Résidence Pierre Loti 64 logements collectifs à Aytré

 

RÉALISATION

Agence Guinée*Potin et Agence Alterlab

 

La requalification urbaine d’un quartier datant des années 1960 passe par une analyse fine du bâti en place et des besoins des habitants, pour venir reconstruire en douceur des bâtiments de logement plus accueillants. Un pari réussi pour les architectes de Guinée*Potin et Alterlab qui ont conçu deux édifices parés de bois, et à l’architecture fraîche et revigorante !

 

En 2017, les deux agences d’architecture Guinée*Potin et Alterlab ont édifié une opération de 64 logements collectifs répartis dans deux entités distinctes, au sein du quartier Pierre Loti à Aytré (Charente-Maritime), situé à l’entrée de la ville, en périphérie de La Rochelle et le long d’un axe majeur, le boulevard Général de Gaulle. Or, ce quartier recèle une histoire particulière, puisqu’il a été créé entre 1957 et 1968, à une période historique dominée par un manque criant de logements et où il a fallu notamment héberger les pieds-noirs, ces français rapatriés d’Algérie en 1962. La ville a alors érigé plusieurs barres et tours de logements sociaux, surnommées à l’origine « les blocs » par les habitants, tandis que le quartier prendra le nom de Pierre Loti en 1992, en mémoire de ce grand écrivain-voyageur originaire de la région. En 2009, le parc de logements étant devenu vétuste, le quartier a fait l’objet d’une requalification urbaine globale lancée par la commune, en partenariat avec l’office public d’HLM Habitat 7. Le plan de renouvellement urbain prévoyait des opérations de déconstruction-reconstruction, avec notamment la démolition de trois bâtiments. À ce sujet, les architectes constatent que « les enjeux, tant urbains qu’architecturaux sont d’envergure. Il s’agit de contribuer à écrire la nouvelle identité d’un quartier fort, d’une histoire sociale riche et d’une situation géographique stratégique, à quelques centaines de mètres des plages et du littoral ».

Volumétries adaptées au contexte

Afin de donner un nom à chacun des immeubles, les habitants, consultés par la commune, ont proposé d’appeler les bâtiments par une lettre de l’alphabet se rapportant, – eu égard au site maritime –, à une île exotique, comme le bâtiment R pour La Réunion, le bâtiment S pour Les Seychelles, le bâtiment T pour Tahiti, etc. Dès 2011, les divers projets de construction ont été présentés aux habitants, lors de réunions publiques d’information et de concertation, organisées par la mairie et en présence des architectes. Et c’est dans le cadre de ce programme ambitieux de rénovation que les bâtiments R et S, qui abritent respectivement 31 et 33 logements, avec une majorité de 3 pièces et 2 pièces, ont été édifiés sur deux zones d’implantation distinctes, séparées par la rue Pierre Loti. Chacun d’entre eux affiche une morphologie spécifique qui diffère, en matière de dimension, volume, orientation, gestion du stationnement, traitement des abords, etc., pour mieux s’adapter à la forme particulière des deux parcelles de terrain allouées et s’insérer de façon cohérente dans le bâti environnant. Le bâtiment R/La Réunion, qui mesure 47 mètres de long, et 17 mètres de large et de haut, présente plusieurs décrochés de niveaux, passant de quatre étages côté avenue Charles de gaulle, à cinq étages en partie centrale et à trois, rue Pierre Loti. Assorti d’un jeu subtil de toitures, cet épannelage maîtrisé permet d’opérer une transition visuelle avec le centre-ville d’Aytré. Quant au bâtiment S/Les Seychelles, qui mesure 32 mètres de long, 27 mètres de large et 14,70 mètres de haut, il est plus compact et monolithique que son voisin, afin de se mettre en résonance avec le bâtiment Galapagos, une barre originelle du quartier, à la volumétrie imposante.

©Sergio Grazia

 

Des coursives appropriables

Concernant l’organisation des fonctions, les appartements des deux entités bénéficient tous d’un accès privatisé, par le biais de coursives filantes, extérieures. Selon les architectes, « Le parcours créé réinterprète les caractéristiques du logement individuel, au sein d’un bâtiment collectif : passer une clôture, emprunter une venelle, profiter du paysage, accéder à son logement par une porte donnant sur l’extérieur. » Si ce système de coursives dessert entre six appartements (bâtiment R) et huit (bâtiment S) par niveau courant, il offre aux usagers des espaces appropriables généreux, en prolongement de leurs lieux de vie. Chaque logement dispose d’un cellier intérieur ou bien d’un « cabanon » extérieur intégré à la coursive et visible de loin, grâce à leurs couleurs vives (rose indien, bleu ou vert). Il est à noter qu’une attention spéciale a été portée à ces locaux annexes, puisqu’ils ont été imaginés en concertation avec les habitants. Outre l’apport de lumière naturelle conséquent apporté dans les divers espaces, les coursives permettent également de généraliser, sur l’ensemble du projet, des appartements traversants et/ou situés en angle, et à double ou triple orientation, générant de multiples vues sur le paysage, tout en bénéficiant d’une ventilation naturelle confortable. « Les deux constructions offrent au visiteur des façades séquencées : horizontalement par les terrasses filantes et verticalement par les « failles » que forment les accès et circulations au cœur des bâtiments », précisent les concepteurs.

 

Texte : Carol Maillard

Visuel à la une : ©Sergio Grazia

 

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