MÉTROPOLE I HABITER LA MÉTROPOLE LILLOISE

MÉTROPOLE

HABITER LA MÉTROPOLE LILLOISE

À l’origine de cette réflexion sur le thème « habiter », il y a une métropole qui s’est trouvée lauréate d’une compétition internationale pour devenir, en 2020, la capitale mondiale du design.

Le pari était ambitieux, faire du design la clé de la métamorphose d’une géographie entrée en résilience après l’essor puis le déclin d’une révolution industrielle qui a durablement posé son empreinte.

Ainsi, le cœur du réacteur porté par la World Design Capital 2020 a consisté à lancer un vaste appel à projets auprès de tous les acteurs du territoire pour recenser des dynamiques, des collaborations engagées, des démarches design, des désirs de changement.

Ce sont donc 600 projets et six maisons thématiques intitulées POC (Proof of concept) qui virent le jour pour rendre compte d’un changement d’ores et déjà engagé.

HABITER

Geoffrey Galand, président du WAAO – Centre d’architecture et d’urbanisme, Lille

La WDC 2020 a confié au WAAO – Centre d’architecture et d’urbanisme, la direction du commissariat d’exposition pour la Maison POC sur le thème de l’HABITER.[1]
Cet article, tiré d’un ouvrage plus volumineux, vient apporter son éclairage, en parallèle de cette exposition, par une somme de propos et de retours d’expérience portés par une diversité d’acteurs ayant œuvré de près ou de loin sur le territoire de la métropole européenne de Lille.
La variété des propos rend ici compte d’une somme d’expériences qui rend hommage, au même titre que les proofs of concept de l’exposition, à la pluralité des situations rencontrées et surtout des manières que nous avons tous d’envisager la notion d’habiter.

En effet, « habiter » devient une notion de plus en plus complexe, dans un contexte de changements en constante accélération, qu’il s’agisse de l’avènement du numérique, des mobilités facilitées, des territoires aux contours diffus à l’occasion métropolisés, ou encore de l’évolution des cellules familiales.
Qu’habitons-nous ? Un pays, un territoire, une métropole, une ville, un quartier, un immeuble, un logement ? Tout à la fois sans doute, mais cela induit différents niveaux d’appropriation et de sentiment d’appartenance, là où ces sphères géographiques sont en évolution.
En creux de l’habiter est survenue la notion du vivre-ensemble, déjà galvaudée d’avoir été trop répétée. Sans doute est-ce là le signe d’une inquiétude manifestée par ce monde en changement où l’espace propice au lien social semble se diluer dans l’espace marchand.
Nos aînés habitent en Ehpad, les jeunes se rencontrent sur les réseaux sociaux, les centres commerciaux et les rues piétonnières sont les nouveaux lieux de la consommation et de l’entertainment, l’espace public peine à proposer des lieux de la rencontre.

Le Bois habité, opération d’aménagement urbain située au coeur d’Euralille 2, réalisée entre 2000 et 2015 par l’agence Leclercq Associés © Cyrille Weiner

Pourtant, et cela depuis peu en France, semblent émerger de nouveaux processus du « faire la ville », où l’énergie collaborative remplace le top-down technocratique ou la mainmise capitalistique. Apparaissent ainsi de nouveaux espaces tels que les tiers-lieux[2], les communs, les zones en gestion transitoire, les habitats participatifs. Sans être encore une lame de fond, ce mouvement procède certainement d’un désir renouvelé de faire société, de partager de nouveaux espaces du territoire, au-delà de la sphère intime de nos logements.
Du tout intime au tout partagé, des « antichambres urbaines »[3] apparaissent aussi, tels des espaces transactionnels au profit de la rencontre. Les faiseurs de la ville et les producteurs de logements commencent à s’en emparer en donnant de l’épaisseur aux limites spatiales. L’on habite alors au-delà de la stricte limite de son logement, du palier à l’espace partagé, de l’immeuble au tiers-lieu, et l’espace public voit arriver de nouveaux acteurs-habitants, parfois constitués en collectifs, désireux de prendre le destin de leur quartier en main.

Le Bois habité, opération d’aménagement urbain située au coeur d’Euralille 2, réalisée entre 2000 et 2015 par l’agence Leclercq Associés © Cyrille Weiner

À l’échelle du logement et de l’intime, outre l’évolution sensible de la cellule familiale, on constate aussi l’apparition de nouveaux usages, connectés ou du travail, du besoin de la rencontre ou du nécessaire repli. La situation sanitaire actuelle n’a fait que mettre en exergue des processus engagés nécessitant de repenser les cadres réglementaires de plus en plus contraints et normatifs.
Dans le cadre de l’exposition, le recensement d’espaces de travail confinés[4] dans nos logements ainsi qu’entre autres le travail de Sophie Delhay[5] sur la cellule de vie nous ouvrent des champs de questionnement sur ce sujet.

Merci à tous les contributeurs d’avoir apporté leur éclairage, leur retour d’expérience, leur lecture du territoire métropolitain ou simplement leur anecdote éclairante. Cette diversité illustre la richesse du sujet et nous oblige à aborder cette notion avec engagement et passion.

Bonne lecture !

LILLE METROPOLE 2020 CAPITALE MONDIALE DU DESIGN

La Métropole européenne de Lille a succédé à Turin, Séoul, Helsinki, Le Cap, Taipei et Mexico comme Capitale Mondiale du Design en 2020. Depuis 2008, le titre de World Design Capital© est décerné tous les deux ans par la World Design Organization (WDO), en signe de reconnaissance de l’utilisation novatrice du design par une ville ou une métropole dans le but de renforcer son développement économique, social, et environnemental.

La reprise de la Capitale Mondiale du Design du 9 septembre au 15 novembre 2020. La Capitale Mondiale du Design reprend après quelques semaines pendant lesquelles elle a retenu son souffle, tant le choc sanitaire était inattendu, inédit, obligeant à remettre ce qui était préparé de longue date. Durant cette période si particulière, porteurs de POC, designers, commissaires d’exposition et de Maisons POC, entreprises, associations et communautés engagées dans la Capitale Mondiale du Design ont continué à réfléchir, concevoir, imaginer, préparer un retour.

L’exposition abritée dans la Maison POC Habiter © Thomas Pinte

Qu’est-ce qu’un POC ?

Emprunté au vocabulaire de la recherche scientifique, POC, proof of concept (« preuve de faisabilité »), correspond au moment où l’on teste le prototype d’une solution afin que les retours d’expérience aident à rendre plus performant et efficace son déploiement, voire son industrialisation. Cette démarche, peu coûteuse et agile, sert la créativité et encourage l’expérimentation. Le POC représente alors un moyen simple et efficace pour chercher et construire ensemble des solutions. Après avoir été développés en collaboration avec des designers du territoire, les POC sont destinés à être montrés dans des espaces d’exposition propres nommés « Maisons POC ». Les POC y sont regroupés par thématiques : « Prendre soin », « Ville collaborative », « Habiter », « Économie circulaire », « Action publique », « Mobilité ».

La conception des Maisons POC a été confiée à des designers et commissaires, qui ont assuré l’accompagnement, l’orientation et la valorisation des initiatives protéiformes des porteurs de POC.

L’exposition abritée dans la Maison POC Habiter © Thomas Pinte

Dès ses fondements, la Capitale Mondiale du Design 2020 avait été bâtie autour de problématiques capitales pour avancer au mieux dans le temps, car le design, par essence, anticipe l’avenir. Mais aujourd’hui, plus que jamais, le projet révèle sa pertinence. Les grandes expositions de la programmation dessinaient déjà un monde nouveau et en soulignaient l’urgence, avant même la crise sanitaire : « Les Usages du monde », « Sens fiction », « La Manufacture : A labour of love », « Designer(s) du design ». Plus que jamais, elles doivent être vues et partagées.

Nos Maisons POC et nos expositions sont les laboratoires du monde nouveau. Les commissaires les repensent en ce sens. Ces événements appellent à l’échange des bonnes pratiques, au débat, aux ateliers, à la mutualisation des forums consacrés à l’imagination et à la construction des « jours heureux ».

Les formes devront en être réinventées puisque le présentiel n’ira pas de soi et sera peut-être encore contraint. Le design est résilience, énergie renouvelable, bien commun. Pour penser « un après soutenable », beaucoup de disciplines sont aujourd’hui convoquées, et toutes sont les bienvenues : philosophie, économie, histoire, écologie, technologie. Dans cette recherche nécessairement interdisciplinaire, le design a des atouts spécifiques à faire valoir : l’empathie pour l’humain et pour la planète qui en est indissociable ; la créativité — il faut chercher et trouver en dehors des sentiers battus —, la recherche de fertilisations croisées — nos grandes expositions en portent toutes le témoignage — la méthode expérimentale, la volonté de « faire » et de proposer des solutions concrètes, au-delà des injonctions principielles et de l’appel aux grandes valeurs, tout en imaginant les comportements futurs.

(…)

Texte Collectif
Visuel à la une Dans les rues de Lille © Alexandre Van Thuan

retrouvez l’intégralité de la rubrique exceptionnelle Métropole, sur Habiter la Métropole Lilloise dans le date janvier – février 2021 d’Archistorm


[1] WAAO, commissariat général, commissaires Blau et Studio Rijsel, atelier Smagghe scénographie.

[2] 16e édition de la Biennale d’architecture – « Lieux infinis », sous la direction d’Encore Heureux. Mise en évidence du thème « Freespace » par les commissaires Yvonne Farrell et Shelley McNamara.

[3] Formule empruntée à Alice Cabaret.

[4] Odile Werner, espaces de travail confinés, in « Maison POC habiter »

[5] Projet de 40 logements modulables à Dijon pour Grand Dijon Habitat