Ville portuaire, militaire et balnéaire, Toulon a-t-elle su entraîner l’ensemble de sa région dans une mutation urbaine salvatrice lui permettant désormais de faire rayonner toutes ses couleurs sans craindre l’ombre de Marseille ?

Sortant de l’image de « Petit Chicago » du Var qui lui collait à la peau, le territoire toulonnais attire les projecteurs du monde de l’urbanisme grâce à sa stratégie de préservation foncière et de gestion de l’eau, au soutien et au développement d’une économie locale et à une attractivité touristique retrouvée. Ancienne trublionne du Sud, la région semble être parvenue à conjuguer ses atouts au présent et au futur sous l’impulsion d’une vingtaine d’années de rénovation et d’aménagement du territoire.

De l’humilité militaire au patrimoine révélé

Face à la mer, dos à la montagne, la capitale économique du Var disposait d’un capital naturel unique mais son histoire, intimement liée à la Marine Royale et à la stratégie militaire, a finalement longtemps invité Toulon et ses environs à vivre cachés, laissant à Marseille, Nice et Aix-en-Provence tout le loisir de parler fort.

Le territoire métropolitain de Toulon a initié un profond changement de ton depuis les vingt dernières années. Plus question de se taire, le temps est venu d’assumer la capacité de toute une région à concilier rayonnement, attractivité et secret militaire.

Si Toulon abrite toujours 70 % de la flotte française et demeure le premier port militaire de Méditerranée, c’est l’ensemble du patrimoine rural, économique et culturel de la région qui prend la parole pour souligner son attractivité, mis en confiance par un aménagement du territoire réussi. « Depuis plus de vingt ans, de grandes restructurations ont été menées sur l’ensemble de notre territoire métropolitain grâce à une politique d’aménagement volontariste travaillée main dans la main avec l’ANRU et le NPNRU (Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain). Une dynamique est enclenchée et se poursuivra pour un territoire agréable à vivre, lisible et visible », souligne Boris Bernabeu, Directeur général adjoint de la Métropole de Toulon Provence Méditerranée.

Un travail important de valorisation du territoire a également été mené, notamment via l’accueil de tournages, comme celui de la série Tom & Lola à La Seyne-sur-Mer, pour faire rayonner le secteur par les contenus. « Cette stratégie rejaillit sur l’image du territoire, son développement économique et touristique au même titre que le développement d’une économie en lien avec l’innovation et la défense nationale ou encore la Villa Noailles basée à Hyères », explique-t-il.

Rénovation de l’Opéra de Toulon, redynamisation et végétalisation des centres-villes de La Garde ou d’Ollioules, futur quartier culturel de La Noria, rénovation de la corniche de Tamaris à La Seyne-sur-Mer, naissance de l’écoquartier Chalucet à Toulon, figurent en bons exemples d’une vitalité retrouvée. Récompense de tous ces efforts, la Métropole a gagné plus de 15 000 habitants en moins de six ans.

Rénovation du plafond de l’Opéra de Toulon, Métropole Toulon Provence Méditerranée, Toulon, France © Métropole TPM

Développer mais préserver

« Vivre caché » pendant tant d’années a permis à la Métropole de s’appuyer sur un territoire encore assez préservé composé de zones agricoles dédiées à la culture de la vigne, des olives ou des fleurs coupées, ou encore d’éco systèmes protégés comme le Parc National de Port-Cros.

La Métropole semble avoir pris le parti d’un développement économique maîtrisant la question du foncier sur le temps long. Pour cela, elle privilégie l’outil des Zones d’Aménagement Concerté et bénéficie d’un grand poids décisionnel des communes pour des projets anticipés.

« Notre fil conducteur est le développement durable. Nous avons entamé une phase globale de végétalisation et de désartificialisation des centres-villes et des écoles. Nous souhaitons en effet déployer un territoire à taille humaine en capacité d’accueillir longtemps des populations par la qualité de vie, et en structurant une offre d’enseignement supérieur en phase avec les besoins du territoire et de son écosystème d’entreprises », indique Boris Bernabeu.

Symbole de ce renouveau souhaité, l’écoquartier Chalucet a pris place en 2020 au cœur de la ville haute de Toulon. Bâti sur un ancien site hospitalier, il accueille le jardin botanique Alexandre Ier, des écoles de renom parmi lesquelles l’École d’Arts de Toulon (Esad), figure de proue d’architecture brutaliste signée Corinne Vezzoni, une médiathèque, un lieu d’exposition, une pépinière d’entreprises et des habitations. À l’angle de l’avenue de Besagne et de la rue Laindet-Lalonde, 11 immeubles vacants et délabrés entament un grand lifting pour accueillir en 2027 près de 40 logements. Même la célèbre Place d’Armes de la ville se refait une santé et présentera un tout autre visage en 2027.

Écoquartier Chalucet, Corinne Vezzoni & associés, Toulon, France © Métropole TPM

Depuis 2022, un projet de renouvellement urbain d’intérêt régional (PRIR) a en effet été lancé par la Métropole de Toulon Provence Méditerranée. L’objectif ? Transformer en profondeur les centres-villes de Toulon et de La Seyne-sur-Mer, en intervenant sur l’habitat, l’aménagement urbain (mobilité douce, renforcement de la nature en ville, apaisement des espaces publics) et les équipements publics. La Métropole entend faire de cette initiative un modèle en matière de lutte contre la surchauffe urbaine.

Vers une montée en gamme du territoire

Soutenu par les Jeux olympiques et paralympiques, le Tour de France et le 80e anniversaire du Débarquement de Provence, le Var a enregistré 83 millions de nuitées touristiques en 2024. Un record absolu, qui lui permet de rester en tête des départements les plus visités devant Paris. Le terroir de Bécaud et Raimu est-il pour autant dans le sillon de Saint-Tropez et son tourisme toujours plus exclusif ? Le développement de huit nouveaux établissements 5 étoiles, tels que l’hôtel Zannier sur l’île de Bendor (île de la famille Ricard) attendu pour mai 2026, pourrait le faire penser. En quatre ans, la région toulonnaise a su attirer l’attention des investisseurs tant et si bien qu’elle est passée de la 11e à la 7e place sur le marché de l’immobilier.

« Si Toulon demeure une ville industrielle grâce à la présence de grands groupes et de fleurons de l’industrie comme Naval Group, la ville est de plus en plus sympathique grâce à une rénovation urbaine qui porte ses fruits. Il existe une demande assez forte de projets hôteliers de la part des investisseurs sur les territoires littoraux comme Toulon, Sanary ou La Seyne-sur-Mer, encore relativement vierges et sans doute un peu moins chers en termes de foncier. Nous assistons en effet à une sensible montée en gamme », admet Sylvie Bergeret, Directrice d’études du groupe MKG.

Dès 2020, l’arrivée de l’Eautel – 4 étoiles signant la première échappée du groupe èhôtels hors de la région lyonnaise – ou encore d’un Okko Hotel, enseigne novatrice, présageait d’ores et déjà un changement de statut de la ville balnéaire. Auparavant région de passage, le Var toulonnais est désormais devenu une destination à part entière, forte d’une saisonnalité limitée, attirant dorénavant les touristes américains.

Cependant, Toulon et sa région semblent plutôt miser sur un tourisme maîtrisé, ancré dans son terroir, en favorisant l’installation d’hôtels de tailles intermédiaires comme le futur Mama Shelter qui prendra place dans l’ancien évêché en 2028. Un hôtel spa Marriott devrait également voir le jour dans la requalification urbaine et paysagère d’un périmètre de 44 hectares dans la rade de Toulon, menée par Snøhetta, Corinne Vezzoni & associés et HYL.

Port de Toulon, Snøhetta, Toulon, France © Snøhett

En créant un Office du tourisme intercommunal, associant 12 communes et des professionnels du secteur, le territoire souhaite adopter une approche transversale pour travailler une attractivité touristique répartie de manière cohérente sur l’ensemble de la région. « Il s’agit de pacifier le tourisme sur un territoire préservé en travaillant la dé-saisonnalité », conclut Boris Bernabeu.

Redynamisation des centres-villes et renforcement des filières

Cette montée en gamme du territoire est également servie par un développement économique certain, favorisé par non moins de 5,7 millions d’euros investis par la Métropole Toulon Provence Méditerranée, afin de renforcer les filières implantées sur le territoire et encourager l’innovation et l’entrepreneuriat.

Livré en 2027, le projet du futur site de Naval Group dédié aux drones et armes sous-marines, en cours de déploiement à La Londe-les-Maures et signé Patriarche, vient immédiatement à l’esprit par son gigantisme et son potentiel d’entraînement économique. De nombreuses autres opérations sont toutefois également à l’œuvre, que ce soit via la redynamisation des centres-villes ou le développement de nouveaux parcs d’activité.

En novembre, la transformation du centre ancien de Toulon, classé Quartier prioritaire de la ville, est notamment citée en exemple dans le rapport ministériel sur l’avenir des commerces de proximité. La future zone d’activité concertée Varecopole, confiée à la SAGEP, devrait accueillir production, artisanat, services, hôtellerie, restauration et logements sur 54,6 hectares de la communauté de communes Cœur du Var.

En 2038, l’arrivée du nouveau porte-avions actuellement en construction à Saint-Nazaire redessinera une nouvelle fois l’Arsenal de Toulon.

Il y a vingt ans, une dynamique a été enclenchée dans la région et ne semble pas près de s’arrêter.

Par Annabelle Ledoux
Couverture : Écoquartier Chalucet, Corinne Vezzoni & associés, Toulon, France © Lisa Ricciotti

— Retrouvez l’article dans Archistorm 136 daté février – mars 2026