MARIE-CLAIRE BLAIS

ENTROUVRIR, ENTREVOIR, ENCLORE

 

Avec l’exposition de Marie-Claire Blais au titre fortement symbolique « Entrouvrir, entrevoir, enclore », le Centre culturel canadien, installé depuis 1970 au 5, rue de Constantine, tourne une page de son histoire, avant de poursuivre sa programmation dans un nouvel espace conjoint avec l’ambassade, rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Catherine Bédard, directrice adjointe du centre culturel et commissaire de l’exposition, avoue son récent coup de cœur pour l’œuvre de cette artiste dont le travail ne cesse de croître en notoriété et en reconnaissance au Canada.

Un ensemble de pièces issues de trois corpus différents (peintures, sculpture et vidéo) a été savamment choisi pour cette dernière manifestation dans l’espace du 7e arrondissement, et c’est tout en subtilité qu’elles incarnent l’idée d’un mouvement, celui du passage d’un lieu à un autre, « lui-même marqué par une dimension symbolique où le culturel et le politique sont, inévitablement, intimement liés ».

De sa formation en architecture et sa passion particulière pour l’étude du paysage, Marie-Claire Blais retient les enjeux d’espace et de lumière dont les séries de peintures Être la porte qui s’ouvre (2016-2017) et Tracé d’un clair obscur (2015) témoignent.

Les formes géométriques teintées par des pigments bleus et roses des toiles de la série Être la porte qui s’ouvre sont travaillées en transparence, et se superposent tels des voilages légers, fins et translucides pour donner à voir « des espaces picturaux complexes à déchiffrer qui laissent deviner des ouvertures, des embrasures, des passages ». Alors que dans celles de Tracé d’un clair obscur, les lignes verticales qui traversent l’espace blanc du tableau sont le fruit d’une performance exécutée à l’atelier où l’artiste, d’un geste puissant, jette sa peinture d’un trait.

Dans ces grands formats aux présences matérielles fortes, rien n’est acquis tant les compositions sont complexes, et si l’artiste ne raconte pas d’histoire, elle interroge l’Histoire, celle de la peinture, sa tradition et son savoir-faire, de la Renaissance au Minimalisme américain.

De la même façon, elle questionne la sculpture avec son œuvre De la distance à parcourir (2015). En jute, l’œuvre trempée dans le plâtre se fige dans une forme repliée sur elle-même et rappelle une fois encore une sorte de passage. Inscrite dans la matérialité d’un entre-deux, celle de la peinture et de la sculpture, l’œuvre est aussi l’objet d’une réflexion autour des enjeux de la tradition et de la modernité du « genre académique ».

Mais la vidéo à l’entrée de l’exposition, intitulée Satélite (2013), nous plonge dans un autre univers dans lequel néanmoins Marie-Claire interroge toujours notre rapport à la modernité aujourd’hui. En résidence au Mexique en 2013, elle filme un personnage féminin qui déambule sur la place de Satélite[1] « au milieu de l’agitation du monde actuel ». Ces monolithes colorés ne deviennent que le potentiel décor d’un monde passé que la vie contemporaine, par son flux, sa vitesse, ne semble plus voir.

[1] Las Torres de Satélite, Mexico D.F. est une œuvre magistrale de la modernité conçue par trois créateurs importants de l’histoire du Mexique : l’architecte Luis Barragán, le sculpteur Mathías Goeritz et le peintre Jesús Reyes Ferreira, en 1958.

Texte : Christine Blanchet

Centre culturel canadien au 5, rue de Constantine Paris, du 29 novembre 2017 au 19 janvier 2018 

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