La Condition Publique organise en juillet, le festival Pile au Rendez-Vous qui propose de faire le lien entre le territoire de Roubaix et son histoire à travers des projets artistiques. Organisme révélateur de talent, la Condition Publique accueille de nombreux artistes et architectes en les accompagnant dans leurs travaux de recherche. Au fil du temps, un lieu propice s’est développé pour ces derniers, les invitant à s’imprégner de deux espaces de fabrication équipés (fablab, halle de construction) et permettant la rencontre de différents groupes (acteurs locaux dans la construction/fabrication, tissu associatif et particuliers de Roubaix) afin de questionner les enjeux urbains, sociaux et environnementaux. Laboratoire créatif, terrain de jeu sans limite, tiers-lieu ancré dans son quartier, sont des termes permettant de comprendre le travail de la Condition Publique.

© Nicolas Lee

En 2019, La Condition Publique et les Ateliers Médicis se sont rapprochés par de multiples enjeux que partagent ces deux lieux. Lors d’une visite du centre d’art des Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois, La Condition Publique découvre le travail de Feda Wardak, en résidence pour son œuvre « En-dessous la forêt » soutenu par le mécénat de la Caisse des Dépôts.

Feda Wardak, architecte-constructeur explore le canal de Roubaix comme potentiel de rencontre. La Caisse des Dépôts, de nouveau séduite par son travail, cette fois porté par la Condition Publique, a tenu à soutenir le projet. La résidence de Feda Wardak à la Condition Publique a débuté en septembre 2020 et prendra fin en juillet 2022.  Dans ses travaux, il envisage l’eau comme un vecteur de commun et traite la question de l’architecture comme un réservoir de possible. Sa recherche-action aboutira à une installation monumentale présentée lors de ce festival. Son travail s’inscrit dans une temporalité de long terme, nécessaire au chercheur pour appréhender l’environnement dans lequel il évolue. Ji-Young Lee, chargée de partenariats et financements  à la Condition Publique explique : « Intitulée “les Beaux Endroits”, cette résidence a permis de réaliser six expérimentations dans différents espaces publics au sein de la métropole lilloise, à chaque fois sous une thématique propre telle que design, permaculture, terrain de jeu. »

Portrait de Feda Wardak © Julien Pitinome

Le « faire ensemble », une collaboration riche

Revendiquant le besoin d’instaurer un cadre de confiance, ce processus implique une constance et une présence régulière, et permet in finel’instauration de relations interpersonnelles précieuses. C’est un projet collaboratif avec les habitants de Roubaix : en effet, la résidence d’artistes à la Condition Publique met à disposition tous les outils permettant de créer du lien avec le territoire. Au-delà des espaces de travail mis à disposition, il s’agit d’un processus, permettant la formation d’une communauté qui gravite et évolue dans ces espaces. Il s’agit des habitants, mais aussi des professionnels (artisans, constructeurs, designers et artistes…) locaux. Ceux-ci sont naturellement invités à prendre part à des ateliers, tels que des expérimentations de machines à eau, mais également des moments plus personnels, de convivialité en compagnie de Feda Wardak. Suivant une logique de transmission, les groupes scolaires sont également impliqués dans le projet. Le Collège Rosa Park et le Lycée Jean Rostand vont travailler sur la gestion de l’eau à partir de la construction de Feda Wardak au fablab de la Condition Publique.  Sa recherche se matérialise par la mise en place d’un collège conduisant à une publication. Autour de ce travail se réaliseront des rencontres et des études universitaires en invitant le public à participer à la mise en commun des connaissances et à comprendre les enjeux et problématiques autour du canal. Afin d’inclure tous les acteurs, les voisins seront également invités lors de réunions de concertation afin de prendre connaissance du projet et d’échanger collectivement. Il s’agit des publics du foyer Accueil Fraternel de Roubaix, les jardiniers du collectif Jardin Ouvrier du Canal, la Maison de l’eau et les clubs de sport. Outre une approche artistique et architecturale, le Bel Endroit de Feda Wardak incarne les dimensions pédagogiques avec la vocation à inspirer les populations de Roubaix à devenir acteurs dans la gestion de la ressource naturelle, un bien commun qui appartient à tous.

© La Condition Publique

Le processus de recherche-action

L’eau est le fil conducteur de sa recherche. En particulier, c’est l’infrastructure sur laquelle il porte son attention, celle qui fait exister ou qui montre l’eau. Qualifiant l’eau de bien commun, l’architecte perçoit cet élément comme appropriable et y voit des possibilités d’espaces communs. L’artiste Feda Wardak explique lui-même : « Ces constructions, en laissant comprendre leur fonctionnement par l’eau, incite chacun à être acteur de la gestion et pas simplement consommateur. » « Sa prise de conscience vient de sa terre d’origine, Afghanistan, où les différents modèles de gestion de l’eau, tels que roue à eau, barrages, systèmes d’irrigation sont visibles et lisibles » explique Ji-Young Lee.  Ici est défendue l’idée de devenir acteur du traitement de l’eau, en percevant les infrastructures non comme intouchables, mais au contraire fédératrice d’espaces communs.

Dans son travail, Feda Wardak privilégie le processus à la production ou à la construction. Son action naît de sa recherche. À titre de restitution de sa résidence, Feda Wardak construira, en collaboration avec la communauté de compétences, une machine à eau, à savoir un aqueduc, au bord du canal. Cette installation expérimente un système d’irrigation dont le fonctionnement serait compréhensible aux yeux du public.

Le devenir du canal de Roubaix

En plus des résidences « Beaux Endroits », la Condition Publique s’intéresse à la vie dans l’espace public et porte un regard particulier et neuf sur celle-ci. Suivant cette réflexion, le canal de Roubaix est depuis plusieurs années un terrain d’expérimentation. En 2018 et 2019, le laboratoire créatif s’y est investi en organisant son festival Pile au Rendez-Vous. Un ancien site industriel déshérité et très peu fréquenté, le canal a accueilli plus de 10 000 visiteurs pendant un weekend à l’occasion de cet événement durant ces deux années d’expérimentation.

Ji-Young ajoute « Aujourd’hui, l’enjeu est de créer un dispositif plus pérenne sur cet espace public en y développant un parcours d’art. Ce dernier a vu le jour au printemps 2022 par les installations in-situ de Maya Hayuk et celle de Robert Montgomery : l’installation monumentale de Feda Wardak donnera un nouvel élan à ce parcours. Plus qu’une balade artistique, le parcours d’art qui se développe au long du canal est un travail qui complémente le renouvellement urbain des autorités publiques et qui contribue au développement urbain, une action qui démontre la mission de la Condition Publique qui est la suivante :  la créativité, un levier pour un territoire en transition. »

© Nicolas Lee

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Visuel à la une : © Julien Pitinome