COLLÈGE SIMONE VEIL, À LAMBALLE

RÉALISATION

Dietrich Untertrifaller et Colas Durand

 

Et de deux ! Après le collège de Broons, achevé en 2015, le couple franco-autrichien, Dietrich Untertrifaller et Colas Durand, livre le collège de Lamballe, petite commune de 12 000 habitants située dans les Côtes-d’Armor. Du Vorarlberg à la campagne bretonne.

 

« Concevoir, c’est construire. » Pour Much Untertrifaller, cofondateur de l’agence Dietrich Untertrifaller, l’élaboration du projet architectural et la recherche de stratégies constructives forment un ensemble indivisible. Imaginer des espaces, c’est déjà anticiper la manière dont ils seront fabriqués. « Il y a la réalisation avant tout, explique-t-il. C’est la mesure sur laquelle nous voulons être jaugés – pas sur ce que nous avons dit, pas sur un discours, mais sur ce que nous avons construit. » Et l’architecte originaire du Vorarlberg – land le plus occidental d’Autriche, bien connu pour son rôle de moteur européen dans l’architecture durable – de s’interroger sur les pratiques consistant à dissocier le temps de la recherche spatiale de celui de l’acte de bâtir : « Il nous semble dangereux, ou du moins difficile, de parler de quelque chose qui, à la fin, ne serait pas réalisable. » (1)

La rue intérieure, en communication visuelle avec les salles de classe ©Luc Boegly

120 mètres de longueur pour 25 mètres d’épaisseur, en bordure d’une route départementale : sur le papier, le nouveau collège de Lamballe – le plus grand du département – ressemble à n’importe quel autre établissement scolaire rural. Son implantation hors de la ville, au milieu des bocages, relève d’une froide logique administrative en quête de foncier à coût abordable et d’une superficie suffisamment vaste pour accueillir des places de stationnement à l’air libre et un anneau de circulation pour les cars de ramassage des collégiens des communes environnantes. C’est pourtant un

édifice particulièrement agréable à vivre – acoustique feutrée et ambiance domestique – que les architectes ont conçu à l’adresse des 900 élèves, malgré la simplicité de la forme bâtie et ses dimensions XXL qui pouvaient laisser craindre des intérieurs hors d’échelle. Au centre de cette réussite à 1 300 €/m: une structure en bois apparent, qui, par nature, implique anticipation et rigueur constructive.

©Luc Boegly

Comme pour le collège de Broons, Dietrich Untertrifaller s’est associé à Colas Durand, une agence d’une dizaine de personnes basée à Lamballe même. Pour cette seconde collaboration, les architectes ont troqué leurs responsabilités, les Autrichiens se libérant de leur rôle de mandataire au profit de leurs confrères bretons. Les partis pris en plan-masse n’en sont pas moins restés toujours aussi tranchés. Les concepteurs ont choisi de caler le bâtiment tout au nord de la parcelle, à proximité immédiate de la D.768, afin d’offrir un ensoleillement maximal à la cour de récréation. 80 000 m3 de terres ont été déblayés pour aplanir et abaisser le terrain naturel de quelques mètres. Objectif : résoudre les problèmes d’accessibilité aux PMR, mais aussi placer l’établissement en contrebas de la route départementale, en retrait de ses nuisances sonores et visuelles.

 

Contrairement à la plupart des projets scolaires publics, l’entrée du collège de Lamballe n’a fait l’objet d’aucun traitement monumental qui soulignerait son caractère institutionnel. « Nous avons réservé l’effet de surprise pour le dedans », annonce Raphaël Colas, cofondateur de l’agence Colas Durand. Passé le hall d’entrée, le visiteur est saisi par la générosité et la clarté de la rue intérieure qui se déploie sur trois niveaux. Ni ennui ni sentiment d’anxiété : les longues perspectives sont entrecoupées d’une douzaine de passerelles et sont coiffées d’une verrière en verre clair qui permet d’entrevoir la couleur changeante du ciel. La coupe transversale en baïonnette génère une multiplicité de situations spatiales (simple ou double hauteur, vue plongeante ou ascendante, etc.) qui compensent les raideurs du plan et de la coupe longitudinale.

 

Texte : Tristan Cuisinier 
Visuel à la une : Luc Boegly

Découvrez l’intégralité de l’article sur la réalisation du collège Simon Veil au sein du numéro 97 d’Archistorm, daté juillet-août 2019 !