Sur les docks, un hôtel ad’hoc

EXPÉRIENCE HÔTELIÈRE

Hôtel Radisson Blu****, à Bordeaux (France)

Atelier d’architecture King Kong, Bordeaux

 

Texte : Lionel Blaisse

Photos : Courtesy atelier d’architecture King Kong © Arthur Péquin

 

Les Bassins à flot poursuivent leur métamorphose enclenchée en 2010 et pilotée par Nicolas Michelin. Aux lisières des quartiers des Chartrons à l’ouest et Bacalan à l’est, l’ancien site maritime et industriel se réinvente en « melting port ». Face aux dizaines d’immeubles d’habitation et vestiges portuaires des berges orientales du Grand Bassin, dont la Cité du Vin commande l’accès depuis le fleuve, les quais longeant la rue Lucien Faure – dans le prolongement du nouveau pont levant – viennent d’accueillir un hôtel quatre étoiles signé par l’agence bordelaise King Kong.

 

 

Un melting port émergeant des limbes du site industriel

Depuis l’ouverture en 1879 du premier bassin à flot, ce faubourg excentré de Bordeaux a vu s’amarrer bien des navires marchands, civils et militaires. Une base sous-marine y fut construite durant la Seconde guerre mondiale. Tandis que le second bassin se reconvertissait à la plaisance, le premier – bien plus vaste – fut déclassé, la même année en 1982, au profit de Bassens, plus en aval dans l’estuaire de la Gironde.

Il faut attendre 2003 pour que la municipalité confie à Antoine Grumbach l’étude de son réaménagement. Cinq ans plus tard les fondamentaux du projet sont arrêtés et l’année suivante Nicolas Michelin en devient l’urbaniste en chef. La rénovation de l’ancien quartier des Chartrons où officiaient et vivaient les négociants en vin était alors bien engagée tandis que se profilait la requalification de celui de Bacalan qui avait hébergé nombre d’industries liées, elles aussi, à l’activité du port.

 

 

Refusant la tabula rasa, le projet retenu assume le passé dont des témoins seront conservés : grues, silos, formes de radoub (cales d’entretien naval) … S’il doit faire sien ce patrimoine industriel et portuaire en le remettant en scène tout en le réinterprétant, sa mission première n’en demeure pas moins de s’ouvrir aux anciens faubourgs environnants, désormais intégrés à la ville. Bref de jouer le rôle de couture urbaine !

Le plan d’aménagement d’ensemble (PAE) prévoit ainsi que le « vide magnifique » des deux bassins au cœur de ce nouveau quartier favorise une densité plurielle où toutes les formes de vie cohabitent, aux volumes « extra ordinaires » venant dynamiser la nouvelle skyline. Souhaitant privilégier le bien-être et l’agrément, l’une des principales contraintes imposées y est de rendre invisibles les parkings depuis l’espace public, sachant que la proximité des bassins interdit leur enfouissement.

 

 

Une architecture hôtelière inhabituelle

« Bénéficiant d’une large visibilité, le bâtiment se distingue des immeubles avoisinants par sa volumétrie : typologie, forme et hauteur paraissent “hors-système” au regard des typologies environnantes » constate Jean-Christophe Masnada, associé en charge de l’affaire au sein de l’agence King Kong. C’est en connaissance de cause que l’architecte s’exprime car l’atelier a livré en 2007 – à quelques centaines de mètres de là, sur les quais des Chartrons, un autre hôtel le Seeko’o, particulièrement médiatisé du fait de sa fort surprenante façade en Corian®, une première dans l’Hexagone. Alain Dhersin, son propriétaire, avait identifié la parcelle qui nous concerne aujourd’hui avant même que le PAE ne se mette en place ; son programme hôtelier, ses surfaces et principes architecturaux ont donc été définis avant les autres projets. Le futur complexe hôtelier s’inscrit dans la continuité du premier via son maître d’ouvrage, la société d’asset development Redman ayant racheté le Seeko’o en 2013. Il en diffère cependant puisqu’il sera exploité sous pavillon Radisson Blu.

 

 

Son identité architecturale s’appuie sur un « exosquelette habité qui dialogue avec le genius loci ». En béton et acier, sa trame estompe l’effet d’empilement des cinq premiers niveaux. Hébergeant l’accueil, le bar et les services, le rez-de-chaussée est en retrait tout comme le 1er étage où se développe, entre autres, l’espace fitness et le spa. Ils s’abritent à l’arrière d’un mur-rideau en verre clair (pour les parties publiques) et en Emalit (pour celles techniques). Les loggias sur lesquelles donnent toutes les chambres – entièrement vitrées – des trois étages suivants sont habillées d’une résille métal spiralé anodisé bronze selon deux pas différents. En attique et derrière ses vitrages intégraux à menuiserie en aluminium anodisé naturel, le 5ème étage offre un deck périphérique en belvédère urbain de 1500 m2 au centre de séminaires et au restaurant l’investissant. En guise de cerise sur le gâteau, un « sucre* » – revêtu de cassettes métalliques irisées – coiffe le tout. Ces trois niveaux supplémentaires regroupent les suites de ce quatre étoiles de 125 chambres. Un golf miniature de neuf trous occupe la grande toiture-terrasse du 6ème étage.

Mais ce que ne révèle pas vraiment l’architecture, c’est l’existence du parking suspendu sur trois niveaux (2ème/4ème étages) au cœur du bâtiment dont l’isole acoustiquement deux dalles de béton de 20 cm d’épaisseur. Seule trahit sa présence la rampe venant scarifier la façade du socle côté rue Lucien Faure. La vêture en inox poli miroir de sa sous-face miroite le dais qu’elle engendre pour l’accueil et qui capte étrangement les mouvements de la circulation alentour.

De même, aucun édicule technique ne vient perturber l’attique et le couronnement du sucre. Toutes les gaines ont été regroupées dans l’épais plénum du parking. Le dispositif a bénéficié de l’alimentation de l’hôtel par le chauffage urbain.

 

*Inaugurées sur le Bassin en 1925, les raffineries sucrières de Say ont définitivement fermé en 1978.

 

 

Maîtrise d’ouvrage Redman

Maîtrise d’œuvre Atelier d’architecture King Kong, Jean-Christophe Masnada (chargé d’affaire), Flora Beth (chef de projet)

BET Structure Terrell

BET fluides Sinteo

BET Acoustique Gamba Acoustique

Éclairagistes Les Eclaireurs

Surface 9900 m2  SDP

Coût travaux HT  15,5 M€

 

Retrouvez l’article intégral sur l’hôtel Radison Blu**** au sein du numéro 96 du magazine Archistorm, daté mai – juin 2019 !