Dossier spécial : Londres

Londres, une ville de contrastes ! Elle, qui célèbre la créativité et la spontanéité du « street » (street art, street fashion) étend et brouille en même temps les frontières de l’architecture. Londres, une ville pleine de richesses où règnent aussi bien les pratiques architecturales classiques et emblématiques que les alternatives et éphémères.

Texte : Isabella Oulton

L’urbanisation londonienne a été historiquement arbitraire. En effet, aucun urbaniste ou architecte n’a jamais eu la charge de planifier la ville dans une vision cohérente, la laissant ainsi se développer de manière organique. Pour la période contemporaine, c’est entre les années 1960 et 1980, avec la fermeture progressive des docks, que l’Est de Londres est devenu un enjeu territorial avec la réhabilitation et la revalorisation de son patrimoine « industriel » progressivement transformé en logements et immeubles haut de gamme comme la tour One Canada Square, signée par César Pelli à Canary Wharf et devenue aujourd’hui un monument phare de cette période.

À partir des années 1980 et malgré un contexte économique plus difficile, les promoteurs londoniens sont cependant restés à l’affût de nouveaux domaines de réaménagement à l’instar de l’ancien marais de Hackney Marshes, également dans l’Est de la ville où le parc olympique a été implanté en 2012 avec des constructions de Zaha Hadid, Populous ou encore Hopkins Architects et des interventions d’artistes et d’écrivains tels Anish Kapoor, Carsten Nicolai et Carol Ann Duffy. La qualité a été au rendez-vous et le succès économique assuré car le quartier est aujourd’hui devenu résidentiel.

The Leadenhal Building, Rogers Stirk Harbour + Partners © Architects – Rogers Stirk Harbour + Partners

« Londres est l’un des endroits les plus civilisés du monde pour la fabrique de l’architecture et du design urbain »

Renzo Piano


Skyline so British

L’expansion récente de Londres à l’intérieur de ses propres frontières a été concomitante avec la montée d’une génération d’architectes britanniques qui ont travaillé sur leur sol natal, mais aussi à travers le monde. Toujours dans l’Est de Londres, ces tours situées de chaque côté de la Tamise ont assuré la continuité d’un skyline démarré dans les années 1980. Nous savons d’ailleurs que la ville est un champ d’expérimentation pour les meilleures entreprises mondiales de la construction.

Si vous demandez aux Londoniens quel est leur édifice favori ou celui qu’ils estiment le plus important, ils citent systématiquement des lieux aux appellations étranges : The Shard (l’éclat) 2012, The Gherkin (le cornichon) 2003, The Walkie Talkie 2014 et The Cheese Grater (la râpe à fromage) 2014, ou plus officiellement 32 London Bridge Street, 30 St Mary Axe, 20 Fenchurch Street et le Leadenhall Building, construits respectivement par Renzo Piano, Norman Foster, Rafael Viñoly et Richard Rogers, Rogers Stirk Harbour + Partners. (…)

La Serpentine Gallery

Pour contrebalancer ces mégalithes du skyline du Londres contemporain, les jeunes créateurs enfreignent les règles et font exploser ce qui est traditionnellement considéré comme les bases de l’architecture. Un exemple notable est l’événement annuel du « Serpentine Pavillion ». Depuis 2000, l’espace d’art contemporain à Hyde Park, dans le centre de Londres, la Serpentine Gallery commande un pavillon ou un kiosque à un architecte international avec la condition qu’il n’ait jamais réalisé de projet dans la capitale. Le pavillon est un espace public dans lequel sont aménagés un restaurant d’été, un bar, une salle de conférences et une autre consacrée aux performances. Envisagé comme un bâtiment usuel classique, il est avant tout projeté et présenté comme une exposition, car il s’agit bien de montrer à échelle réelle le meilleur de l’architecture contemporaine internationale sans avoir recours aux maquettes ou autres dessins traditionnels. Cette initiative permet donc aux visiteurs de découvrir une œuvre-architecture originale, en faire l’expérience et questionner le caractère éphémère du geste de l’architecte. (…)

Serpentine Sackler Gallery, Zaha Hadid Architects © Zaha Hadid Architects

Retrouvez la suite de ce dossier spécial dans le n°78 d’archiSTORM