PALIMPSESTES ARCHITECTURAUX

DOSSIER SOCIÉTAL

Maurice Laisse

 

Le 15 avril 2019, la flèche et la charpente de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, partaient en fumée. L’émotion fut vive, soulignant combien la charge émotionnelle de l’architecture peut être forte, et que cette dernière porte une mémoire collective qui nous concerne tous, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’architecture. L’événement tragique pointait en filigrane l’enjeu contemporain de notre patrimoine bâti, dansson ensemble. Cette question, majeure aujourd’hui, représente une opportunité à saisir pour penser « les patrimoines ».

Fondation Prada à Milan, par l’agence OMA, Rem Koolhaas et Chris Van Duijn, 2018 © Jacopo Milanesi

L’incendie, à peine éteint, les polémiques fusèrent de toute part, concernant la manière de reconstruire l’édifice religieux et symbolique : faut-il rebâtir à l’identique ou faut-il reconsidérer le lieu dans une logique d’aggiornamento ? Chacun y allait de sa contribution, tandis qu’un commerce autour de la cathédrale se mettait en place à une vitesse vertigineuse : le roman Notre-Dame de Paris par Victor Hugo était publié de nouveau, tandis que de nombreux livres autour de son œuvre voyaient le jour, les droits ou les bénéfices seront néanmoins totalement reversés pour la reconstruction de Notre-Dame. Dans le domaine de l’architecture, les propositions graphiques matérialisant l’édifice reconstruit se multipliaient : ainsi de NAB Studio qui propose une nouvelle toiture prenant la forme d’une serre plantée d’arbres et une flèche en spirale accueillant des ruches. Le designer Matthieu Lehanneur, revendiquant la provocation, fige la mémoire de l’incendie en coiffant la cathédrale d’une flèche dorée prenant la forme désordonnée de flammes, et encore Massimiliano Fuksas qui n’hésitait pas à s’offrir un plan de communication officiel, pour présenter sa version de l’édifice qui en reprend la forme originelle mais en cristal. Tout aussi prématurées que publicitaires, ces démarches semblent autant de coups d’épée dans l’eau.

Un patrimoine VS des patrimoines

Dans ce cadre bouillonnant, l’intelligente position d’un Perrault, auteur avec Philippe Bellaval, directeur des Monuments Nationaux, d’une étude sur l’Île de la Cité, présentée en 2017, voyait sa pertinence renforcée : on peut y extraire plus particulièrement aujourd’hui que le monument s’envisage à l’échelle de la ville. Auteur par exemple de la réhabilitation des tours de bureaux de la tête du Pont-de-Sèvres à Boulogne-Billancourt, de l’hôtel Berliet dont il est aussi l’architecte originel, de l’extension de la Cour de Justice de l’Union Européenne du Luxembourg, l’architecte international est un fin connaisseur de la question patrimoniale. Ses projets portant sur le bâti ancien sont des exemples probants du fait que la notion de patrimoine s’envisage de manière élargie, et qu’il n’existe pas un patrimoine mais des patrimoines.

Tout aussi visionnaire que son confrère parisien, Rem Koolhass dès la Biennale d’architecture de Venise en 2010, présentait l’exposition « Cronocaos », une recherche sur le patrimoine, notamment celui du XXe siècle, parfois impopulaire.

 

Visuel à la une : Mission Île de la Cité par Dominique Perrault / ADAGP

 

Retrouvez l’intégralité du dossier sociétal de Maurice Laisse dans le numéro 97 du magazine Archistorm, daté juillet-août 2019 !