Son nom signifie « Église dans les dunes » en flamand occidental. Et comme s’il s’agissait de remettre l’église au milieu du village mais en plus grand, Dunkerque attire aujourd’hui les regards par le résultat d’une politique territoriale holistique réussie. Point de jonction des échelles locale, nationale et européenne, la ville s’impose en nouveau phare de la transformation écologique, industrielle et sociale des territoires.

 

Pole position urbaine et européenne

À contre-courant de la morosité économique ambiante, le port de Dunkerque apparaissait en oiseau de bon augure en annonçant, début 2026, un trafic global record de 48 millions de tonnes pour son exercice 2025. Une bonne nouvelle qui donne le ton d’une ambition territoriale et laisse entendre la douce musique des premiers résultats d’une décennie de travail urbanistique, social et écologique soulignant les atouts d’une place forte européenne.

Dunkerque dispose en effet de caractéristiques uniques. Port en eaux profondes de la côte nord française, la ville présente une position stratégique en Europe et propose des solutions multimodales pouvant lier voie d’eau, rail et route. De taille déjà conséquente, le port de Dunkerque peut en outre s’appuyer sur du foncier disponible et/ou recyclable accessible, autorisant un développement économique et urbain. Ses conditions géographiques permettent l’implantation de sources d’énergie et de nouvelles industries décarbonées. Un terrain propice à l’initiation de projets de décarbonation portés par les industriels eux-mêmes, en synergie avec les collectivités et l’État, rappelle un récent rapport de l’Institut Montaigne 1. D’autant plus que la culture industrielle historique de la ville et de ses environs attire une main-d’oeuvre qualifiée et favorise l’acceptabilité des projets.

Territoire littoral de polder, la Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD) repense par ailleurs la place de l’eau dans la ville dans le cadre de l’appel à partenaires Exercer la Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations (GEMAPI) dans le cadre d’une gestion globale de l’eau, lancé en 2022 par le Cerema, INRAE, Intercommunalités de France et l’ANEB. Une belle manière de contribuer par l’exemple à l’évolution des politiques d’aménagement pour une plus grande résilience des territoires.

Kiosques installés sur la plage, Dunkerque © Mathias Reding

Vitrine du renouveau industriel

Sur le bassin dunkerquois, qui concentre à lui seul plus de 20 % des émissions industrielles de CO₂ du pays, deux dynamiques cohérentes de relance industrielle et urbaine semblent à l’œuvre : le maintien d’une industrie traditionnelle par la décarbonation et la transformation des modèles d’une part ; la réunion des conditions d’implantation de nouvelles industries d’autre part. « À travers ces dynamiques se jouent la transition énergétique, la réindustrialisation de la France et de l’Europe, et, par là, la réduction de dépendances extérieures qui grèvent nos marges de manœuvre stratégiques. Le bassin dunkerquois s’est fixé pour objectif de devenir un modèle d’industrie du XXIe siècle. Il incarne à la fois les ambitions du Green Deal européen et la volonté française de réindustrialisation, montrant qu’il est possible de concilier urgence climatique, compétitivité et souveraineté industrielle », souligne l’Institut Montaigne.

Industriels, collectivités, État et Dunkerquois sont ainsi les ouvriers d’une politique d’attractivité du territoire menée depuis 10 ans sous l’impulsion du maire et président de la CUD, Patrice Vergriete, ancien ministre du Logement. Au cœur de cette stratégie, le port de Dunkerque investit massivement pour initier son évolution. Afin de soutenir la transformation profonde et structurelle de son modèle économique, le plan d’investissements de Dunkerque-Port s’élève à plus d’un milliard d’euros sur la période 2020 – 2030.

« Les bâtiments à énergie positive sont les bâtiments de l’avenir. Le credo du secteur de la conception ne devrait pas être « la forme suit la fonction », mais « la forme suit l’environnement » ». Kjetil Trædal Thorsen, Associé fondateur et architecte chez Snøhetta

« Les deux grandes forces de Dunkerque sont un sens du collectif, que l’on retrouve sur peu de territoires, et une capacité à se projeter dans une vision en maintenant les efforts sur le long terme. À Dunkerque, il existe une culture de rassemblement. Les maires de la CUD, la CCI, les instances représentatives du port et les autres acteurs économiques étaient tous alignés dans cet intérêt collectif du territoire. Tous ces protagonistes ont su maintenir une vision et se tenir à sa concrétisation sur plus de 10 ans », explique le maire de Dunkerque.

Illustration concrète de la métamorphose du port, ÉcosystèmeD a pris place au Môle 2. Construit autour d’un bâtiment éponyme, exemplaire en termes d’intégration paysagère et d’efficacité énergétique, imaginé par Snøhetta et Santer Vanhoof Architectes, ÉcosystèmeD accueille entreprises, start-up et étudiants ingénieurs pour se former, expérimenter et innover. Il se veut un outil pédagogique dédié aux habitants et au rayonnement du territoire.

Les installations d’usines sont de plus en plus nombreuses.
Si Clarebout-Potatoes donnait l’exemple en 2023 pour le secteur agroalimentaire, Dunkerque se hisse désormais en fleuron de la batterie électrique avec l’arrivée de la gigafactory Verkor en décembre 2025 et les projets d’implantations annoncés de ProLogium, Orano, XTC New Energy, Neomat. Un déploiement économique qui attire désormais les acteurs de la logistique.

« Nous n’avons pas gagné tout de suite la bataille de l’attractivité. En 2013, Dunkerque était l’agglomération qui perdait le plus d’habitants en France. Nous avions perdu des milliers d’emplois industriels. Il existait alors un sentiment de déclin chez les habitants. Après les élections de 2014, un renouvellement général des différents acteurs en puissance a permis de déboucher, à l’issue des États Généraux du territoire, sur une feuille de route activant le levier principal de la transition écologique et énergétique, mais aussi celui du cinéma, du tourisme, de l’image globale du territoire, de la formation… Les industries ont progressivement commencé à voir Dunkerque comme un terrain assez propice », recontextualise Patrice Vergriete.

Dunkerque a été lauréat de l’appel à projets Territoires d’Innovation et de Grande Ambition en 2015-2016. « Cela a été un véritable accélérateur dans la convergence de tous les acteurs, tout comme la volonté de l’État de réindustrialiser la France après la crise du Covid », ajoute-t-il.

Le port change de visage et de géographie à vue d’œil ce qui sous-tend cependant une nouvelle problématique de taille : l’adaptation de l’offre de transport pour garantir l’accès à ces nouvelles zones industrielles et aux chantiers en cours, situés à une vingtaine de kilomètres du centre-ville. Trois nouvelles routes sont ainsi en cours d’aménagement (dont une dédiée aux poids lourds). Des voies consacrées aux transports en commun et mobilités douces sont également à l’étude. Le sujet de l’orientation des jeunes vers les nouvelles filières est aussi un chantier en pleine activation aujourd’hui.

ÉcosystèmeD, Snøhetta et Santer Vanhoof Architectes, Dunkerque © Nicolas Fussler

Le logement comme fer de lance de l’attractivité économique

Rapprocher les salariés de leurs lieux de travail est éminemment important, la CUD en est convaincue. « Dunkerque est un bel exemple de la définition d’une politique de logement partant des besoins économiques du territoire », souligne Arnaud Delannay, alors directeur régional adjoint en charge des Hauts-de-France de CDC Habitat et désormais directeur général de Tisserin Habitat. « La CUD a été très réactive sur le terrain, que ce soit par la reconquête de friches pour l’habitat ou son accompagnement dans la libération de fonciers avec la S3D et la SPAD (sociétés de développement du Dunkerquois). Dans les Hauts-de-France, Dunkerque est le bassin le plus dynamique en termes de logement économique, de logement intermédiaire et de logement social de qualité », complète-t-il.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : acteur peu présent dans la région il y a encore quelques années, CDC Habitat déploie plus de 300 logements actuellement. « La collectivité a su appeler l’ensemble des acteurs de l’habitat pour mener cette politique à ses côtés et pouvoir attirer une diversité de populations », conclut Arnaud Delannay.

En 2026, le bailleur livre les premiers logements intermédiaires de Dunkerque. Ils seront attribués prioritairement aux salariés des nouveaux bassins économiques ainsi qu’aux travailleurs du complexe hospitalier voisin. Le projet Ruban Vert est également en cours pour la requalification d’une friche commerciale en 262 logements, dessinés par Blau Architecture et TAG Atelier d’Architecture.

Proche des darses du port, le quartier historique de la Citadelle, initialement composé de bureaux et des locaux de l’Université du Littoral Côte d’Opale, a accueilli, en 2023, 150 nouveaux logements imaginés par MAES Architectes Urbanistes et le Groupe Pichet. Une résidence étudiante All Suites Study et des logements familiaux sont venus compléter ces nouvelles habitations sur le quai Freycinet.

De nouveaux logements issus du renouvellement intégral du quartier Degroote de Téteghem par le groupe Thomas & Piron, O Architecture et Tank Architectes devraient être livrés en 2026.

Frac Grand Large — Hauts-de-France, lacaton & vassal, Dunkerque © Bruno Parmentier

Une nouvelle qualité de vie attirant les regards

Le territoire bouge, et cela n’échappe pas à une population extérieure en quête de nouvelles destinations. Initiées en 2017, la rénovation, la modernisation et l’extension de la digue de Malo-les-Bains ont attiré de nouveaux acteurs de la ville ainsi que l’installation d’une hôtellerie de qualité. Ce grand chantier se poursuit avec l’arrivée en 2028-2029 de 250 nouveaux logements conçus par PietriArchitectes (Les Folies Vertes), Brenac & Gonzalez (Amaré) et Dream (O²).

Au croisement de la ville, de la plage et du port de plaisance, le nouveau front de mer plus paysager et la nouvelle marina de 460 anneaux attirent davantage de visiteurs étrangers. Ce public élargi n’hésite plus à aller découvrir un cadre de vie dunkerquois réinventé avec de nouvelles « conditions de ville », à l’image des Halles des Soeurs Blanches livrées à l’été 2025 par Basalt Architecture. À proximité immédiate de la place Jean-Bart, les Halles relient la place Charles Valentin, la rue Thévenet dorénavant piétonne et végétalisée, et la rue des Soeurs Blanches.

Une dynamique au long cours

Si la transformation du territoire a été enclenchée il y a plus de 10 ans, Dunkerque ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin et conserve longue vue sur l’avenir. « Sur le sujet de la réindustrialisation et de l’attractivité générale du territoire, le plus dur a été fait. Il demeure à mon sens beaucoup d’ouvrage sur celui de l’emploi et de l’orientation des jeunes vers les filières d’avenir. Nous avons accompagné l’accueil de 5 000 nouveaux emplois et nous nous préparons à en accueillir encore 15 000. Nous sommes toujours dans la phase de concrétisation », conclut Patrice Vergriete.

Face à la gare TGV, D’Side, nouvel ensemble alliant bureaux et Appart’Hôtel, signé Avantpropos Architectes, devrait voir le jour fin 2027 dans le cadre de programmes de revitalisation urbaine. Dans le quartier Môle 2, ÉcosystèmeD sera rejoint en 2027 par Le Desk, immeuble de bureaux de 2 572 m² divisibles et fonctionnels. Dans cette même temporalité, les Docks de la Marine, ensemble mixte porté par Olya Invest et Avantpropos Architectes, permettra d’accueillir logements et commerces sur le site de l’Arsenal. Autre bâtiment hybride abritant bureaux, logements hôteliers et services (sport, restaurant, espaces de séminaire…), Howel est en cours de construction et devrait aussi prendre vie mi-2028 grâce à GBL Architectes.

Hérault Arnod Architectures apportera sa pierre à l’édifice avec la livraison, cette même année, de la salle de spectacles Le Boréal. Pensé pour accueillir 7 000 personnes pour des compétitions sportives et concerts, l’équipement est situé en bordure de centre-ville, entre port et infrastructures ferroviaires.

Des projets d’aménagement plus lointains semblent sur les rails. Mobilisée sur le sujet du foncier, la CUD a en effet racheté l’ancienne succursale de la Banque de France, bâtiment d’après-guerre classé, pour piloter un projet de restauration mené par La Luck qui y développera sa quatrième adresse fin 2027.

Élément du patrimoine remarquable du Dunkerquois, construite en 1910 pour répondre aux besoins alimentaires des pensionnaires du sanatorium voisin, la Ferme Nord de Zuydcoote a également fait l’objet d’une acquisition par la CUD pour transformation. Avec l’aide du Département, le bâtiment, requalifié en Maison du Grand Site des Dunes de Flandre, sera en partie dédié aux randonneurs, touristes et usagers de la véloroute. Il proposera, en 2028, un espace d’exposition, de médiation et d’information. Des services administratifs devraient prendre place dans une deuxième partie du site. La troisième partie du bâtiment fera l’objet d’une deuxième phase de travaux.

« Ville héroïque, sert d’exemple à toute la Nation » comme le mentionne son blason ? Une chose est sûre, Dunkerque conserve notre attention.

Howel, GBL Architectes, Dunkerque © GBL Architectes

1 Source – Dunkerque : laboratoire d’un renouveau industriel ?, Institut Montaigne

Par Annabelle Ledoux
Couverture : Un voilier et des maisons colorées bordent le canal, Dunkerque © Alexander Van Steenberge

— Retrouvez l’article dans Archistorm 137 daté avril – mai 2026