Situations inédites en architecture

AIR DU TEMPS

Situations inédites en architecture

 

Si toute commande ne suscite pas une création originale, des situations inédites enrichissent les projets. Philippe Gazeau le démontre avec le pôle mère enfants de l’hôpital Necker à Paris où le parc central résultant du processus de conception enrichit la programmation initiale et un îlot mixte sur l’emprise du stade historique du rugby Nantais. Patrick Rubin de l’Agence Canal qui a signé l’accueil du même hôpital évoque aussi sa façon de s’immiscer dans l’œuvre mythique de Piano et Rogers en rénovant la Bibliothèque Publique d’information du Centre Pompidou.

 

À l’articuliation de la rue et du boulevard, une façade plissée conforte la lisibilité de l’hôpital. © Philippe Gazeau architecte. Photo Philippe Ruault

Philippe Gazeau, intégrer l’imprévu au processus de conception

Dans l’architecture hospitalière, où le normatif tend à l’emporter, Philippe Gazeau a traversé bien des situations inédites pour édifier le pôle mère enfants de l’hôpital Necker mêlant démolition et construction. « De 2003, début de la consultation à 2016, un long cheminement a permis de mener à bien un projet que peu de monde partageait d’emblée et de déjouer les recours », dit-il. Conjuguant les spécificités d’un site au carrefour Duroc, angle du boulevard Montparnasse et de la rue de Sèvres et la méthodologie d’étude de définition, son intervention urbaine et architecturale ouvre l’hôpital sur la ville. Regroupant dans un seul édifice des activités éparpillées auparavant dans des bâtiments vétustes, elle redonne des lignes de force et des échelles.

 

 

 

 

« En 2003, l’enceinte hospitalière frôlait l’asphyxie dans ses fonctionnalités et son paysage. Sans nous ligoter immédiatement par un programme et un coût, l’étude de définition nous donnait la liberté de dépasser la commande de base pour entrer dans la logique interne du projet et intégrer à sa conception une part d’imprévu » ajoute-t-il. « Jugeant impossible de réaliser en une phase dans l’enceinte du site un pôle mère-enfant multidisciplinaire de 65 000 m2, la programmation l’avait scindé en deux : pôle médico chirurgical avec bloc opératoire, urgences et services associés et pôle maternité périnatalité. L’étude a démontré notre capacité à réaliser l’ensemble en une phase. En implantant le nouveau bâtiment à l’angle de la rue de Sèvres et du boulevard Montparnasse, en optimisant la compacité et en utilisant la pente du terrain, nous avons su trouver un plateau technique de 13 000 m2 de plain-pied en conservant une grande partie des bâtiments existants. Ceci facilite les relations de proximité en rassemblant circulations et liaisons médicales autour du noyau central. » Le nouveau bâtiment dépasse la notion de construction neuve dans l’enceinte hospitalière pour fédérer une complète recomposition. Entre le boulevard et les rues de Sèvres et de Vaugirard, le nouveau plan masse structurée par deux bandes construites et trois allées piétonnes obéit à un schéma très simple autour d’un hectare de parc signé avec le paysagiste Pascal Cribier à l’emplacement des bâtiments démolis en cœur d’îlot. « Jardin public, allée plantée entre les rues de Sèvres et de Vaugirard, serre urbaine en vitrine de la rue de Sèvres, serre verticale au carrefour Duroc sont autant d’« états » de nature qui envahissent l’hôpital et brouillent les limites entre l’intérieur et l’extérieur », dit  l’architecte. « Ces rencontres entre la machine du vivant et l’organisme architectural installent un autre système vivant et évolutif et un certain dépaysement au cœur de l’hôpital. » Avec sa façade plissée habitée par une serre verticale, le bâtiment d’angle s’affranchit des codes hospitaliers et crée un effet de signal au carrefour Duroc. Sur l’allée piétonne, la tour de l’escalier de secours d’un bâtiment démoli ornée d’une fresque monumentale de Keith Haring en 1987 en est un autre.

 

Sur l’emprise du stade Saupin à Nantes, démoli hormis la tribune Nord et la pelouse, Philippe Gazeau, Louis Paillard et Jacques Ferrier ont implanté dans un bâtiment hybride un programme mixte regroupant centre de recherche, résidence étudiante et bureaux.

 

Texte : Christine Desmoulins
Image à la une : Radicale et pragmatique, l’architecture de l’îlot Saupin à Nantes. Les couleurs s’accordent au cours de la Loire toute proche. La tour redonne une échelle aux tours du quartier Malakoff. ©Architectes Philippe Gazeau, Louis Paillard, Jacques Ferrier. Photo Stéphane Chalmeau

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