MOBILITÉS URBAINES

CHRONIQUE

RUBRIQUE SUR UN SUJET D’ACTUALITÉ PAR BERTRAND LEMOINE

 

Alors que tout va plus vite aujourd’hui, la vie aussi, la demande de mobilité continue d’augmenter, en particulier dans les sociétés démocratiques. Nous bougeons davantage dans nos vies quotidiennes, et pas seulement pour aller travailler, mais aussi pour nos loisirs, pour nos vacances, pour nos amis, à courte distance comme au long cours. Les Enquêtes nationales transports effectués tous les dix à quinze ans (la dernière en 2007-2008) le montrent bien. La mobilité locale est aussi corrélée à la croissance démographique. Elle toujours soutenue dans les petites villes mais aussi dans les métropoles.

 

Les motifs de déplacement sont variés

Ce ne sont plus seulement les trajets domicile- travail qui dominent, même si ceux-ci restent très prégnants aux heures de pointe du matin et du soir et exigent donc des transports lourds pour absorber dans un temps limité la forte demande à ces moments de la journée. C’est le rôle des Transiliens, des RER et du métro dans la région parisienne. C’est celui des TER pour les métropoles régionales. L’émergence du télétravail réduit certes cette contrainte mais il est loin de la neutraliser. Les temps de déplacement journaliers sont en moyenne très stables, même s’ils peuvent être très contrastés d’un individu à l’autre. Ils sont de 1h22 en Ile-de-France, de 1h04 dans le reste de la France et de 1h25 à Paris car une forte proportion des déplacements s’y fait à pied. L’augmentation des vitesses moyennes de déplacement par la mécanisation ne fait qu’élargir la portée des mouvements, ce qui définit un horizon moyen pour les métropoles. Par exemple à 45km/h de vitesse commerciale pour les RER, le rayon urbain moyen du centre à la périphérie parisienne est de 30 km (41 mn de trajet aller à 45 km/h). Enfin les modes de déplacement dépendent fortement de là où on habite. Les Parisiens se déplacent majoritairement à pied ou en transports en commun et d’ailleurs 58% n’ont pas de voiture. Mais, à l’inverse, près des deux tiers des déplacements en grande couronne se font en voiture, et ses habitants sont 84 % à en posséder au moins une, un chiffre équivalent en province. Il y a aujourd’hui 33 millions de voitures particulières en circulation en France, contre 19 millions en 1982. Autant dire que ce mode de déplacement n’est pas près de disparaître, même si le mode automobile est appelé à de profondes mutations qui vont sans doute contribuer à en considérablement développer l’usage.

 

La tendance est cependant à sa réduction volontariste dans les villes

Le Livre Blanc européen des Transports publié en 2011 vise à réduire l’usage des voitures conventionnelles en ville et à développer le transport ferroviaire des personnes sur 300 à 1 000 km. En France, la Loi sur la transition énergétique et la Stratégie nationale bas carbone recherchent une maîtrise de la mobilité, notamment par une augmentation du taux d’occupation des voitures. Différentes villes, dont Paris, ont pris des mesures pour réduire la circulation locale mais aussi de transit au centre, avec le risque de transformer la zone centrale en ville-musée : interdictions diverses de circuler, augmentation des coûts et des amendes de stationnement… Évidemment, interdire la circulation des voitures en centre-ville aboutit mécaniquement à la réduction de la circulation, jusqu’à zéro si les voitures sont totalement interdites. Mais l’expérience montre que la circulation se reporte sur d’autres parties de la ville ou d’autres voies, avec les conséquences que l’on sait sur la pollution et les embouteillages.

 

Texte : Bertrand Lemoine

Visuel à la une : ©Jean-Louis Zimmermann

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