Pour être résiliente, la ville doit être réactive

CHRONIQUE

 

Des réunions de travail entre deux enseignants-chercheurs de disciplines différentes ont permis d’identifier quelques principes d’un nouvel urbanisme. Ils nous en livrent quelques idées.

Les promenardes plantées peuvent aisément jourer un rôle écologique jusqu’au coeur des villes
© Philippe Clergeau – MNHN

Face aux nouveaux enjeux sociaux, environnementaux et économiques (ville durable, transitions énergétiques et écologiques…), il nous semble nécessaire de réfléchir aux conditions de construction d’une « ville adaptée ». Des pistes se dessinent : limitation de l’étalement urbain, densification, développement de transports alternatifs, participation citoyenne, gestion des ressources naturelles, prévision des risques, voire développement de la biodiversité et de la convivialité. La notion de ville résiliente, c’est-à-dire capable de revenir à un état fonctionnel malgré des perturbations majeures, a été parmi les notions les plus discutées ces dernières années sans déboucher sur beaucoup de réalisations significatives. Outre un saupoudrage de verdissement, les adaptations sont le plus souvent réalisées à la marge. Ainsi, la prise en compte des coûts énergétiques n’a été à ce jour le plus souvent abordée qu’à travers des propositions d’isolation thermique et de chauffage, de nouvelles formes des bâtiments, mais trop peu à travers une recherche de nouveaux matériaux pour l’architecture ou de morphologies urbaines plus appropriées. Quand l’espace public est mobilisé pour participer à ce type d’objectif, c’est surtout par le biais de fonctionnalités restreintes dans l’espace ou dans le temps. Ces « adaptations » répondent le plus souvent à un objectif monofonctionnel (l’énergie, les inondations, les loisirs, le tourisme, etc.), et les démarches qui les accompagnent restent trop cloisonnées, sectorielles et limitées.

L’idée de durabilité impose pourtant qu’à travers cette notion d’adaptation, l’aménagement urbain réponde à d’autres exigences, qu’il prenne en compte des risques futurs incertains, qu’il puisse accueillir des pratiques encore inconnues, qu’il encourage l’apparition de nouvelles exigences et de nouveaux comportements. Elle invite à réfléchir aux capacités de réactivité urbaine et à la plasticité des usages, mais interroge aussi la façon de concevoir un projet urbain qui offre une réelle latitude d’expression face à un avenir que l’on définit comme incertain.

Les capacités d’évolution des espaces non bâtis

En réalité, ce discours a ses limites, car la ville n’est pas si malléable ni si flexible qu’on le prétend. D’une part, il est peu raisonnable de démolir des édifices ou des infrastructures pour rechercher de nouvelles capacités d’adaptation. D’autre part, le bâti est par nature peu évolutif, que ce soit dans l’espace ou dans le temps. Il semble donc que ce soit dans l’ensemble des espaces non bâtis, publics et privés, qu’il faille rechercher en priorité cette souplesse. C’est sans doute aussi à ce niveau que s’expriment le mieux certaines évolutions fonctionnelles de la ville, les nouveaux modes de déplacement par exemple. De même, la mise en œuvre de trames vertes constitue un moyen efficace et structurant pour réorganiser l’espace urbain tout en favorisant  une adaptation à court terme (développement de la nature en ville, ambiances, cohésion sociale…), comme à plus long terme (îlots de chaleur, régulation thermique, gestion des eaux de ruissellement, conservation de la biodiversité…), ou encore pour préserver la possibilité d’interventions foncières futures[1]. (…)

[1] Voir « La trame verte et bleue à l’épreuve de la ville », Traits urbains, n° 835, p. 37-40

Texte : Philippe Clergeau et Jean-Jacques Terrin
Visuel à la une : Barcelone est parmi les grandes villes qui réflechissent à l’organisation d’une nature plus présente en ville © Javier Martin-Vide (METROS) – POPSU Europe

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