KRAFTWERK / ATONAL : QUAND LE BÂTI DEVIENT SPECTACLE

ARCHITECTURE 3.0

DIGITAL, MULTIMÉDIA, VIRTUEL AU SERVICE DE L’ARCHITECTURE ET DE L’URBANISME

 

Masse imposante, le Kraftwerk est devenu l’un des symboles d’une transformation du bâti industriel de Berlin-Est à des fins culturelles, performatives et technologiques, qui dynamise depuis quelques années l’environnement urbain de la capitale allemande. Une filiation qui illustre le principe d’émancipation composite de la ville autour de nouvelles articulations entre patrimoine foncier et pratiques festives/numériques, et qu’incarne le festival Atonal.

 

Dominant les abords de la rivière Spree, le gigantesque bâtiment du Kraftwerk incarne à lui seul le passé industriel du quartier de Mitte à Berlin et symbolise la transition architecturale dynamisant depuis quelques années le cœur historique de la capitale allemande. Cette ancienne centrale électrique, construite entre 1961 et 1964 puis désaffectée en 1997, a d’abord commencé par accueillir dès 2006 dans ses sous-sols le célèbre club techno du Tresor, avant de prendre une dimension supplémentaire en recevant progressivement différentes manifestations culturelles (concerts, installations, projection, opéras, foire d’art contemporain de la Berliner Liste) jusqu’à devenir en 2013 l’hôte d’Atonal, l’un des rendez-vous internationaux les plus prisés dans le domaine de la création numérique multimédia et du live audiovisuel.

 

Rez-de-chaussée ©Camille Blake

 

Un lieu sans équivalent

Directeur artistique en charge de la spatialisation du lieu pour le festival, et par ailleurs artiste visuel reconnu sous le pseudonyme MFO, Marcel Weber convient de la singularité architecturale se prêtant aux modalités spectaculaires des performances audiovisuelles spécifiques à Atonal. « Par ses volumes et sa connexion aisée entre ses différents espaces ouverts, dont son énorme salle centrale – la turbinenhalle –, le Kraftwerk est sans doute le lieu le plus imposant dans ce domaine à Berlin », reconnaît-il. « Il a bénéficié d’un gros travail pour transformer la dimension très dense du site en un espace dédié à une multiplicité d’événements. Les machines industrielles d’origine ont été démantelées, des escaliers et des systèmes de rails ont été ajoutés, des accès de sécurité et des dispositifs anti-incendie ont été construits pour sécuriser l’accueil du public et proposer une nouvelle infrastructure tout en respectant l’ancienne. La grue principale de la centrale est par exemple toujours fonctionnelle et de nombreuses poutres, plateformes et équipements sont encore utilisés. Tout cela profite à notre équipe et à nos prestataires techniques qui peuvent ainsi incorporer les structures propres (lumières, sons, plateau scénique) du festival sur une base solide. » 
Grâce à cette articulation permettant à Atonal de mettre en valeur la matérialité des structures en béton et en métal, mais aussi de jouer des effets de résonance du son et des lumières, l’impact visuel intrinsèque du lieu constitue un élément-clef du festival. « C’est un remarquable terrain de jeu », confesse Marcel Weber. « Mais il oblige aussi à se remettre en question. Par ses dimensions, le Kraftwerk implique de penser plus grand et induit un gigantesque travail d’équipe pour se mettre à niveau. Les possibilités en termes d’immersion sont sans comparaison. »

 

Texte : Laurent Catala
Image à la une : Pan Daijing, Berlin Atonal 2017 ©Helge Mundt

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