RÉALISATION I L’UCPA SPORT STATION, GRAND REIMS, MARC MIMRAM ARCHITECTURE ET INGENIERIE

RÉALISATION

L’UCPA SPORT STATION, GRAND REIMS
MARC MIMRAM ARCHITECTURE ET INGENIERIE

 

Situé en plein cœur de la ville de Reims, à l’articulation entre le centre-ville et les faubourgs, le complexe sportif aqualudique est une nouvelle balise dans le territoire. Fer de lance du projet urbain Reims Grand Centre, il renouvelle totalement la pratique et l’offre sportives en regroupant, sur un même site, un panel d’activités différentes, accessibles selon une grande amplitude horaire. L’architecte et ingénieur Marc Mimram a donné forme à ce nouveau lieu symbolique en imaginant une vaste toiture déployée dans la ville, tel un vaste drapé. Porté par Reims Métropole et par la Caisse des Dépôts, l’édifice s’ancre dans la ville et il a été réalisé selon un Partenariat Public Privé réunissant ADIM Est groupe Vinci, la société Dalkia Smart Building (maintenance) et l’UCPA Sport Station (exploitation).

Aqualudique, ou l’architecture comme beau geste

En juin 2007, l’arrivée du TGV Est européen plaçait la ville de Reims à 45 minutes de Paris au lieu de 1h35 auparavant. Premier contact avec la cité rémoise lorsque l’on descend du train, les Promenades paysagères, hautes et basses, dessinées par Jacqueline Osty, éveillent les sens. Créées au XVIIIe siècle à l’emplacement des douves des anciens remparts, elles relient le centre-ville historique aux faubourgs et sont restées unifiées par un dense et riche patrimoine arboré composé de marronniers, d’érables et de platanes dont les atmosphères et les contrastes d’ombres et de lumières ont été multipliés par les lisières, les clairières ou encore les sous-bois des nouveaux aménagements. Cette avenue-jardin, le long de laquelle glisse sans bruit un tram au look futuriste, conditionne l’entrée en ville et nous emmène vers le nord-est, jusqu’à l’arc monumental gallo-romain de la Porte de Mars. À droite, les arcades Art déco de Herbé et Def faux (1923) et les voûtes de la célèbre Halle du Boulingrin, conçue par l’architecte Émile Maigrot et l’ingénieur Eugène Freyssinet, offrent leur plus beau profil. À gauche, les plissés du grand dais de toiture du nouveau complexe sportif renvoient un parfait écho à cette richesse formelle. Ainsi, entre son patrimoine – romain, Art déco, moderne – et son goût pour l’architecture contemporaine, Reims ne craint pas les grands écarts. Celle qui rêve d’intégrer la liste du patrimoine mondial de l’Unesco démontre une nouvelle fois son audace avec le centre aqualudique imaginé par l’architecte et ingénieur Marc Mimram.

Le complexe ouvrant ses baies sur l’avenue de Laon et sur le boulevard Jules-César.

Une conjonction d’heureuses opportunités

« Le sport est né à la ville et de la ville » cette déclaration de l’historien Maurice Agulhon (1926 – 2014)[1], à propos de l’avènement de la ville industrielle au XIXe siècle, trouve toute sa pertinence dans le contexte des transformations urbaines liées au projet Reims Grand Centre.
Cette mutation permettra au centre-ville de s’étendre au-delà des limites de l’ancienne enceinte médiévale. L’équipement sportif en est l’une des pièces maîtresses et s’implante en plein coeur de la ville, à quelques pas de la gare. Réunissant un programme multiple comprenant une piscine, une patinoire, un pôle raquette, un espace de bien-être et de fitness, un spa et des commerces, il bénéficie d’une conjonction d’heureuses opportunités : la friche ferroviaire de la Sernam offre un grand vide à même de faire émerger un nouveau lieu de centralité. Celui-ci s’incarne par plusieurs gros équipements : le complexe aqualudique ainsi qu’une grande salle événementielle édifiée à proximité et la Halle du Boulingrin. Tous sont inclus dans le projet Reims Grand Centre qui s’adresse tant aux Rémois qu’aux visiteurs d’un jour. Dès lors, se posait pour l’infrastructure sportive l’enjeu de son ouverture sur la ville. De plus, cette métamorphose du territoire ne pouvait s’incarner à travers de timides grâces de ballerines. Aussi Marc Mimram a-t-il dessiné un geste fort, symbolique et porteur de sens.

Le complexe ouvrant ses baies sur l’avenue de Laon et sur le boulevard Jules-César.

Une monumentalité tranquille

Visible de loin depuis l’espace public de la rue, l’infrastructure sportive prend la forme d’une vaste toiture drapée rappelant les délicats mouvements des tissus tels que l’on peut les voir représentés en art, tant dans les peintures que dans les sculptures : « Le drapé est une question qui s’est toujours posée dans l’art et qui interroge les notions de lumière, d’ombre, la matérialité et le mouvement des tissus… comme par exemple l’extraordinaire gisant de Naples dont les plis sculptés dans le marbre par Giuseppe Sanmartino créent un effet de transparence de la matière », explique l’architecte Marc Mimram.
Les courbes irrégulières de ce vaste dais à la monumentalité tranquille permettent de rassembler, sous un même toit, les différents bassins : les uns réservés à l’apprentissage, et les autres consacrés à la compétition avec la piscine olympique. À la manière d’un Lucio Fontana pratiquant l’incise de ses toiles monochromes, les creux de ce drapé protégeant les corps sont entaillés par de longues failles de lumières. L’expérience de la nage, notamment celle sur le dos, s’en voit littéralement transformée par la relation à la lumière naturelle, laquelle pénètre au cœur du gigantesque équipement.
Moins perceptible spontanément, mais tout aussi décisif et spectaculaire, le second geste fort a consisté à surélever les bassins par rapport à la rue, pour les placer au niveau supérieur. Le bénéfice est multiple : depuis les tribunes ou les bassins, le visiteur ou le nageur se trouve en balcon sur la ville, derrière la façade sud totalement vitrée laquelle offre des vues vers la cathédrale, la Halle du Boulingrin, la Porte de Mars… « Cette position exceptionnelle crée un point de vue en surplomb sur la ville. Il est rare que les nageurs bénéficient d’un tel horizon urbain », précise Marc Mimram. Par ailleurs, l’intimité des nageurs est ainsi préservée de la vue des passants. Cette configuration économise les coûts d’une excavation et permet d’insérer des commerces en rez-de-chaussée, ouverts sur la nouvelle place Camille-Muffat. En outre, l’accès direct aux installations techniques placées sous les bassins facilite la maintenance, particulièrement importante pour ce type d’équipement.

Les plissés du grand dais de toiture du nouveau complexe sportif renvoient un parfait écho à la richesse formelle de l’architecture rémoise.

Une complexité apprivoisée

Pour abriter les bassins dans ce volume unitaire, d’une grande liberté formelle et dénué de tout élément porteur, un fin travail sur la portée et la gravité a été développé. La question du franchissement est un thème majeur dans le travail, tant théorique que pratique, de Marc Mimram. Plus précisément ici, le projet rémois soulevait pour l’architecte et ingénieur, la question suivante : « comment introduire dans la question structurelle une rationalité qui ne soit pas simplement celle du franchissement, mais une rationalité dans laquelle sont mis au point et sont introduits des ingrédients particuliers que sont la lumière, l’orientation, les saisons, le regard, le plaisir du lieu, de l’eau, du corps… ? ».
C’est dans cet objectif qu’a été conçue la grande nappe métallique suspendue. Celle-ci est constituée d’un assemblage de sept gigantesques poutres en treillis qui génèrent le mouvement plissé. « Géométriquement complexes mais relativement simples structurellement », toutes différentes, elles déploient entre 70 et 90 mètres de portée et s’alignent selon la direction nord-sud. « Le calcul de ces éléments très différents implique des temps d’étude longs et fastidieux », souligne l’architecte Martin Fougeras Lavergnolle, directeur de projet et architecte associé à l’agence Marc Mimram. C’est entre ces poutres que des vides sont ménagés pour apporter la lumière naturelle filtrée par la pose de coussins, légers et transparents, en ETFE. Pour supporter cette toiture, une colonnade de fins poteaux métalliques rythment la façade tout en préservant la légèreté de la construction. La sous-face est habillée de lattes de bois qui participent de l’absorption acoustique, tandis que l’extérieur reçoit une membrane PVC de couleur blanche qui permet par sa malléabilité d’épouser parfaitement l’irrégularité des plis, sans jamais en trahir les courbes. L’objet final a l’élégance de ne jamais laisser transparaître sa très grande technicité.

Plan masse

Mécano de chantier

Aux enjeux de conception, s’ajoutaient les défis liés à la phase de réalisation : en effet, les dimensions des poutres treillis rendaient impossible tout pré-assemblage en atelier. Aussi fut-il organisé une phase de montage sur le chantier de plusieurs fermes, barre par barre, au niveau du sol, dans l’espace très restreint de la halle du bassin. Une fois assemblées sur leurs supports provisoires, les fermes en treillis ont été levées grâce à deux grues positionnées aux extrémités et ont été fixées aux appuis au fil de l’opération. En parallèle, l’analyse structurelle se devait d’anticiper les déformations dans les trois dimensions de l’espace, lors de la levée, de manière à placer les fermes au centimètre près par rapport à leur position théorique. Une modélisation BIM (Building Information Modeling) aura permis d’anticiper tant la géométrie d’ensemble que la synthèse technique donnant sens à l’interdisciplinarité propre à un tel projet. Celui-ci a mobilisé des savoir-faire multiples, notamment ceux des charpentiers métal. (…)


[1] Maurice Agulhon, « La ville de l’âge industriel », Histoire de la France urbaine, 2e éd., Paris, Le Seuil, 1998, vol. IV, p. 456.

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Reims Métropole – Partenariat Public Privé ADIM EST groupe Vinci – Dalkia – UCPA
Équipe de maîtrise d’œuvre : Marc Mimram Architecture & Associés, Marc Mimram Ingénierie, Egis Bâtiment Grand Est, Entreprises : GTM Hallé, SOGEA Picardie, SOTRAM, EDF Optimal Solutions
Surface : 11 450 m²
Bassin sportif : 1 281 m²
Bassin ludique : 255 m²
Bassin bien-être adulte : 100 m²
Espace patinoire : 1 499 m²

Texte Sophie Trelcat et Christelle Granja
Photos Erieta Attali