NOUVELLE GARE MONTPELLIER-SUD-DE-FRANCE

RÉALISATION

MARC MIMRAM, EMMANUEL NEBOUT

 

La nouvelle gare TGV de Montpellier donne l’occasion d’un redéveloppement urbain au sud de l’agglomération qui, par le déplacement du centre de gravité de la ville, s’intègre au grand projet d’éco‐cité. La gare constituera demain une nouvelle polarité, forte dans ce dispositif urbain à long terme. Il nous faut saisir cette occasion pour développer un projet de gare spécifique, une gare méditerranéenne s’intégrant dans les projets urbains. Nous voulons aussi faire de cet espace public une gare jardin à la croisée de la ville nature qui se développe ici. Nous voulons en faire une gare des sens, de l’émotion, fondée sur l’attention à l’ombre et à la lumière, au climat de Montpellier. Une gare dédiée au plaisir du lieu, à l’émotion des voyageurs. Privilégions ici la qualité des parcours, les horizons de l’attente, les plaisirs de la rencontre, pour faire de cette gare un lieu de partage des conditions techniques mais aussi des conditions sensibles.

 

Une gare méditerranéenne

 

La gare méditerranéenne est une gare attentive à la variation des lumières et du climat. Il ne s’agit pas ici de limiter l’espace par un voile de verre mais bien au contraire de construire de l’ombre pour guider la lumière dense à travers un filtre opaque. Nous souhaitons que le voyageur soit protégé, et que la structure de couverture soit au service de ce jeu des lumières. Le plissé de la couverture permet à la fois ici de réaliser à grande portée, de construire une entrée lisible de la gare au sud, sur le pôle multimodal et le jardin du parvis. La double hauteur de la travée sud marque l’accès, le lien avec le mail de l’allée est‐ouest qui associe les différents parcs de stationnement. Ce projet évoque les évolutions topographiques et urbaines qui pourront voir le jour à terme, par l’urbanisation, la construction de stationnements enterrés et les modifications liées à l’arrivée et au prolongement du tramway. Le plissé de couverture unifie l’accueil sous la halle. Il magnifie l’entrée au sud. Il marque l’accès sous l’auvent du tramway à l’ouest et se prolonge à l’est pour ouvrir la gare en balcon ouvert et protégé au‐dessus des voies de chemin de fer.

 

Un voile de béton plissé protecteur

 

Cette feuille à double courbure est façonnée à partir d’une dentelle minérale qui lui donne à la fois son statut de structure et de filtre de lumière. Nous avons voulu développer un lien entre structure et couverture qui permette de filtrer la lumière. Pour ce faire, nous mettons en œuvre 154 palmes de béton fibré ultra performant qui permettent de réaliser en une seule fois structure et couverture sans rapporter d’étanchéité ni de revêtement complémentaire. Les palmes sont préfabriquées et sont réalisées à inertie variable selon un origami à double courbure qui leur donne une résistance de forme et permet de constituer une portée de 18.40 m avec une épaisseur BFUP de 4 cm. Ces feuilles de béton incluent des réservations variables selon les orientations qui sont protégées par des rectangles de verre transparents. La grande portée libératrice permet d’imaginer une occupation évolutive de l’espace commercial tout en offrant des vues au lointain sur le parc Négues‐Cats. Ce filtre minéral est aussi un outil de régulation du climat par sa forte inertie thermique, sa forme évolutive prend sens tant sur les conditions de son inscription urbaine que dans la manière de gérer les vents dominants. Ainsi, la grande structure de couverture prend son origine dans les plaisirs de la lumière filtrée, dans la raison du traitement climatique, dans l’ouverture sur le paysage en s’inscrivant dans les caractéristiques éoliennes du lieu qui fondent le traitement bioclimatique de la halle des voyageurs.

 

 

Une gare‐jardin

 

 Dans le développement qui prend place ici entre nature et ville, nous voulons que l’attention portée aux conditions du lieu transforme le bâtiment en gare‐jardin. Deux dispositifs permettent d’inscrire la gare dans ce grand paysage : Le parvis jardin au sud et le traitement paysagé des quais. Dès son ouverture, la gare s’ouvre sur un grand parvis au sud dans lequel s’inscrit sur plusieurs niveaux le pôle d’échange multimodal. Sous l’auvent, se fait la reprise taxi mais aussi le lien vertical entre le parc de stationnement, la gare de bus et la gare TGV au travers de la travée sud qui inscrit la lumière naturelle au cœur du projet et se prolongera à terme jusque dans les profondeurs du parc de stationnement. Ainsi le jardin se glisse depuis le parvis largement végétalisé dans les différentes strates de la gare multimodale. Le Négues Cats en son parc constitue l’axe nord‐sud du développement de la nature en ville dans ce nouveau quartier. Pour limiter l’impact de la césure des voies de chemin de fer, nous proposons dans la largeur des quais d’inscrire des lignes végétales qui poussent la nature jusqu’à sur les quais. Ces lignes d’arbres trouvent leur place à la fois à la grande échelle du paysage, et dans la qualité d’ombrage qu’elles assurent sur les quais.

 

 

Texte : Marc Mimram

Visuels : © Lisa Ricciotti et Erieta Attali

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