Pour un moratoire sur la coupe des forêts

CHRONIQUE

RUBRIQUE SUR UN SUJET D’ACTUALITÉ PAR BERTRAND LEMOINE,

architecte, ingénieur et historien spécialiste de l’histoire et de l’actualité de l’architecture, de la construction, de la ville et du patrimoine aux XIXe et XXe siècle

 

Le véritable engouement aujourd’hui constaté pour l’utilisation intensive du bois dans l’architecture semble se confondre avec des positions vertueuses en matière d’écologie. Le bois se renouvelle, certes lentement, voire se recycle. C’est un matériau naturel, chaud et sympathique. Pourtant, l’exploitation des forêts nécessaire à l’approvisionnement des filières bois pose question.

On trouve du bois dans de multiples domaines de la vie quotidienne : des meubles bien sûr, mais aussi des fenêtres, des planchers, des cloisons ou des bardages, et même des structures. En réalité, une grande partie de la production de bois passe dans la fabrication de panneaux de particules, de palettes et de pâte à papier, sans oublier le bois utilisé pour le chauffage ou la cuisine.

D’où vient le bois ?

Le bois est extrait soit de forêts plantées, donc exploitées, donc renouvelables, soit de forêts primaires, notamment en Asie du Sud-Est, en Afrique ou en Amazonie. La déforestation qui en résulte ne provient pas seulement de l’exploitation du bois. Elle provient aussi de la mise en culture des sols forestiers au profit du soja ou de l’huile de palme, ou encore de l’élevage bovin. Une fois coupée, la forêt primaire ne repousse plus, ou très lentement, ce qui l’assimile à une ressource fossile. Les systèmes de certification censés assurer une exploitation écologique, économique et sociale, ne concernent pratiquement pas les forêts tropicales, dont 2 % seulement sont certifiées.

Des pratiques intermédiaires favorisent une dégradation de la forêt sans pour autant la détruire, comme l’exploitation sélective ou modérée pour le bois d’œuvre ou le bois de chauffage. Un tiers du bois d’œuvre utilisé dans le monde vient cependant de forêts naturelles, et dans celles-ci, un arbre sur dix seulement est exploitable. L’extraction de cette fraction cause cependant d’importants dommages collatéraux à d’autres arbres voisins, ce qui contribue à la dégradation de la forêt. Si le bois de chauffage est plutôt sur le déclin, la demande de pulpe pour la pâte à papier et de bois d’œuvre continue à augmenter. La production de pâte à papier vient pour l’essentiel de forêts plantées aux États-Unis, au Canada et en Chine, mais aussi de plantations au Brésil, pour l’essentiel sur d’anciens terrains de culture ou de pâturages, et d’Indonésie, surtout à partir de forêts primaires, converties ensuite en forêts plantées mais accroissant ainsi le relâchement de CO2 dans l’atmosphère. Cette demande entraîne une rapide augmentation des forêts plantées (environ 10 %/an), qui comptent aujourd’hui pour environ 7 % de la surface forestière mondiale, soit environ 290 M ha.

(…)

La couverture forestière du monde © Commission Européenne

Texte : Bertrand Lemoine

Image à la une : Vue d’une forêt © Wallpaper

Retrouvez l’intégralité de l’article au sein d’ArchiSTORM #87