UNE AVENTURE ARTISTIQUE EN PARTAGE

ART ET ARCHITECTURE

REGARD TRANSVERSAL ENTRE ART ET ARCHITECTURE

 

La Fondation Carmignac Gestion ouverte au public depuis le 1er juin 2018 s’est offert un écrin de choix au cœur de l’île de Porquerolles, site naturel protégé exceptionnel. Le projet architectural a cumulé les complexités avec le choix dune implantation sur un site insulaire dans un Parc national classé. À cela sest ajoutée une succession dintervenants. Après le décès de l’architecte Antoine Jouve, l’atelier Barani a réalisé la conception du musée enterré avec des espaces qui se dilatent et se déploient en forme de croix. Le retrait du Grand Prix de larchitecture 2013 cède la place à l’agence GMAA qui a repris le projet, à quelques exceptions près (décaissement plus important et modification de lescalier).

 

Dès l’arrivée au Domaine de la Courtade, la première impression reste la forte imprégnation du premier occupant des lieux, l’architecte Henri Vidal inventeur de la terre armée. Il a l’idée de transformer cette ferme apparue dans le film de Jean-Luc Godard « Pierrot le fou ».  En grand idéaliste, il cherche à parfaire le site, lui offre un point de vue privilégié et fait coïncider les pentes de son toit avec celles du paysage montagneux au loin.  Henri Vidal a repris la topographie en lui adossant une petite butte artificielle pour mieux voir la mer depuis la maison. L’architecte réalise également un patio avec une tropézienne recouverte de tuiles vernissées bleues, des colonnes en pierre de cyne trouvée dans les environs dans lesquelles il vient inscrire des fragments de sculptures anciennes. Le charme de cette demeure réside dans ses volumes percés de lumière et ses détails comme les colonnes « mordues » à coup de meuleuse. Venu assister à un mariage, le fondateur de la société spécialisée en gestion d’actifs, Edouard Carmignac en tombe immédiatement sous le charme et ne cache pas son désir de l’acquérir le moment venu. La situation insulaire lui plait. Elle est une « promesse de voyage » qu’il entend bien allier à son expérience personnelle de l’art.

« Comme dans tout mythe ou voyage initiatique, la traversée vers l’île est toujours un double mouvement, l’un physique, l’autre mental. Il s’agit de passer sur l’autre rive », selon les mots de son directeur Charles Carmignac, fils aîné de Édouard Carmignac. Et pour tout accueil, un monstre au pieds palmés imaginé par Miquel Barcelo – la sculpture d’Alycastre, dragon légendaire de Porquerolles et gardien des lieux – nous reçoit. C’est ainsi que chaque étape menant à la Fondation Carmignac (680 pas comptés depuis le port) invite à faire l’expérience d’un transport à la fois physique, sensoriel et mental.

 

La Fondation Carmignac s’est mis un point d’honneur à orchestrer ce voyage sensoriel. Elle ménage tous les paramètres pour que toutes les conditions d’une visite d’exception soient réunies : rituel initiatique, détails immersifs (sol en grès des Indes travaillé pour évoquer la baïne, le retrait de l’eau sur le sable), accès limité à 50 personnes par demi-heure. Ce projet vise aussi à juguler le tourisme de masse qui afflue sur Porquerolles. C’est l’un des paradoxes de l’île, « à la fois Parc national et lieu de forte affluence, l’île interroge l’homme et sa présence au monde » comme le souligne le directeur Charles Carmignac.

La descente dans le musée enterré se fait pieds-nus après avoir dégusté une boisson à base plantes locales. Autant d’étapes préalables définies par les maîtres des lieux pour apprécier la collection constituée avec passion de pièces majeures de Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol, Roy Lichtenstein ou encore Gerhard Richter. Jusqu’à présent, elles n’étaient visibles que des salariés dans les bureaux Place Vendôme à Paris. Pour son président, Edouard Carmignac, les détournements des artistes « devenus des codes universels, sont une source évidente d’inspiration et d’énergie : un appel constant à l’autocritique, à la vigilance et à la lucidité ». Il souhaite offrir aujourd’hui cette collection en partage dans un site remarquable. Et si le choix de l’île présente une difficulté majeure pour la réalisation du chantier, il vient dicter le concept de l’édifice à naître ; un projet enfoui sous terre.

 

Compte tenu du Parc National classé, la création de la Fondation n’a occasionné que de très rares modifications des bâtiments existants. Chaque élément a été conçu dans le respect des motifs existants ; que ce soit les reliefs sur les portes qui reprennent les formes des volets ou encore les tuiles vernissées bleues remplacées à l’identique pour offrir ce toit couleur « mer » en dialogue avec le ciel.

 

 

Texte : Alexandra Fau

Visuels : © Matthieu Salvaing

 

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