Aujourd’hui rebaptisée la salle du Kelenn, l’édifice s’inscrit à la lisière de la mer, à deux pas du centre-bourg de Carantec. La rénovation est confiée à Jean-François Madec et Alexis Joubert, architectes, lauréats du premier appel d’offres. Ensemble, ils redéfinissent la vocation de cet équipement, transformant l’ancienne salle de sport en une vraie place publique couverte. Un projet de rénovation lourd et un changement total de lieu et d’usages pour une surface revalorisée de 1 300 m2, fondue dans le paysage breton.

Genèse du projet

Conçue en 1979 par l’architecte M. Le Lann, la salle, s’inscrivant dans le paysage urbain singulier breton – perdue entre maisons traditionnelles, mer et monuments historiques (l’église Saint-Carantec) –, recevait les Carantécois à l’occasion d’entraînements et de matchs. Au fil des ans, la fonction principale de la salle vient à se perdre pour devenir un espace sans usage précis. Avec l’obsolescence des équipements et l’envie de redéfinir la fonction principale de cet espace, la mairie de Carantec, appuyée par le CAUE du Finistère dans le cadre d’une PAF! (Programmation Active en Finistère), recueille témoignages et avis alentour pour attribuer au lieu un usage servant les intérêts de la commune. Le projet dirigé par les architectes Jean-François Madec et Alexis Joubert comprend la rénovation complète de la halle ainsi que d’une partie du volume annexe sous toiture-terrasse, incluant une réserve de surface laissée volontairement adaptable pour accueillir, à terme, un office traiteur. L’approche consiste à réactiver les qualités spatiales initiales du bâtiment tout en accompagnant son changement de destination avec un lieu dont la fonction première serait non figée, permettant une appropriation collective. Le résultat ? Un endroit à la surface généreuse préservée, couverte et changeante à l’allure de préau, et dont les va-et-vient, comme les usages, se font à la guise de ses habitants.

© Célia Uhalde

Rapport à l’existant

« Notre intervention a consisté à travailler à partir de l’existant en réactivant les principes fondateurs du projet initial, tout en simplifiant l’écriture architecturale. Cette démarche s’est traduite notamment par la rationalisation de la volumétrie et la suppression de certains éléments, tels que les lanterneaux en toiture, afin de renforcer la lisibilité du bâtiment et son dialogue avec le paysage environnant. » En exploitant les restes d’une architecture préexistante, de forts besoins d’adaptation se ressentent. Notamment son système d’éclairage spécifiquement conçu pour une salle sportive est ici repensé et repris entièrement par les architectes en charge du projet. S’ajoute à cela : « une forte contrainte économique, avec un objectif de coût maîtrisé de l’ordre de 1 000 € / m2. Ainsi qu’un projet inscrit dans un secteur soumis à l’avis des Architectes des Bâtiments de France, impliquant une attention particulière portée à l’insertion architecturale, au respect du patrimoine bâti et au dialogue avec le site » précise Jean-François Madec.

Le volume réhabilité aborde les questions de durabilité comme de confort d’usage. Certaines composantes essentielles de l’architecture, notamment la charpente mais aussi les gradins, ont été conservées et optimisées. Des panneaux insérés entre les pannes viennent compléter la structure, améliorant le confort acoustique comme la luminosité ambiante : « Le projet tire pleinement parti de la lumière naturelle : les façades longitudinales permettent un éclairement homogène et qualitatif de la halle tout au long de la journée et un rétroéclairage de la halle la nuit. »

« Le projet tire pleinement parti de la lumière naturelle : les façades longitudinales permettent un éclairement homogène et qualitatif de la halle tout au long de la journée et un rétroéclairage de la halle la nuit. »
Jean-François Madec, Architecte, Jean-François Madec Architecture

Les architectes proposent de remplacer les pignons, initialement aveugles, par une ossature bois verticale protégée par des panneaux translucides en Danpalon. À l’extérieur, un bardage ajouré, traité au noir de Falun, requalifie l’enveloppe tout en offrant un apport de lumière. Deux grandes portes cochères sont également installées sur les pignons. Elles permettent une ouverture généreuse des espaces couverts sur l’extérieur et facilitent l’accès de véhicules, notamment des poids lourds, nécessaires à l’installation d’événements. Ces ouvertures invitent alors le public à s’approprier librement l’espace, occupé de petits équipements ludiques (un piano, un baby-foot, mais aussi des tables de jeux…). La palette chromatique et matérielle, volontairement sobre, dans les teintes blanc-crème, vient, quant à elle, maximiser la réflexion, renforcer la sensation d’ouverture – pour un espace voluptueux et confortable pour ses visiteurs. « Cette neutralité assumée permet au lieu de s’effacer au profit des usages et d’accueillir une grande diversité d’événements, tout en offrant un cadre apaisé, chaleureux et adaptable aux différentes configurations et appropriations du public » souligne l’architecte.

Performances environnementales et techniques

De l’éclairage au choix des matériaux, le projet s’inscrit dans une démarche réfléchie. « Nous avons privilégié des matériaux simples, robustes et pérennes, tels que le bardage bois, des menuiseries en aluminium recyclé et une couverture en ardoise, en cohérence avec le contexte local et les exigences environnementales du projet » précise Jean-François Madec. Côté performances techniques et adaptation, le projet adopte une approche résolument low-tech, fondée sur les principes de sobriété, de durabilité et de simplicité d’usage. « Le volume principal est conçu comme un espace non chauffé, naturellement ventilé, limitant ainsi les besoins énergétiques et les dispositifs techniques complexes. Une attention particulière a été portée au confort d’usage, notamment par le traitement acoustique du volume, indispensable compte tenu de ses dimensions et de sa polyvalence, en maximisant les surfaces absorbantes. » L’ensemble des rampants du volume principal a ainsi été revêtu de panneaux acoustiques en fibre de bois, permettant de limiter la réverbération tout en conservant une qualité spatiale homogène. Le dessin des pignons a également été travaillé afin de favoriser la diffraction et la réfraction des ondes sonores, contribuant à une meilleure diffusion acoustique dans l’espace.

© Célia Uhalde

Entretien

Jean-François Madec Architecte, Jean-François Madec Architecture

Comment avez-vous abordé la transformation tout en préservant l’identité architecturale du lieu et son dialogue avec le site ?
Le bâtiment est implanté à proximité immédiate de la plage du Kelenn, dans un tissu urbain caractéristique du Finistère, marqué par des constructions à toitures bipentes couvertes d’ardoise. Bien que l’échelle de l’équipement existant soit singulière par rapport à son environnement proche, celui-ci demeure architecturalement cohérent et inscrit dans son site.

Comment cette notion de « place publique couverte » s’est-elle imposée dans ce projet ?
Elle s’est imposée naturellement à partir des qualités intrinsèques du bâtiment existant, dont la principale caractéristique réside dans sa grande surface. Les échanges avec la maîtrise d’ouvrage ont permis de préciser les besoins et d’interroger le scénario initial, qui prévoyait une intervention limitée à la pérennisation de l’enveloppe afin de permettre la réouverture au public, suivie ultérieurement d’un aménagement intérieur selon le principe de la « boîte dans la boîte ». Une réflexion collective, nourrie par des ateliers de « Programmation Active » menés avec le CAUE, a révélé le potentiel d’usage du bâtiment dans sa configuration la plus simple et la plus efficace : un vaste espace libre, lisible et polyvalent, fonctionnant comme une grande place couverte, protégée des vents. Cette approche a permis d’optimiser le budget initialement prévu pour deux phases distinctes, en le recentrant sur un ensemble d’interventions à la fois nécessaires et suffisantes, réalisables en une seule opération, tout en affirmant la singularité et l’ouverture du bâtiment au public.

Que révèle, selon vous, ce projet sur la manière de transformer les équipements publics existants aujourd’hui ?
Ce projet met en lumière l’importance du dialogue et de la concertation dans la transformation des équipements publics existants. Les échanges continus avec la maîtrise d’ouvrage, ainsi que le travail préparatoire mené en amont par le CAUE auprès des élus et des services, ont permis de dépasser une approche strictement technique pour révéler le potentiel d’usage et la valeur architecturale du bâtiment existant.

Il souligne également l’intérêt, aujourd’hui essentiel, de réparer, adapter et rénover plutôt que de démolir et reconstruire, pour des raisons tant environnementales qu’économiques et culturelles. La transformation s’inscrit ainsi dans une logique de sobriété, de valorisation des ressources existantes et de continuité du bâti. Il s’apparente à un travail à quatre mains à travers le temps, prolongeant et réinterprétant l’intention de l’architecte qui avait conçu cette halle sportive, dans une démarche respectueuse de l’œuvre initiale, tout en l’adaptant à de nouveaux usages et enjeux.

© Simon Guesdon

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Mairie de Carantec
Architectes : Jean-François Madec Architecte, Alexis Joubert Architecte
Surface : 1 300 m2
Budget : 1,24 M€ HT

Par Morgane Burlotto
Couverture © Simon Guesdon

— Retrouvez l’article dans archistorm 136 daté février – mars 2026