ART & ARCHITECTURE I LE VENT SE LÈVE, MAC VAL MARS-DÉCEMBRE 2020

ART & ARCHITECTURE

LE VENT SE LÈVE,

MAC VAL MARS-DÉCEMBRE 2020

Avec ses généreuses expositions collectives, le MAC VAL de Vitry-sur-Seine est définitivement acteur dans les débats actuels de notre société. L’institution a soulevé la vaste et complexe question de l’identité avec les expositions « Lignes de vie – une exposition de légendes » (2019) et « Tous, des sang-mêlés » (2017), donné de larges perspectives sur les problématiques liées au genre, et plus particulièrement à la masculinité, avec « Chercher le garçon » (2015). C’est donc en toute logique, pertinence et nécessité que l’exposition « Le vent se lève » propose une palette d’œuvres extraites de sa collection autour du thème de l’écologie.

Pensée pour les 15 ans du musée et réunissant 52 artistes, l’exposition se veut un « hommage à la Terre et aux relations que l’humanité entretient avec elle », commente la conservatrice en chef, Alexia Fabre, accompagnée dans ce commissariat d’Anne-Laure Flacelière et Ingrid Jurzak. Le parcours donne à découvrir 80 œuvres, témoignant d’une pluralité de visions artistiques et d’approches plastiques. Découpée en thématiques ouvertes, l’exposition explore les notions de géologie, d’archéologie, celles de l’empreinte et de la trace de l’homme, avant et depuis le temps qu’on appelle anthropocène.

Dans certaines œuvres, comme La Crue (2016) d’Anne-Charlotte Finel, il est question d’admiration pour la nature et ses phénomènes. La jeune vidéaste est une habituée des paysages en marge, dans lesquels elle capte avec attention des images, souvent à l’aube ou au crépuscule, sinon à ce moment fugitif d’entre-deux, entre chien et loup. Utilisant la technologie d’une caméra volontairement peu adaptée à la basse luminosité, elle enregistre dans cette vidéo d’environ six minutes un état transitoire, du jour à la nuit. En résulte un bruit numérique qui tend vers l’abstraction et qui sublime l’image vertigineuse d’un déversoir. Cette structure, utilisée pour dériver ou évacuer un surplus d’eau, devient, grâce à la pixellisation de l’image, une forme hypnotisante dont on perd l’échelle.

Enrique Ramírez, El diablo, 2011.
Tirage Lambda contrecollé sur Dibond, 95 x 120 cm. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2020.

Sur le parcours, on croise de nombreux autres artistes fascinés par la nature, qui emploient le vivant comme source première d’inspiration. Notamment connu pour son émerveillement face à la moisissure et au périssable, Michel Blazy crée avec le vivant des installations précaires dans lesquelles il fige lui aussi le transitoire. L’installation Mur de pellicules vert (2008-2020) est décrite par l’artiste comme une « fresque organique en perpétuelle mutation » — à juste titre, Michel Blazy orchestrant avec la matière naturelle (ici, une fine couche d’agar-agar colorée apposée sur un mur) et redonnant à la nature, dans le contexte inédit du musée, tout son pouvoir de création autonome.

« Le vent se lève » explore également, entre autres grâce à la présentation d’œuvres photographiques de Charles Fréger ou d’Enrique Ramírez, la question du rituel (ancien ou actuel) et de son imbrication avec la nature et l’histoire du territoire. L’image El diablo (2011) d’Enrique Ramírez étonne par le dialogue frontal qu’elle établit entre le sujet et son environnement. Un homme en chemise jaune porte un masque grandiloquent, sa silhouette se détachant particulièrement du décor tout aussi surréaliste derrière lui : le salar d’Uyuni, en Bolivie, plus grande étendue de sel du monde. Son masque, comme le titre de l’œuvre l’indique, personnifie le diable, figure centrale d’une cérémonie qui sillonne le Chili, la Bolivie et le Pérou. Si l’artiste construit une image qui témoigne d’un rapport animiste à la nature, il interroge l’espace dans lequel nous évoluons.

Texte Camille Tallent
Visuel à la une Anne-Charlotte Finel, La Crue, 2016.
Vidéo HD, couleur, son, 6’32’’. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France.

Retrouvez l’article au sein du daté septembre – octobre d’Archistorm