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ARCHITECTURE ET MUSIQUE

ESQUISSE D’UNE PROMENADE SONORE

 

Marie-Jeanne Hoffner, artiste plasticienne et Nicolas Karmochkine, architecte, proposent une nouvelle série d’articles qui offrent une mise en perspective de la relation entre la musique et l’architecture

 

CAB Architectes développe une réflexion sensible sur le territoire, portée par l’émotion de la Méditerranée, dessinant une topographie où ils construisent leur projet architectural. Jean-Patrice Calori, Marc Botineau et Bita Azimi-Khoï, lauréats en 2012 du prix de l’équerre d’argent, sont trois personnalités, trois origines, trois cultures musicales différentes à la recherche d’une synthèse des esprits.

 

Origines & cultures musicales

De l’enfance de Jean-Patrice Calori, lui reviennent ses souvenirs d’opéra, Debussy, Puccini, Satie, ses madeleines musicales, qui comme la trompette de Miles Davis lui évoque Paris, et l’emmènent de lieux en lieux. Car il aime travailler dans le silence, c’est Bita Azimi qui l’a éduqué à d’autres musiques, électronique, rock ou punk. Ses souvenirs la ramène en Iran, dans la voiture des parents, où les déplacements au son de la musique traditionnelle s’accordent aux paysages désertiques qui défilent en travelling.

Lui d’origine italienne, elle iranienne, le chant est inscrit dans leurs cultures. En Italie tous les repas finissent en chanson, quand en Iran, les femmes, bravent les interdits et se réunissent pour chanter entre elles, avec passion.

En arrivant en France en 1979, avec les « Champs Élyséees » de Joe Dassin pour seul repère, elle devient vite boulimique de nouvelles références : le rock, Renaud, la musique militante, la chanson française de Brel à Ferré, puis le punk, la musique anglaise, la New Wave de Joy Division, avant de plonger dans la techno. CAB se pose la question : comment fabriquer un son commun entre électro, rock & roll et les Compagnons de la chansons…? Comment faire un grand cru de leurs différents cépages ?

Pôle petite enfance de la trinité, CAB Architectes ©Aldo Amoretti

 

Acoustique & lumière

Le son est un élément important, mais comme beaucoup d’architectes ils subissent les règles acoustiques qui aseptisent les sons. CAB questionne différents dispositifs souhaitant révéler la physicalité du son, en se souvenant de l’arc vouté de la mosquée d’Ispahan où la parole chuchotée circule à travers la courbe. Ils aiment la sonorité et la sensualité des matériaux, pour eux, l’écho du bois ou du béton, sonne comme un morceau écrit avec guitare ou piano. « La musique est un langage, comme l’architecture est un langage, elle crée un espace entre les gens, un chemin émotionnel direct ». Pour la crèche de La Trinité, en béton clair, ils dessinent une matrice qui en réduira la résonnance, « on a l’impression que le son est subi, en réalité on peut le choisir » avec des lambris ajourés ou des meubles dessinés, qui composent avec les cris des enfants dans une école ou le rebond d’un ballon dans un gymnase.

« comme le son architecture l’espace, la musique architecture les émotions. »

Architecture comme musique, la composition des textures emprunte les mêmes chemins. « On travaille beaucoup le béton comme une surface qui réfléchit. Pour éviter le faux plafond et garder sa douceur, les fluides passent dans le sol et dégagent de l’espace ». Pour obtenir cela, ils aiment travailler avec des entreprises locales, des artisans amoureux du métier, qui feront sécher le béton plusieurs semaines pour le décoffrer comme un marbre. Un objectif secret serait d’atteindre à la minéralité du Thoronet qui résonne encore de musique cistercienne.

 

Texte : Marie-Jeanne Hoffner et Nicolas Karmochkine
Visuel à la une : Gymnase Futsal de l’Arianne, Nice, CAB Architectes ©Aldo Amoretti

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