MEETT, TOULOUSE par OMA, TAA & PPA•ARCHITECTURE

RÉALISATION

MEETT, TOULOUSE par OMA, TAA & PPA • ARCHITECTURE

Derrière l’acronyme OMA pour Office for Metropolitan Architecture se cache une prestigieuse agence d’architecture d’origine néerlandaise active sur les cinq continents. Le fondement de son fonctionnement repose sur le multi-partenariat et non pas sur le seul Rem Koolhaas, aussi prestigieux soit-il ; et ce même si en France, friande de la starification des architectes, le nom d’un des co-fondateurs d’OMA Partners prend, quasi systématiquement, le pas sur le nom de l’agence. À Toulouse pour le nouveau parc des expositions baptisé MEETT, la tête de pont d’OMA Partners, mandataire de la maîtrise d’œuvre, se compose d’un trio de partenaires : Ellen van Loon rejoint Rem Koolhaas dès la première phase du projet ; et Chris van Duijn arrive comme Lead architect après les premières étapes. Ce partenariat batave se démultiplie à Toulouse avec l’arrivée de deux nouveaux partenaires, Taillandier Architectes Associés et ppa•architecture. Extraits du livre à paraître aux éditions Archibooks.

Une colonne vertébrale de 564 m de long structure la zone.

Les quatre-vingt-dix hectares de terres agricoles à la périphérie nord-ouest de Toulouse, à proximité de l’aéroport international de Toulouse-Blagnac, voisin de la plus grande usine d’Airbus, dévolus à l’implantation du nouveau Parc des Expositions de Toulouse, s’intègrent dans un territoire marqué par l’étalement urbain et un développement fragmenté avec ses grandes infrastructures de transports et ses délaissés. Le projet saisit l’opportunité de proposer un geste urbain structurant. Le programme et la taille XXL du MEETT en font un projet qui ressort plus de la logique des infrastructures avec un découpage du chantier en deux métiers, travaux publics et bâtiment pourtant souvent confondus. Le prolongement de 750 m de la ligne de tramway T1 – liaison directe centre-ville – nouveau Parc des Expositions –, la desserte routière du MEETT, la remise à plat du réseau routier de cette immense zone du nord-ouest toulousain à forte connotation aéronautique et le pont routier sur le prolongement de la RD902 au-dessus de la relation piétonne vers le Parc des Expositions via un parvis principal, porche d’entrée de plain-pied sur le site d’exposition, s’inscrivent dans les travaux d’infrastructures purs et durs. Les chantiers des halls d’expositions et de la halle des conventions hésitent entre le bâtiment et les travaux publics. À l’évidence, les dimensions inhabituelles de ces halls évoquent plutôt le monde des ouvrages d’art. Parce que le parc est une usine à fabriquer essentiellement du vide, un vide exploitable et flexible, il convient d’éviter au maximum les points d’appui intermédiaires – une solution pourtant onéreuse – d’une charpente qui couvre une largeur de plus de 80 m… Cette charpente métallique tridimensionnelle ne déparerait pas le monde du franchissement entre efficacité et élégance. Sans oublier la maîtrise du coût qui suggère la légèreté de l’ouvrage car le métal est plutôt vendu au poids.

« Le MEETT est en mesure de répondre aux besoins d’accessibilité, de sécurité, de durabilité et de polyvalence des professionnels d’aujourd’hui. J’ai confiance en la capacité de ce bel équipement à sublimer la vitrine d’excellence qu’est Toulouse à travers le monde, et à la positionner -ainsi que sa Métropole – au coeur du tourisme événementiel et d’affaires
national et international. »
Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse

 

Entretien avec Gilles Guyot, chef de projet OMA Partners

Pour quelle raison votre réponse au concours pour la réalisation du MEETT illustre-t-elle la réflexion conceptuelle portée par OMA depuis toujours ?

Notre méthode repose sur un questionnement initial : quelles sont les réponses les plus appropriées aux questions posées par le maître d’ouvrage et … aux questions qu’il n’a pas posées ? OMA ne présume jamais du résultat qui pour un tel projet pouvait passer par une conception « classique », une succession de grands halls d’expositions isolés les uns des autres, baignée au centre d’une mer de parkings. Rien de tel pour le MEETT avec une composition urbaine compacte, qui plus est, s’avère très économique en foncier. La compréhension et la manipulation du programme conduisent à un résultat fonctionnel et esthétique où la tenue d’un budget contraint n’édulcore pas l’ambition initiale. Les halls d’expositions mêlent l’esthétisme et la fonctionnalité, et ce dans la maîtrise d’un coût d’objectif qui dépasse de peu les 1 000 euros hors taxe du mètre carré malgré les performances techniques comme les portées de 80 mètres, le réseau de caniveaux pour les stands, etc.

À quels principes la conception du MEETT obéit-elle ?

La parcelle très généreuse dévolue au MEETT est qualitative et étonnante pour être située en rupture avec une zone à vocation agricole et une zone mixte commerciale et industrielle avec Airbus. Il était peu palpable de prévoir un tel programme sur un tel site. Sa beauté nous a conduits à l’économie d’utilisation de terrain. La compacité a été la réponse pour la parcimonieuse utilisation du foncier. La halle de conventions, la rue centrale réservée à la déambulation, les halls d’expositions avec le parking en silo – au cœur du dispositif – s’organisent en trois linéaires parallèles de 564 mètres de long. La conception modulaire des enveloppes exposition et convention, simples et ouvertes, donne naissance à une « machine » au service de l’exploitation présente et future : la halle de conventions est bien évidemment conçue pour accueillir de grandes conventions, un banquet, un terrain de sport, mais elle reste libre pour d’autres usages encore à inventer par GL Events, l’exploitant du site. Un leitmotiv : ne pas brider !

 

Entretien avec Anne Fraisse, directrice adjointe d’Europolia, maître d’ouvrage de MEETT

Pour quelle raison la communauté d’agglomération du Grand Toulouse lance-t-elle ce projet de nouveau Parc des Expositions ?

En 2007, elle s’accorde sur la nécessité de donner à Toulouse un nouveau Parc des Expositions : le parc existant est obsolète, inondable et régulièrement inondé, sans capacités d’évolution, et ne correspond plus à la véritable dimension économique de la ville. L’Agence d’urbanisme étudie les sites possibles et en retient deux : Balma au terminus du métro, et Aussonne/Beauzelle. Le choix est vite fait : Balma souhaite développer une opération de logements et bureaux sur le site identifié. Ce sera donc dans le secteur nord-ouest, où 90 ha à cheval sur plusieurs communes sont partiellement disponibles, au cœur du pôle aéronautique toulousain, à 5 minutes de l’aéroport, un site déjà bien doté en voiries et facile à desservir en tramway.

Vous êtes la première salariée spécifiquement embauchée pour le futur Parc des Expositions comme directrice de projet…

En effet, car la communauté d’agglomération, devenue communauté urbaine, se dote des outils adaptés à ses ambitions de développement. Une société consacrée aux deux plus grands projets métropolitains est créée fin 2010 : Europolia, société publique locale d’aménagement qui regroupe la communauté urbaine et la région, sera chargée du projet urbain autour de la gare Matabiau, et de la réalisation du Parc des Expositions. La communauté urbaine me détache aussitôt auprès de cette société, qui se met en place en 2011 et lance immédiatement les études et procédures préalables, majeures dans un projet de cette envergure. Elle prend en charge la maîtrise d’ouvrage du parc, y compris les voiries à réaliser, et le prolongement du tramway. Le budget total de l’opération est de 311 millions d’euros HT. Alors que les études de conception se terminent en 2014, un changement de majorité intervient au sein de Toulouse Métropole. Diverses modalités nouvelles de réalisation sont envisagées mais, finalement, la poursuite du projet est lancée dans les mêmes conditions, fin 2015.

Texte Pierre Delohen
Photos Philippe Ruault

Retrouvez l’intégralité de l’article sur le MEETT de Toulouse par OMA, TAA et PPAarchitecture au sein du numéro daté septembre-octobre 2020 d’Archistorm