Une architecture à découvrir, apprendre de Lina Bo Bardi

AR(T)CHITECTURE

REGARD TRANSVERSAL ENTRE ART ET ARCHITECTURE

 

Parmi les designers et les architectes de sa génération, que ce soit Eileen Gray, Lilly Reich, Ray Eames, Aino Aalto ou Charlotte Perriand, Lina Bo Bardi (1914-1992) est celle qui est longtemps demeurée la moins connue, alors même que le nombre de bâtiments construits – une vingtaine de maisons, musées, théâtres, églises, centres culturels et sportifs – la classe parmi les femmes architectes les plus prolifiques du xxe siècle.
Fruit d’une collaboration entre l’ENSA de Paris-Belleville, la faculté d’architecture de l’Université Roma Sapienza[1], et l’Institut Lina Bo et Pietro Maria Bardi, l’exposition Lina Bo Bardi. Enseignements partagés permettra de redécouvrir cette figure unique de l’architecture du xxe siècle[2].

Diplômée de l’École royale d’architecture de Rome en 1939, Lina Bo Bardi a participé, à travers des articles illustrés[1] et des stands d’exposition, au débat sur ce que devait être une maison pour la femme et l’homme modernes, avant que son émigration pour le Brésil en novembre 1946 n’ouvre une nouvelle voie dans sa vie professionnelle. Dans ses œuvres majeures – la Maison de verre (1951), le MASP (1968), l’église Espírito Santo do Cerrado (1976) et le SESC Pompeia (1977) –, le rationalisme italien et le surréalisme brésilien ont fusionné afin d’encourager la convivialité et la vie collective. C’est au cours de ce processus d’hybridation qu’est né l’esprit de l’arquitetura pobre qui, comme Lina Bo Bardi l’a expliqué, n’est pas une architecture du bricolage faite par pur souci d’économie, mais une architecture simple qui utilise les matériaux de la vie quotidienne et les techniques artisanales pour être à la portée de tous. Une quête d’authenticité qu’elle a poursuivie avec passion tout au long de sa vie.

Rendre visible

Comment restituer la poésie et la complexité de cette œuvre dans une exposition°?

En pénétrant dans la cour du 60, bd de la Villette, c’est un kiosque-roulotte haut en couleur [fig. 1] qui s’offre au regard, avant que l’iconique fenêtre du SESC Pompeia, avec son tracé aléatoire et son volet rouge coulissant, dévoile la maquette en plexiglas aux quatre paysages colorés des terrains de sport . La maquette du MASP interpelle par son grand portique rouge de 7 m de long , tandis que la Maison de verre se laisse découvrir par la topographie du site et la masse végétale . À côté, une intrigante boîte noire et translucide, percée de cônes rouges, ménage des regards sur les trois espaces circulaires de l’église Espírito Santo do Cerrado ,.

Le kiosque mobile
Photo Martin Monchicourt
Réalisé sous la direction de Ludovik Bost et Martin Monchicourt par : Maude Adrianarinosy, Bastien Camps, Violaine Eggermont, Rocco Paoli, Nicolas Prossi, Marina Ruffin Lucini et Maria Zompa.

En montant, tout en suivant la ligne de vie de Lina Bo Bardi, le visiteur pourra consulter des ouvrages qui lui sont consacrés, sur des reproductions des meubles du SESC Pompeia, avant de découvrir, sur une structure poteau-poutre inspirée de l’exposition Nordeste de 1965, douze variations autour du travail graphique de Lina Bo Bardi  et cinq détails constructifs en kirigamis ? hommage à sa passion pour le Japon et la culture orientale de l’espace.

Au rez-de-chaussée, les reproductions des chevalets du MASP , dévoilent, dans un dispositif de mise en abyme, la gestuelle des étudiants au travail dans Modes d’emploi, films d’Arnold Pasquier. Ses Visites entrent en résonance avec les photographies d’Alessandro Lanzetta et permettent de se mettre dans les pas de Lina à Rome et São Paulo, avant que son film Une pluie d’été n’offre une interprétation chorégraphique de l’architecture de Lina par huit danseurs.

À travers ces multiples regards et formes de visualisations, l’exposition Lina Bo Bardi. Enseignements partagés saura peut-être restituer un peu de cette approche hybride et poétique, si actuelle dans notre monde contemporain, plein de doutes et de contradictions.

Texte & Photo: Alessandra Gricona et Elisabeth Essaïan
Visuel à la une :  Maison de Verre. São Paolo. 1951. Maquettes du site à 1/200– Photo et retouches Elisabeth Essaïan,  Réalisée sous la direction de Hervé Roux et Luis Burriel Bielza par°: Claudia Blazejczyk, Fleur Calles, Armelle Cuny, Hugo Dupond, Valentin Garnier.

Découvrez l’intégralité de l’article et l’interview de Francçois Brouat (Directeur de L’ENSA Paris-Belleville) au sein d’ArchiSTORM #86


[1] Entre 1940 et 1943, elle collabora avec Carlo Pagani à de nombreuses revues d’architecture et de design dirigées ou créées par Gio Ponti, dessinant pour Domus, Stile, Bellezza, Vetrina e negozi, Aria d’Italia. En 1943, elle accéda à la vice-direction de Domus, s’occupant également de cinq numéros de la collection Quaderni di Domus.

[1] Réunissant une quinzaine d’enseignants et une centaine d’étudiants elle a été conçue et réalisée dans le cadre de sept enseignements (pour ne citer que les responsables des cours: Teïva Bodereau, Ludovik Bost, Luis Burriel Bielza, Patrick de Glo de Besses, Martin Monchicourt, Hervé Roux (ENSA-PB)°; Rossana Battistacci, Francesca R. Castelli, Cristina Chiappini, Emanuela Chiavoni, Anna Giovannelli, Roberta Gironi, Alessandro Lanzetta, Davide Luca, Sara Palumbo, Anna Riciputo, Emilia Rosmini, Francesca Sarno, Andrea Valeriani (Roma Sapienza).

[2] Autour de l’anniversaire de sa mort (2012) et pour le centenaire de sa naissance (2014), plusieurs expositions et publications ont été consacrées à Lina Bo Bardi. Parmi les expositions les plus remarquables, retenons celle réalisée en 2010 par Kazuyo Sejima lors de la 12e Biennale de Venise, People meet in architecture et celle de Noemi Blager et Madelon Vriesendorp, Lina Bo Bardi : Together, montrée pour la première fois à Londres en 2012 et au Pavillon de l’Arsenal en 2014.