À deux pas de la place des Fêtes, au cœur d’un tissu urbain dense du 19e arrondissement de Paris, l’ancien lycée Jean Quarré, abandonné depuis plusieurs années, trouve une nouvelle vie. Sous la plume de l’agence associer, ce bâtiment des années 1970 renaît pour accueillir un programme unique en son genre : la Médiathèque James Baldwin et la Maison des réfugiés. Un projet à la croisée des mondes, entre culture, solidarité et écologie.
La réhabilitation, pensée avec soin, conserve la structure d’origine – poteaux, poutres et dalles en béton armé – mise à nu, nettoyée, désamiantée. Ce squelette moderniste devient le socle d’un projet à haute valeur symbolique. Les éléments déconstruits ont été réemployés in situ, notamment pour l’aménagement du parvis. Le bâtiment devient sa propre carrière, dans une logique circulaire assumée.

La Médiathèque, qui porte le nom du romancier et poète afro-américain James Baldwin, intègre un pôle dédié à l’accueil du public sourd. Elle propose également un espace de coworking, une salle polyvalente et de vastes lieux de lecture baignés de lumière naturelle. À ses côtés, la Maison des réfugiés, pilotée par Emmaüs Solidarité et l’association Singa, accompagne les personnes exilées dans leur parcours d’intégration : cours de français, ateliers de cuisine, aide aux démarches, moments de rencontre.
Les deux entités sont reliées par un volume vertical remarquable, surnommé « le lien », construit en bois et terre coulée. Cette structure bioclimatique non chauffée abrite une cage d’escalier et se pare d’une mantille de bois pré-grisé, véritable filtre solaire qui confère son identité au projet. Visible depuis la sortie du métro, cette tour-patio signale la présence d’un lieu ouvert, protecteur et audacieux.
L’ensemble repose sur des choix constructifs engagés : bois massif, linoléum, fibres végétales, panneaux acoustiques en lin, terre issue des déblais du Grand Paris… Rien n’est laissé au hasard. Le confort d’usage est optimal grâce à la ventilation naturelle, à la lumière traversante et à la régulation passive des températures. Les menuiseries intègrent brise-soleil orientables, persiennes et dispositifs de surventilation nocturne.
Le jardin central, les toitures végétalisées, les hôtels à insectes et les revêtements clairs participent à une stratégie globale contre l’îlot de chaleur urbain. L’eau de pluie est récupérée, les sols désimperméabilisés, les essences végétales choisies pour leur adaptation locale. Le projet anticipe les exigences du futur PLU bioclimatique parisien, et atteint déjà le niveau BBCA (bâtiment bas carbone) et le label BDF or.

Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : dcpa/Samo, DAC, DSOL (Ville de Paris)
Architectes : associer (atelierPhilippeMadec)
Surface : 4 406 m2
Programme : Équipement public culturel et social
Budget : 17,5 M€ HT
Par la rédaction
Tous les visuels sont de © Pierre-Yves Brunaud
— Retrouvez l’article dans archistorm 134 daté septembre – octobre 2025

