TRIBUNE LIBRE ARCHITECTURE I PLAIDOYER POUR UNE ARCHITECTURE « VIVANTE », ÉDOUARD BETTENCOURT ET MALIK LEMSEFFER, STUDIO BELEM

TRIBUNE LIBRE ARCHITECTURE

PLAIDOYER POUR UNE ARCHITECTURE « VIVANTE », ÉDOUARD BETTENCOURT ET MALIK LEMSEFFER, STUDIO BELEM

Fondé en 2017 par Édouard Bettencourt et Malik Lemseffer, Studio Belem opère dans les champs de l’architecture, du design et de la recherche. Son activité se développe principalement entre Paris et Casablanca. La double culture franco-marocaine, ainsi que les nombreuses expériences de Belem à l’étranger constituent un des piliers de son identité.

Édouard Bettencourt et Malik Lemseffer © Iris Guy

La crise du coronavirus doit nous apprendre à replacer le vivant au cœur de l’architecture. Les villes doivent se réinventer en tirant leçon des expériences passées.

Les mutations sociétales avec, entre autres, l’émergence de nouveaux types de foyers (colocations, familles recomposées, etc.) et la crise sanitaire ont bousculé (et bousculent encore !) nos habitudes, nous invitant à repenser nos espaces de vie. Nous proposons de retrouver un rapport au sol, à la terre et au collectif en créant des « expériences communes ». C’est dans le concept d’une architecture « vivante » que nous trouvons une réponse possible à cet appel au changement.

Vivante, parce qu’elle est le support « d’expériences communes ». Ces expériences communes supposent la mise en place de nouveaux modèles d’habitat collectif, capables d’enrichir notre cadre de vie futur. Leur objectif : créer du « commun », être support d’expériences entre les habitants et renouer avec la nature au sein des bâtiments. Les derniers confinements et toutes les règles de distanciation sociale ont permis à chaque citadin de mesurer l’importance de ces échanges et de ce partage, ainsi que le besoin de vivre dehors, en lien avec la nature. L’architecture doit désormais l’intégrer. Elle ne peut plus empiler des appartements individuels sans réfléchir aux espaces communs qui vont les lier. Plusieurs dispositifs peuvent devenir le support de ce besoin collectif. Des espaces extérieurs partagés (toitures, terrasses, jardins) peuvent devenir des lieux de rencontre. La mise en place de programmes inclusifs (ateliers, espaces de sport en plein air, crèches communautaires…) peut également relayer ces échanges entre habitants.

Ces « expériences communes » sont également possibles par l’avènement du « bâtiment fertile », un modèle alliant biodiversité, espace productif et bien-être. Il permet de répondre aux trois enjeux du développement durable à l’échelle du bâtiment : économique, via un modèle résilient ; social, via la création d’un lieu de vie inclusif ; environnemental, via la mise en place d’économies circulaires. L’agriculture urbaine, le paysage, la transformation, vente et consommation de produits locaux et, enfin, l’animation et la formation pour l’éveil d’une conscience écologique commune sont autant d’outils que les architectes peuvent utiliser pour mener à bien ce concept nouveau.

Inauguration de l’exposition à la galerie Archilib, l’espace d’exposition des bureaux de Bookstorming © Iris Guy

Vivante, parce qu’elle intègre et accompagne les usages mouvants de notre société. Aujourd’hui, la famille classique n’est plus dominante (environ un foyer sur deux), et le patrimoine bâti n’est plus en adéquation avec la diversité des groupes domestiques. Inspirés par la notion de foyers en mouvement, nous pensons une architecture flexible et modulaire pour les logements collectifs de demain. Les espaces sont pensés comme objets de libre appropriation par les personnes qui les habitent. Le but est d’offrir aux habitants la possibilité de développer de nouveaux usages, correspondant davantage à leurs habitus actuels : par exemple, faire du yoga dans un « salon réversible », transformer une chambre en atelier photo ou jouer de la musique chez soi…

C’est ainsi que nous avons pensé l’Aula Modula, un projet de logements collectifs que Studio Belem a élaboré cette année. Les pièces à vivre sont réversibles, hybrides, et s’adaptent à ces nouvelles exigences. Elles ne sont plus limitées à une seule fonctionnalité, mais sont des espaces disponibles, de taille égale, où les habitants ont le choix de programmer une diversité d’activités selon leurs envies et les exigences du quotidien.

Notre projet fait également le choix de s’affranchir de toute circulation dans les appartements, ce qui permet de connecter les pièces de vie les unes aux autres. Ce parti pris s’oppose au dessin des logements traditionnels dont les couloirs sont généralement surdimensionnés et constituent autant de mètres carrés inutiles et coûteux dans un marché tendu. Enfin, le projet centralise ses réseaux (gaines techniques et sanitaires) et utilise une structure suffisamment généreuse pour libérer et rendre réversibles les plateaux du bâtiment.

Les confinements successifs ont aussi fait émerger chez certains l’envie d’organiser leur activité professionnelle différemment. Beaucoup désirent travailler davantage chez eux, malgré de réels inconvénients comme le manque d’isolement acoustique entre les pièces ou le sentiment de solitude lors de longues périodes de télétravail. Pour pallier ces problématiques, l’Aula Modula fusionne bureaux et logements sans que l’une des fonctions dérange l’autre. Ces bureaux sont tous orientés sur cour et ont un accès direct à des terrasses collectives. Selon les usages et les temporalités, chacun a le choix de relier sa « chambre de travail » au reste de l’habitat ou de l’en isoler, en l’orientant uniquement vers la « cour active ».

Exposition « Aula Modula un nouveau monde : modularité et flexibilité dans le logement de demain » à la galerie ArchiLib du 4 juin au 23 juillet 2021, avec le soutien de l’ESA et Immobel. 

 

 

Visuel à la une L’Aula Modula et ses ouvertures sur la ville © Studio Belem

Retrouvez la tribune libre de Bellem, plaidoyer pour une architecture « vivante » dans le daté juillet – aout d’archistorm