, l’architecture « contextuelle, innovante et contemporaine » se veut le gage indiscutable du rayonnement attendu de la Cité des Arts Danse Musique Théâtre, conservatoire à rayonnement régional de Montpellier Méditerranée Métropole.
La nature fortifiée
La Cité des Arts bénéficie d’un patrimoine végétal préexistant d’importance, souvent de grande noblesse, avec ses alignements de platanes et ses deux cèdres majestueux conservés, préservés et mis en scène, repères de haute taille de l’entrée principale pour l’un et d’un espace boisé classé du square pour le second, qu’accompagne un tilleul majestueux à petites feuilles. En front du bâtiment restauré, le parvis principal, ou place, est planté en mail avec des assises pour les usagers de la Cité et les habitants du quartier à l’ombre du grand cèdre et d’albizzias. Le second parvis, place des musiques actuelles, se compose d’assises individuelles adossées à des bosquets.
De nouvelles plantations en pied d’arbres, en accord avec les anciens parterres du pavillon d’accueil de l’ex-maternité, installent un paysage qui tend vers l’unité sur l’ensemble du parvis pour une image identitaire perceptible du tramway et de son arrêt face à l’entrée de la Cité. Les massifs fleuris aux formes classiques orthogonales soulignent l’ancien bâtiment historique réhabilité ; sur le parvis, ils deviennent plus organiques, brisent la raideur et inspirent la fluidité musicale et la morphologie végétale. Tiré de la façade de la Cité jusqu’à la voirie de l’avenue du Professeur-Grasset, un revêtement minéral – béton microsablé pour le parvis principal et le secondaire, sable stabilisé pour le mail planté – suggère un espace à partager.
À l’arrière, le square Christine-Boumeester, espace public pour tous, s’appuie sur la zone boisée classée à préserver qui offrira, dès les premières années, un effet de végétation dense avec la conservation d’un maximum de sujets que renforce une généreuse campagne de plantations en tige et en cépée dans le respect d’une palette végétale diversifiée, afin de donner à voir le plus possible d’essences adaptées aux conditions climatiques locales. Avec la même composition paysagère dans les formes, les matériaux et la palette, le square s’infiltre jusque dans la voie d’accès arrière à la Cité.

© Juan Jerez
Enfin, ce square accueille des équipements orientés vers la pratique ludique du spectacle pour tous : théâtre de verdure et mobilier « scénique », mur de graff, fresque murale, jeux d’éveil à la musique, aire de jeux, etc. Hélas, le diagnostic phytosanitaire des plantations existantes impose la suppression de nombreux arbres pour des raisons également sécuritaires. A contrario, la conservation patrimoniale de sujets à la qualité parfois médiocre préserve la perception d’une végétation dense.
À l’avenir, des plantations compensatoires à la palette diversifiée assureront un renouvellement ainsi qu’une valorisation de l’espace boisé régénéré par des sujets arborés et une augmentation de la biodiversité du boisement. Au final, ce square s’inscrit telle une polarité de quartier pour des usages et des publics diversifiés. L’architecture de la Cité multiplie des terrasses à ciel ouvert qui ouvrent des vues extérieures sur les boisements alentour, du square mitoyen aux alignements de platanes remarquables. De suffisantes épaisseurs de substrat pérennisent des jardins plantés de graminées et de vivaces rustiques qui composent un vaste paysage apprécié d’étage en étage. Outre l’augmentation de la biodiversité locale avec ces compositions de type prairial à fruticée, ces terrasses participent à la forte inertie thermique du bâtiment pour des températures intérieures mieux maîtrisées. La nature s’infiltre jusqu’au cœur du bâtiment avec ses sept patios – source originale de protection contre le gel –, véritables jardins intérieurs protégés, parfois plantés d’arbres, d’arbrisseaux et d’arbres de troisième grandeur qui permettent aux étages supérieurs de bénéficier de vues directes sur la canopée et d’une protection naturelle contre l’ensoleillement excessif. Une palette plus exubérante de végétaux spécialement sélectionnés offre des contrastes et une forte identité aux espaces intérieurs. Chaque patio porte une pulsion musicale différente. Ils se déclinent en trois compositions – trois patios Allegro à l’est, deux Adagio au centre et enfin deux Ostinato à l’ouest, sur le square –, dont le dessin et le choix des végétaux obéissent à une mise en matière de tempos artistiques.
Chacun vibre d’une pulsation musicale personnelle, source d’identification des jardins et contribution au repérage des usagers au cœur du bâtiment : Allegro pour des patios que rythme une végétation lumineuse et colorée avec des floraisons jaunes et orangées chatoyantes aux formes rondes et généreuses avec des couvre-sols moelleux et verdoyants ; Adagio pour des patios qui mettent à l’honneur le tempo lent et fluide d’une composition souple telle la douceur de l’écume sur le sable, quand la palette végétale se compose de plantes succulentes et exotiques à la croissance lente et à la structure foliaire presque immobile ; Ostinato pour des patios à la trame régulière et répétitive de petits arbustes « boule » bien taillés, telle cette partition répétée en boucle qui est la métaphore du nécessaire entraînement au travail des arts – musique, danse, théâtre – dispensés par la Cité qui requièrent rigueur, passion et persévérance.
Extraits d’interview
Éric Penso, vice-président de Montpellier Méditerranée Métropole, délégué à la Culture et au Patrimoine historique
Vous vous dites sous le charme de la Cité des Arts. Quels qualificatifs associez-vous à son architecture ?
Extraordinaire et exceptionnelle, avec la préservation d’un patrimoine historique lourdement réhabilité associé à une création architecturale contemporaine parfaitement intégrée dans son environnement, végétal et bâti. Cet équipement né d’une relation forte et d’un travail de qualité avec Architecturestudio conjugue ces matériaux d’hier et d’aujourd’hui que sont la pierre, le béton, le métal et le verre, marie l’histoire et l’avenir, mis en scène dans un cadre végétal abondant marqué par ces alignements de platanes majestueux et enrichi d’un nouveau square. Je résumerais la Cité des Arts par ces quatre mots : tradition, patrimoine, modernité, fonctionnalité.
Texte : Pierre Delohen
Visuel à la une : Photo © Juan Jerez
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