CentraleSupélec, Gif-sur-Yvette

RÉALISATION

OMA et Gigon-Guyer

 

Promis à l’excellence universitaire, le plateau de Saclay attire les grandes écoles, et, avec elles, quelques grandes signatures de l’architecture. Avant que Renzo Piano Building Workshop ne livre l’ENS en 2019, l’OMA de Rem Koolhaas et Gigon-Guyer dotent CentraleSupélec d’un campus divisé en deux bâtiments, avec des approches spatiales sensiblement différentes…

 

En septembre 2017, les 4 200 étudiants de CentraleSupélec ont pris possession de leur nouvelle école, format XXL, dans le quartier du Moulon, sur le plateau de Saclay. Le projet, qui couvait depuis que Centrale et l’École supérieure d’électricité avaient programmé leur fusion (effective en 2015), comprend deux bâtiments neufs en vis-à-vis qui totalisent plus de 72 000 m2. Les Suisses Gigon-Guyer ont conçu le premier dans le cadre d’un PPP, signé pour une durée de 26 ans par le consortium Kluster, dont Bouygues Bâtiment Île-de-France est le mandataire. OMA, lauréate de la consultation internationale de 2012, qui l’opposait à Marc Barani, Cruz y Ortiz, Dietmar Feichtinger et Dominique Perrault, a réalisé le second en loi MOP. L’agence néerlandaise a également eu le privilège de travailler sur l’ensemble du secteur urbain, à partir des bases établies par Michel Desvignes et MSTKA.

 

C’est en familier des grandes échelles, des grilles fondatrices et des lignes directrices fédératives, qu’OMA a imaginé son double projet architectural et urbanistique. Les concepteurs ont tracé de longues diagonales dans la trame orthonormée du morceau de ville. Ils ont implanté la partie nord de l’école sur la ligne droite qui relie l’établissement historique de Supélec (toujours en activité) à la future station de métro du Grand Paris Express (mise en service espérée en 2024). Cette ligne biaise constitue la nourrice distributive principale de leur édifice. Partant de leur appétence pour les grands vides (voir l’article sur la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville dans Archistorm n°84), les architectes de Rotterdam l’ont traitée sous la forme d’une spectaculaire succession de places publiques intérieures, hautes de 10 à 15 mètres.

Vue sur les terrasses du départements « Matières » (quart sud-est du bâtiment d’OMA). ©Tristan Cuisinier

 

Afin de rationaliser la composition générale du bâtiment, un plan en damier a été imaginé en complément du dispositif de séquençage diagonal. « La simplicité et la souplesse de la grille ont été précieuses pour gérer la répartition des programmes et leurs modifications », justifie Clément Blanchet, ex-architecte de l’agence de Rem Koolhaas, directeur du projet jusqu’en 2014. Autre avantage du côté de la maîtrise d’ouvrage : le quadrillage en rues intérieures et petits îlots orthogonaux contient en germe la capacité de mutation des locaux. « Avec la révolution numérique, nous assistons à une évolution d’une rapidité phénoménale dans la manière d’apprendre, souligne Hervé Biausser, directeur de CentraleSupélec. Nous ne savons pas comment nous enseignerons dans vingt ans ! »

 

Pour l’heure, CentraleSupélec entend favoriser les échanges, forcer le mélange des étudiants et des chercheurs. En bons stratèges, les architectes ont densifié la périphérie de leur construction pour en libérer le centre. « Cela nous a permis de créer de nombreuses terrasses, aménagées en lieux de rencontre et de travail informel, en surplomb des zones circulées », dit Ellen van Loon, architecte-associée chez OMA. À l’image de certaines entreprises qui n’attribuent plus de postes de travail attitrées à leurs salariés, l’école d’ingénieurs propose banquettes, chaises et tables, parfois équipées d’un écran, dans pratiquement tous les espaces libres d’accès. Dans le bâtiment d’OMA, comme dans celui de Gigon-Guyer, il est possible de travailler n’importe où ! Même dans le grand amphithéâtre en hémicycle à l’usage des cours magistraux, dont on ignore s’ils seront encore dispensés à plus ou moins court terme.

 

Texte : Tristan Cuisinier

Visuel à la une : ©Tristan Cuisinier

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