Du 23 septembre au 11 octobre 2026, le Festival Georges revient à Rennes pour une troisième édition placée sous le signe de la nuit. Expositions, conférences, parcours urbains, cinéma et ateliers invitent à découvrir ce que l’obscurité révèle de nos architectures, de nos villes et de nos manières de les habiter.

Quand le jour s’efface, la ville change de rythme, de visage et d’usages. C’est ce territoire nocturne que le Festival Georges a choisi d’explorer pour sa troisième édition. Organisé par la Maison de l’Architecture et des espaces en Bretagne (MAeB), le rendez-vous rennais entend rendre la culture architecturale accessible au plus grand nombre en la faisant dialoguer avec l’art, la photographie, le cinéma ou encore la musique.

After Party, La Nuit, Aveyron, 2018 © François Prost

Au cœur de cette édition, l’exposition « La nuit pour matière » rassemble photographie, peinture, bande dessinée, installation et maquette autour des liens entre architecture et nuit. Elle prend place dans un lieu lui-même exceptionnel : l’ancienne Halle du Bon Marché, au 6 place de Bretagne, fermée au grand public depuis plus de cinquante ans et temporairement investie par le festival.

Autour de cette exposition se déploie une programmation à travers Rennes : tables rondes, ateliers et parcours nocturnes, notamment dans le quartier du Colombier et l’ancienne prison Jacques-Cartier. Autant de formats pour observer ce que la nuit fait à l’architecture — mais aussi ce que l’architecture fait à la nuit.

© Gwendal Le Flem/Festival Georges

Entretien

Le Festival Georges est devenu en quelques éditions un rendez-vous de la culture architecturale. Quelle était votre ambition au départ, et comment a-t-elle évolué ?

Le Festival Georges est né de l’envie de quelques architectes de créer un espace commun pour partager leur passion à toutes et tous. La culture architecturale fait face à de nombreux a priori de la part du grand public alors qu’elle structure le quotidien, et le Festival Georges permet d’aborder le sujet d’une autre façon. Rendre la discipline intelligible et désirable, la faire redécouvrir avec un œil neuf, c’est précisément ce qui nous anime. Notre but reste le même, mais cette nouvelle édition se démarque un peu des précédentes avec une exposition collective pensée pour regarder l’architecture à travers l’art. Cette exposition a été conçue pour être itinérante, avec l’ambition de la faire circuler en Bretagne dans le cadre des actions de la MAeB.

Cette année, le festival explore le thème de la nuit. Pourquoi ce choix, et que révèle-t-il de notre manière d’habiter et de percevoir la ville ?

Nos premières réflexions ont été nourries par des écrits du philosophe Michaël Foessel et des travaux du géographe Luc Gwiazdzinski. Ce dernier nous fait d’ailleurs l’honneur d’ouvrir le festival avec une conférence organisée avec le Bureau des Temps de Rennes Métropole. La nuit constitue quelque part un angle mort de l’attention collective. Le thème de la nuit touche aussi à des enjeux contemporains avec les temporalités de la ville, les usages nocturnes, la pollution lumineuse… Le festival ne prétend pas épuiser le sujet, mais il ouvre une porte pour s’interroger et y réfléchir. Regarder autrement l’architecture demande le même temps d’accommodation que nos yeux dans l’obscurité, un temps pour que la vue s’ajuste.

Le festival mêle architecture, art, cinéma, photographie, installations et débats. Pourquoi est-il important de croiser ces disciplines pour parler d’architecture ?

La photographie, le film, l’installation, la peinture au sein de l’exposition restituent une expérience vécue et sensible de l’architecture. Les artistes s’intéressent au monde qui les entoure, et l’architecture en fait partie ! Un ciné-concert pourrait sembler inattendu pour aborder la discipline, c’est pourtant ce que propose la programmation avec une séance organisée en partenariat avec le festival Close-Up et la Cité de l’architecture et du patrimoine. Les tables rondes et parcours urbains offrent une autre entrée avec la parole, les récits. Ce dialogue entre disciplines nourrit le propos. L’architecture est perméable, ces différentes entrées permettent à chacun d’y trouver son chemin.

Les questions environnementales, sociales et culturelles traversent aujourd’hui tous les projets architecturaux. Comment le Festival Georges s’en empare-t-il sans tomber dans un discours uniquement théorique ?

Nous ne traitons pas ces questions comme des thèmes à cocher. Elles s’incarnent dans la programmation plutôt que dans un discours surplombant. Chaque œuvre, chaque rencontre porte un enjeu contemporain à sa manière, sans qu’on ait besoin de l’annoncer comme tel. Le festivalier perçoit d’abord une image, une histoire, une ambiance, un échange, et la réflexion vient ensuite, par ricochet. C’est cette porte d’entrée sensible, plutôt qu’un exposé théorique, qui permet à ces questions de rester vivantes et de toucher un public large.

Le festival investit différents lieux de Rennes. En quoi le choix des sites participe-t-il à l’expérience proposée et au regard porté sur la ville ?

Le 6 place de Bretagne est l’épicentre de cette édition. Sa façade voit défiler des passants, mais peu connaissent l’histoire du lieu. Le chantier de rénovation se fait le temps d’une parenthèse, une expérience immersive, un moment suspendu où l’exposition s’installe. D’autres sites complètent le parcours : l’Arvor, le 360, la salle de la Cité, l’ancienne prison Jacques-Cartier, le quartier du Colombier et celui de la Binquenais. L’occasion de faire découvrir des lieux méconnus à certains publics, et de croiser un bout de la programmation pour les habitués de ces lieux.

Vous vous adressez autant aux professionnels qu’au grand public. Comment construit-on une programmation qui reste exigeante tout en étant accessible à tous ?

L’exigence et l’accessibilité ne s’opposent pas. L’exigence trouve sa place dans le propos, et l’accessibilité dans l’approche. La programmation, notamment l’exposition, offre plusieurs niveaux de lecture, à la manière d’un conte qui se comprend différemment pendant l’enfance puis à l’âge adulte. Tout le monde peut y trouver un intérêt, peu importe son âge, son expérience, ses connaissances.

On espère que chaque participant repartira avec un fragment du festival en tête, un détail, une phrase, ou même une impression, qui viendra alimenter ses propres réflexions sur l’architecture.

Selon vous, quels sont aujourd’hui les grands sujets qui traversent la jeune génération d’architectes et que le festival cherche à mettre en lumière ?

La transition écologique traverse aujourd’hui les jeunes générations d’architectes, et plus largement l’ensemble de la population. La nuit devient, en période de canicule, un espace-temps précieux. Architectes et urbanistes doivent s’emparer de ces îlots de fraîcheur nocturnes.

Les temporalités et les usages occupent aussi une place croissante dans les réflexions actuelles, l’intérêt porté à la chronotopie et les travaux qui s’y consacrent en témoignent. C’est ce que nous venons interroger, avec la thématique de la nuit, mais aussi avec l’installation de l’exposition dans un lieu lui-même en transition.

Avec l’exposition La nuit pour matière et l’ensemble de la programmation, nous souhaitons aussi offrir un instant d’évasion, de poésie, quelque chose de sensible qui rappelle que l’architecture, avant tout, se vit et se ressent.

 

Festival Georges
Du 23 au 11 octobre 2026
Rennes

Découvrir le festival : georges-festival.com

Texte : La Rédaction
Visuel à la une : © Gwendal Le Flem/Festival Georges