LE GALAXIE à PARIS par CHRISTIAN DE PORTZAMPARC

RÉALISATION

LE GALAXIE À PARIS PAR CHRISTIAN DE PORTZAMPARC

L’avenue Pierre Mendès-France fut créée en 2002 dans le cadre de l’opération Paris Rive Gauche, le plus ambitieux des projets de développement de la capitale à l’intérieur des limites de son boulevard périphérique. En 30 ans, c’est toute une ville qui aura vu le jour entre la Seine et le faisceau ferroviaire Austerlitz. L’aménagement d’une série d’immeubles de bureaux aux abords de la gare d’Austerlitz, au-dessus des voies, est un des derniers actes de ce gigantesque chantier qui recompose la topographie parisienne en reliant organiquement le 13e arrondissement à la Seine.

C’est l’un des acteurs de la première heure de ce chantier parisien majeur, l’architecte Christian de Portzamparc qui signe aussi un des immeubles qui le finalisent. Il aura été là au tout début avec le quartier Masséna en 1994-1995, ainsi qu’à la toute fin avec Le Galaxie, un immeuble de bureau qui contribue à définir le caractère du nouveau quartier. Le Galaxie porte indiscutablement les traces de sa vision architecturale et urbaine. C’est un immeuble générique et travaillé à la fois, qui cherche à se démarquer du front de rue univoque, très « corporate » dans lequel il s’insère. S’il n’adopte pas, faute de place, les principes de l’îlot ouvert dont Christian de Portzamparc est un des maîtres à penser, il en garde l’esprit avec certains choix volumétriques et organisationnels qui rompent avec les standards des immeubles tertiaires. L’architecte du Galaxie est connu pour de nombreuses réalisations. La Cité de la musique, la tour LVMH. New York et avant cela les Hautes Formes, un ensemble d’habitations réalisé en 1979 qui illustre certains de ses principes visionnaires, qui ne vont faire que s’intensifier au fil des réalisations. L’îlot ouvert aura été, dès le début, une tentative de renouer avec la rue en la replaçant parmi les principaux outils dont disposent l’architecte et l’urbaniste pour faire la ville.

Christian de Portzamparc ne manque pas de nous rappeler à quel point le modernisme corbusien n’aura cessé de décrédibiliser la rue comme structure fondamentale de l’organisation urbaine. Prenant le meilleur de l’îlot haussmannien et du plan libre moderniste, l’îlot ouvert entreprend une synthèse réussie des deux. Il ne renonce pas aux acquis du modernisme, l’espace, les dégagements, tout en s’efforçant de renouer avec les trames compactes de la ville historique. L’îlot ouvert est un plaidoyer pour le retour au cœur des villes, avec des quartiers denses. Pour ce faire, il réhabilite les vertus de la rue, démarche déjà entamée dans les années 60 par la plupart des architectes de TEAM10. L’îlot ouvert est la traduction dans la trame parisienne des questionnements de cette génération d’architectes qui remet en question la charte d’Athènes.

Le vitrage performant permet aujourd’hui de s’ouvrir beaucoup plus à l’environnement ferroviaire.

L’ÎLOT OUVERT : IDÉAL ET COMPROMIS

Cette forme urbaine va connaître plusieurs degrés d’application, qui s’échelonnent des versions les plus abouties, celle de rues ou de passages publics qui traversent les îlots, aux solutions moins radicales, plus conditionnées par les besoins du marché immobilier, qui réduisent l’ouverture à des percées visuelles ou des cours traversantes à accès restreint. Comme c’est souvent le cas avec les idées utopistes, l’îlot ouvert a parfois été trahi par ceux qui auraient dû veiller à sa mise en œuvre : les bailleurs ou les copropriétés dans le cas de logements et les promoteurs et leurs clients dans le cas de bureaux. Souvent l’implantation ouverte des volumes d’un immeuble s’accompagne d’une restriction d’accès qui transforme ses axes traversant en cours privatives. Si l’îlot ouvert a beaucoup souffert des résidentialisations qui en contredisent l’esprit, il demeure un principe d’ouverture inscrit dans la forme urbaine, et qui pourrait, sans beaucoup d’effort, être réactivé pour constituer des espaces réellement publics au cœur des îlots. En cela, l’îlot ouvert est une invitation à faire évoluer les usages restrictifs de l’espace public qui caractérisent notre époque. En France, comme l’urbanisme est souvent démonstratif, les grands projets adoptant le principe d’îlot ouvert ont fait preuve d’un éclectisme formel. Christian de Portzamparc est aussi aux devants de cette tendance qui a consisté à ériger la variation formelle en norme esthétique. Deux immeubles mitoyens ne devaient pas se ressembler, aucun alignement ne devait venir perturber l’exubérante exposition de diversité, laquelle aspirait les fronts de rue du nouveau millénaire. Ce principe censé conjurer la phobie collective des grands ensembles trouve, dans le quartier Masséna, un de ses terrains d’expression les plus aboutis. (…)

Photos : Double J photos pour Kaufman & Broad
Visuel à la une : la façade du bâtiment en serpent adopte deux langages différents. L’un est avec des brise-soleil horizontaux, l’autre avec les fenêtres assez larges.

Retrouvez cet article au sein d’Archistorm daté Mai-Juin 2020