ENCORE HEUREUX, COMMISSAIRE DU PAVILLON FRANÇAIS

TRIBUNE LIBRE

ESPACE DÉDIÉ AUX IDÉES, À L’OPINION DES ACTEURS DE L’ARCHITECTURE

 

Collectif d’architectes fondé en 2001 par Julien Choppin et Nicola Delon, Encore Heureux revendique une pratique généraliste pour concevoir des bâtiments, des installations, des jeux ou des expositions… À la croisée des genres, au travers d’un enthousiasme critique, ils imaginent des conditions et créent des situations pour habiter la complexité du monde. En 2016 Sébastien Eymard rejoint l’aventure comme troisième associé et l’équipe s’agrandit pour rassembler une quinzaine de concepteurs d’horizons variés. Pour qu’Encore Heureux rime avec exigence et lucidité, optimisme et engagement…

Les « lieux de liberté » sont pour nous des endroits qui expérimentent des transitions nécessaires, des endroits où le futur est en construction, où il s’élabore.

Nous avons baptisé notre pavillon pour la 16e Biennale de Venise « Lieux infinis » par ce que les dix sites que nous avions sélectionnés ne cessent de se transformer en fonction de l’usage qu’il en est fait – de se réinventer au grès des occasions – contrairement à l’architecture dite « spectaculaire ». Pour nous, de véritables alternatives constructives y sont à l’œuvre et nous pensons que ces alternatives méritent d’être partagées et débattues. Aussi nous avons choisi de mettre en avant des lieux dédiés à l’art et à la culture (le Centquatre à Paris, la Belle-de-Mai à Marseille ou encore le Tri Postal à Avignon) mais aussi des lieux dédiés à l’hospitalité, à l’accueil et au partage.

Le caractère hétéroclite de cette sélection était primordial à nos yeux : la Biennale de Venise est un événement au cours duquel les réflexions sont tout autant sociétales que purement architecturales. Chacun de ces dix lieux, qui au demeurant, différent les uns des autres par leur échelle, leur diversité d’usage ou leur mode de gestion (public, privé, associatif), questionne ainsi les autres en révélant ses richesses, ses problématiques, et ses singularités.

 

Notre pavillon est constitué d’une salle centrale dans laquelle nous présentons dix grandes maquettes réalisées par des confrères ou par nous-même. À l’intérieur du pavillon des films enregistrés in situ sont projetés à l’intention du spectateur : la vidéo est ici un moyen d’immersion dans l’ambiance particulière de chacun de ces lieux si singuliers.

Au-dessus de ces maquettes sont disposés divers objets : dessins historiques, papillons, disque d’or… une sélection de quatre cent cinquante objets au total, constituée d’éléments prélevés dans ces dix lieux, et qui témoignent de l’intensité qu’on y a ressentie. Ces lieux sont ainsi des exemples et des modèles non pas à répéter mais à observer, partager, analyser, pour nous aider à penser les bâtiments ; la ville et les enjeux du métier d’architecte.

 

 

Notre but est de questionner l’architecture, de bousculer les maîtres d’œuvre dans leur éternelle complainte, de dire qu’il y a des choses incroyables à inventer mais qu’il faut y passer du temps, que tout ça ne se fait pas en un claquement de doigts;
De notre point de vue les architectes ont deux rôles à jouer : humaniste et politique. Aujourd’hui plus que jamais, les architectes ne peuvent se dérober à la responsabilité du monde qui advient, et donc à la nécessité d’imaginer ce qui, demain, doit exister. Aussi, leur rôle n’est pas tant de livrer de beaux immeubles que de stimuler la transition écologique, par exemple.

 

 

Visuels : © Alexa Brunet et Élodie Daguin

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