Le “soft skills” sont-elles solubles dans la formation des ingénieurs ?

Non, les soft skills ne sont pas un nouveau cocktail tendance ! Encore que… Car on peut trouver de tout sous cet anglicisme, depuis les recettes de cuisine permettant au futur manager de cumuler les qualités de « outoftheboxeur », « synergisant », « révolueur » ou « éconoclaste », jusqu’aux démarches fondées sur le savoir-être, l’apprentissage aux défis des situations professionnelles de demain caractérisées par « l’incertitude, la complexité et l’innovation » selon Denis Lemaître, directeur de la formation de l’ENSTA.

Texte & Photos : Claude Labbé

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Les soft skills, contrairement aux idées reçues, ne s’opposent pas aux sciences dites « dures », mesurables, quantifiables, objectives, et plutôt associées aux environnements scientifiques au sein desquels évolue l’ingénieur ; celui-là même dont on regrette trop souvent le manque d’intelligence transversale, de curiosité, de capacité à communiquer, de « culture », ainsi qu’une certaine inaptitude à travailler en équipe, à l’opposé de la culture anglosaxonne qui met en avant « l’esprit d’équipe ».

L’intégration de ces « compétences douces » à un corpus de connaissances scientifiques a pour objectif, non d’ajouter encore une couche au « nous devons savoir » caractéristique de la formation des ingénieurs, mais d’acquérir une réelle autonomie, le sens des responsabilités et les qualités de communication indispensables au bon exercice de leurs fonctions futures. Les ingénieurs français sont réputés techniquement compétents. Mais que vaut véritablement cette compétence, quand l’appréhension de la technique dans un monde complexe exige, au-delà de la pure expertise, une vision d’ensemble, une capacité d’anticipation, un intérêt pour des champs disciplinaires pluriels, une aptitude à communiquer ses intuitions ? « Dans un monde changeant, les compétences techniques peuvent devenir obsolètes, pas les compétences humaines », constate Jérôme Hoarau, formateur.

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Mais l’ouverture à ce que l’on désignait jadis par les « humanités » n’est-elle pas trop tardive quand elle intervient à bac + 2 ou 3 ? N’y a-t-il pas une absolue nécessité de réintroduire dans l’enseignement scientifique, et probablement dès le lycée, l’éducation à la conscience, seule apte à produire une vision pluriculturelle du projet ? « La conscience et l’éducation sont les clés de l’avenir », écrivait l’ingénieur irlandais Peter Rice, partenaire de nombreux architectes de renom, dont Renzo Piano, en particulier sur Beaubourg.

Sans cette éducation, un grand nombre d’ingénieurs finiront par être de simples exécutants car tôt ou tard, les développements fulgurants de l’Intelligence Artificielle (IA) permettront la conception de logiciels de calcul performants, fiables et accessibles aux non-sachants techniques.
Quelle sera alors la place de l’ingénieur ? C’est l’une des préoccupations de Tim Ibell, président de Institution of Structural Engineers : « Si l’on dispose dans l’avenir d’un logiciel capable de vérifier par lui même des routines de résistance des matériaux, on peut dire que le principal avantage de faire appel à un ingénieur structure sera pour sa créativité et son intelligence à concevoir un système à valeur ajoutée, et pour lequel une formation en ingénierie créative est impérative. »

Mais si chacun s’accorde sur la nécessité d’introduire davantage de soft skills, Annie Kahn, chroniqueuse au journal Le Monde, prévient : « Ces soft skills, ces compétences relationnelles, sont capables du meilleur comme du pire […] et [pourraient] se révéler extrêmement nuisible[s]. Telle cette forme d’intelligence relationnelle, manipulatrice, voire machiavélique. Ou cette capacité à se faire valoir en haut lieu en s’arrogeant l’idée de son voisin […]. »

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