Christian Pons a débuté son mandat en avril 2023 et représente fièrement Les Compagnons du Devoir et du Tour de France. Compagnon charpentier et Président bénévole de l’institution, le professionnel aguerri, passé un temps par la maîtrise d’ouvrage, aime à rappeler que le compagnonnage est reconnu au Patrimoine mondial de l’humanité. Il faut dire que l’association loi 1901, née il y a plus de 80 ans, représente aujourd’hui plus de 11 000 jeunes apprentis, dont 3 000 sont actuellement en « Tour de France » dans l’hexagone comme à l’international.
Quelle est la mission première de votre association ?
La mission première des Compagnons du Devoir est d’attirer la jeunesse vers une vocation et des métiers porteurs de sens. Il s’agit de former des jeunes hommes et femmes par le partage de savoir faire et le voyage, dans quatre grandes filières. Les métiers du bâtiment et de l’aménagement concernent 70 % de nos jeunes en formation, mais Les Compagnons du Devoir forment à 35 métiers dans l’industrie, les matériaux souples (cuir et tissus), le goût également. Le compagnonnage a pour ambition de former par la transmission des savoir faire tout en offrant la capacité de contribuer à l’évolution de son métier, à son innovation et à sa pérennité. Nous favorisons l’ouverture à l’autre et la découverte du monde pour amener chaque personne à se dépasser, à se fixer des objectifs atteignables et ambitieux. La mobilité professionnelle est un élément structurant qui permet de s’adapter à de nouveaux cas de figure. Être un jour étranger dans un pays, s’adapter à une langue, à des cultures différentes, c’est aussi une manière de montrer à nos jeunes qu’ils peuvent exercer leur métier partout dans le monde grâce à un savoir faire français qu’ils peuvent adapter. 45 % des jeunes formés deviennent chefs d’entreprise, repreneurs, créateurs ou artisans, suivant les cas. C’est souvent à ce titre que les Compagnons deviennent des interlocuteurs privilégiés des architectes.

Des Compagnons charpentiers en fin de Tour de France sur le chantier de la charpente de Notre-Dame – Entreprise Asselin © Atypix
Les Compagnons du Devoir sont souvent salués pour leur apport sur les chantiers. La relation architectes / Compagnons est-elle selon vous fondamentale ?
Les Compagnons du Devoir sont effectivement des interlocuteurs privilégiés. Il s’agit d’une relation riche et cruciale car les architectes vont amener une intention précise et les Compagnons, en tant qu’hommes et femmes de métier, sont détenteurs des savoir faire capables de concrétiser techniquement cette intention en ouvrage qualitatif. Le Compagnon du Devoir est un interlocuteur fiable pour un architecte car il s’inscrit dans un dialogue constructif. Son expertise métier lui permet d’être à l’aise pour sortir des standards et s’adapter à la volonté de faire différemment, plus audacieux, plus innovant. Tous deux ont la satisfaction commune du travail bien fait.
Quels sont les chantiers qui vous ont le plus marqué au cours de votre expérience au sein de l’association ?
Je suis particulièrement fier de la reconstruction à l’identique de la charpente de Notre-Dame. Il s’agit d’un chantier tellement emblématique ! De très nombreux Compagnons formés ou en formation ont été mobilisés sur ce chantier extraordinaire. Une opportunité qui ne se présente que tous les 800 ans ! Le ministère de la Culture a eu le réflexe de se tourner vers des entreprises gérées par ou comptant des Compagnons du Devoir car ils sont les détenteurs de la transmission et du déploiement de savoir faire anciens tout en ayant la capacité de proposer l’innovation nécessaire aux nouveaux contextes.
La reconstruction de ce joyau a également marqué un point de bascule en termes de langage médiatique sur les Compagnons. Alors que pour traiter de chantiers monumentaux, les médias parlaient le plus souvent d’ouvriers compétents et techniciens qualifiés, le terme de « Compagnons » est revenu au goût du jour. Ce mot, à consonance probablement médiévale pour certains, est devenu le gage de la qualité et du savoir faire.
Je suis également fier d’entreprises dirigées par des Compagnons telles que les Ateliers Saint-Jacques, restauratrice de la Grille du Coq, grille remarquable au bout des jardins de l’Élysée ; ou l’entreprise Schaffner qui vient de réaliser la verrière de la RH Galerie sur les Champs-Élysées.
Existe-t-il une figure de l’architecture que vous aimeriez saluer à travers cette interview ?
Je dirais L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci car il représente l’homme dans la pleine maîtrise du monde qui l’environne. J’aimerais également saluer Dominique Gauzin-Müller, spécialisée depuis des décennies dans l’architecture écologique et environnementale, et véritable partenaire des Compagnons tailleurs de pierre.

Tailleur de pierre © AOCDTF / Florent Pottier
Par Annabelle Ledoux
Couverture : Levage d’une ferme sur le parvis de Notre-Dame à l’occasion des Journées européennes du patrimoine © Thierry Caron / Divergence
— Retrouvez l’article dans Archistorm 137 daté avril – mai 2026

