Atlantica, siège de la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes à Bordeaux

RÉALISATION

ARCHITECTURE STUDIO

 

 

Depuis le parvis Corto Maltese, c’est un véritable vaisseau de verre qui s’élève. 117 mètres de long, 7 000 m2 de façades vitrées sur sept niveaux. Au fil de la journée, les couleurs du ciel jouent avec les surfaces irisées. De nuit, les grandes ouvertures s’illuminent et se reflètent dans la Garonne. Baptisé Atlantica par les collaborateurs, le nouveau siège de la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes évoque les horizons maritimes qui démarrent ici avec le fleuve. Tel un navire amiral, le bâtiment indique le cap de ce nouveau territoire qu’est l’opération Bordeaux Euratlantique, au sud d’une métropole en mutation.

 

Ce quartier mixte accueille des bureaux, des commerces, des équipements culturels et de nombreux logements. Bordeaux Euratlantique témoigne d’un nouveau cycle de construction urbaine pour la ville. Autour de la Caisse d’Épargne s’élèvent la halle BOCA (architecte Nicolas Michelin) et la spectaculaire MECA (Maison de l’Économie Créative et de la Culture d’Aquitaine, architectes Bjarke Ingels Group). Ces nouveaux bâtiments longeant la Garonne sont la continuité contemporaine de la grande façade des quais du xviiie siècle qui vaut à Bordeaux son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Les inflexions d’une nouvelle modernité

Le projet associant Bouygues Immobilier et l’agence Architecture- Studio a été lauréat d’un concours entre dix-huit équipes réunissant promoteurs et architectes. Dans ses réalisations, Architecture- Studio accorde beaucoup d’importance au contexte. La préfiguration des bâtiments voisins a influencé la conception du siège de la Caisse d’Épargne, à la fois dans l’échelle et l’esthétique. En outre, le programme de la ZAC Saint-Jean Belcier, coordonnée par l’agence Reichen et Robert, impose aux bâtiments un socle. Il est ici traité selon un principe de transparence et avec un décalage, comme un soubassement qui rend l’immeuble moins monolithique. Ce socle renvoie lui aussi à l’ordre classique de la façade des quais de Bordeaux, dans un vocabulaire contemporain. « Nous réfléchissons aux meilleures propositions résultant de l’interaction entre les contraintes normatives et le contexte », explique l’architecte Mariano Efron, associé d’Architecture-Studio. Vigie d’une nouvelle ère, le siège de la Caisse d’Épargne surplombe à la fois l’étendue vaste de la Garonne et la ville qui se transforme. À partir de la contrainte d’une parcelle tout en longueur, Architecture-Studio propose un panoramique à vivre, composé de trois grandes séquences verticales : le socle, le deck et la strate haute. La valeur symbolique de ce nouveau siège était essentielle. Au xxie siècle, la banque a un devoir de transparence et la Caisse d’Épargne exprime ses valeurs : modernité, simplicité, adaptation au changement, confort de travail, performances énergétiques… Évoquant les mouvements du fleuve, la longue façade sur la Garonne déploie ses inflexions. Vers la ville, le rythme plus ordonnancé reprend la trame urbaine. Les travées de teintes différentes et les ouvrants des bureaux animent les deux côtés. La façade sur Garonne a été conçue à l’aide d’un logiciel paramétrique qui met en relation le rapport entre la lumière du jour, l’usage de l’espace et la largeur du bâtiment qui varie de 14 à 24 mètres. Plus il s’épaissit et plus il devient transparent, plus il s’affine et plus il s’opacifie. Ces calculs ont donné une forme unique, souple et ondulante. « Les inflexions sont la traduction d’une architecture contemporaine qui humanise l’image de la banque et génère des environnements différents pour les usagers, tout en conservant une grande unité formelle », observe Mariano Efron.

 

 

Un engagement fort pour l’environnement

Autre marqueur de ce nouveau siège, Atlantica est le premier bâtiment tertiaire de Bordeaux à énergie positive. Son architecture illustre l’engagement de la Caisse d’Épargne dans une démarche de Responsabilité Sociale d’Entreprise (voir également l’entretien avec Jean-François Paillissé). Les 7 000 m2 de surfaces vitrées permettent de travailler en lumière naturelle 70 % du temps. Les doubles vitrages haute performance sont équipés de stores réfléchissants en aluminium qui se règlent automatiquement selon l’intensité des rayons solaires. À l’intérieur, la structure béton des murs a été laissée apparente pour stocker la chaleur et la restituer lentement. La force de ce bâtiment est d’atteindre les objectifs du label HQE avec une enveloppe majoritairement transparente, grâce à cette combinaison de l’inertie du béton, de la performance des vitrages et de l’équipement domotique. Sur les toitures, 1 600 m2 de panneaux photovoltaïques fournissent l’énergie nécessaire à son fonctionnement (hors informatique, chauffage et restaurant d’entreprise). Le chauffage est alimenté par le réseau de chaleur de l’usine de valorisation des déchets Astria, située dans la commune voisine de Bègles. Enfin, à la différence de l’ancien siège qui était au centre-ville de Bordeaux, 70 % des salariés de l’entreprise utilisent désormais les transports en commun pour venir travailler ou des modes de déplacement doux (à pied, en vélo…).

 

Texte : Benoît Hermet

Visuel à la une : ©Antoine Duhamel

 

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