Java, lot 7 aux Batignolles, Paris

RÉALISATION

ChartierDalix

et Brenac & Gonzalez & associés

 

 

L’immobilier tertiaire aux règles de conception stéréotypées et sclérosantes serait-il voué à disparaître ? C’est en tout cas ce que laisse espérer l’opération parisienne de ChartierDalix et Brenac & Gonzalez & associés pour le compte du promoteur Emerige. Au programme : un plan en zigzag, des épaisseurs bâties de 9 mètres seulement, des bardages en pièces originales de terre cuite émaillée et des bureaux rafraîchis au ventilateur…

 

À chacun sa place ! Le plan directeur de la ZAC Clichy-Batignolles n’échappe pas au zoning des fonctions. De part et d’autre du parc Martin Luther King, dessiné par la paysagiste Jacqueline Osty, Paris Batignolles Aménagement et François Grether (architecte coordinateur) ont localisé plusieurs milliers de logements, dont 30 % en accession à la propriété, 20 % en loyer maîtrisé et 50 % en social. Les ensembles tertiaires sont implantés en bordure du faisceau ferroviaire de la gare Saint-Lazare, au-dessus d’une dalle de 570 mètres de long qui abrite les voies de remisage de la SNCF. Quatre équipes d’architectes, sélectionnées sur une note d’intention, sont chargées de constituer cette bande de bureaux, sorte de mur antibruit d’une quarantaine de mètres de large qui protège les programmes résidentiels. ChartierDalix et Brenac & Gonzalez ont remporté le lot 7, intercalé entre les opérations des tandems Viguier-Search et Scape-Baumschlager Eberle. À la clé : 23 000 m2 de surface de travail, loués par l’assureur Axa, et 1 150 m2 de commerces aux angles nord et sud du rez-de-chaussée.

 

Comme Search et Viguier, les architectes de ChartierDalix et de Brenac & Gonzalez ont préféré unir leurs moyens et leurs idées pour ne réaliser qu’un seul bâtiment, alors que le cahier des charges leur offrait la possibilité de concevoir chacun leur projet. À la différence de leurs confrères, ils ont écarté la morphologie en peigne, dont la froide efficience économique et fonctionnelle implique des vis-à-vis pesants et des espaces équivalents, quel que soit l’endroit du bâtiment où l’on se situe. « L’aménageur craignait la ligne droite et souhaitait plutôt des volumes isolés, rapporte Pascale Dalix. Nous avons voulu montrer que la continuité était possible. » Et Xavier Gonzalez de souligner la variété des situations offertes aux salariés et aux usagers de l’espace public : « Les renflements et les inflexions des façades génèrent des balcons végétalisés à tous les étages et mettent en valeur des lieux singuliers comme l’entrée. »

 

De fait, le plan en zigzag – agrémenté d’un patio ouvert sur la rue à partir du cinquième niveau – tente d’exploiter au mieux les particularités du contexte urbain (vues, ensoleillement, etc.), malgré la densité du programme (COS supérieur à 4). Les épaisseurs bâties sont très fluctuantes, de 9 m à 19 m. Il en résulte des circulations simples ou doubles, avec ou sans noyau central. « Chaque plateau, voire chaque bureau, présente des potentialités différentes », résume Pascale Dalix. Les hauteurs des baies vitrées et des allèges varient selon les rapports à la lumière, au sol et au ciel, que les architectes ont cherchés à instituer. Les façades du premier étage sont composées à 77 % de vitrage, alors que celles des étages intermédiaires, plus lumineux par nature, n’en comportent que 59 %. Une proportion encore réduite aux deux derniers niveaux (43 %), de manière à former de longues baies panoramiques qui cadrent l’horizon francilien.

Vue sur la façade arrière. ©Takuji Shimmura

 

Plus raide que la façade sur rue, où le gros de la marge de manœuvre des concepteurs semble avoir été concentré, le front bâti sur les voies ferrées suit peu ou prou la limite de propriété, sans relief ni retrait prononcés. Le systématisme des lignes horizontales superposées y est ponctuellement altéré par des entrelacs d’escaliers et de balcons, depuis lesquels les occupants du bâtiment jouissent d’une vue inédite sur le Paris ferroviaire.

Une année de recherche s’est avérée nécessaire pour développer les bardeaux de terre cuite émaillée des bandes d’allèges qui cernent l’immeuble, à partir d’une référence catalogue sous avis technique. Les architectes ont contacté deux industriels allemands (NBK et Moeding) avec lesquels ils ont réalisé des dizaines d’échantillons et six prototypes. Leur choix s’est porté sur une couleur chocolat foncé (de NBK), qui, selon les ombres et les reflets, vire au noir irisé de bleu. Trois sortes de bardeaux de terre cuite, dotés de nervures spécialement dessinées pour le projet, ont été réparties de manière aléatoire à l’aide d’un logiciel. Bien que chaque élément ne mesure que 35 cm de largeur, le dessin soigné des recouvrements donne l’illusion d’un matériau parfaitement continu, sans joints et sans fin.

 

Texte : Tristan Cuisinier

Visuel à la une : © Sergio Grazia

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