Tribune : L’inspiration Naturelle – Steven Ware

Né à Londres, élevé en Jamaïque, Angleterre et Canada, Steven Ware travaille à Paris depuis 1998. Diplômé de l’Architectural Association à Londres et en biologie de l’Université de Western Ontario, il dirige avec Bruno Caballé l’agence parisienne d’Art & Build depuis 2007. Une série de projets majeurs tels que le siège du Groupe Chèque Déjeuner (lauréat du MIPIM Award en 2011) et celui de Thales Communications and Security (nominé aux Awards SIMI en 2012) ont permis à l’agence de s’imposer en matière de développement durable, intégrant des principes bio-adaptatives innovants. Récemment lauréat d’un concours Porte d’Ivry, le cabinet réalisera un des premiers immeubles multi-étages en bois massif à Paris. Steven a publié plusieurs ouvrages ayant trait à l’architecture et à la gastronomie, il travaille actuellement

Texte : Steven Ware

La façon dont les architectes s’inspirent de la nature m’a toujours fasciné. J’ai commencé mes études en architecture avec un diplôme de biologie en poche, pensant qu’aucun lien n’avait encore été tissé entre les deux disciplines, mais le jargon biologique commençait déjà à fleurir dans la presse pour décrire tous types de projets architecturaux. À l’époque, le mot « organique » était en vogue, on s’en servait partout […] Pour les scientifiques, le monde était très clairement divisé en deux : « organique » ou « inorganique », en fonction de la présence, ou non, de molécules à base de carbone. Mais chez les architectes, rares étaient ceux qui choisissaient ce terme pour défendre leurs projets, leur mandat étant d’inventer plutôt que de reproduire un monde existant. Souvent, l’approche organique n’était qu’un trait de crayon pour habiller l’édifice, un geste facile pour camoufler l’objet. […]

Aujourd’hui, alors même que notre créativité est plus que jamais poussée par le pragmatisme, l’économie et l’urgence, le « biomimétisme » tend à s’imposer comme un passage obligé. Est-ce un mouvement, une mode, un style ? Depuis sa définition par Janine Benyus, le terme a attiré architectes et designers qui voient le monde naturel comme une ressource intellectuelle, une bibliothèque vivante de techniques physiques, inventées et testées par la nature, que nous pourrions intégrer dans nos projets. De la nouvelle étiquette biosourcé lancée par Certivéa au calcul Bbio préalable aux permis de construire, nous vivons aujourd’hui une sorte de bio-vague qui suscite autant d’enthousiasme que de malaise, car il faut se mettre en garde : bio n’est pas toujours synonyme de bon, et l’univers biologique peut être aussi violent que la technosphère que nous avons créée – la crise d’Ebola en est la preuve. […]

Altai, Incrustations photo-catalytiques dans la façade du siège d’Air France/KLM © Daniel Beres

Et ne pratiquons-nous pas déjà, sans le savoir, une sorte de biomimétisme. Notre compréhension du monde naturel a bien évolué, nous sommes conscients de sa complexité à tous les niveaux, et, pour chaque projet, un premier arsenal de bio-data est proposé aux architectes – analyse de l’exposition du soleil, de l’hydrologie du site, de la biodiversité – nous rappelant que la nature est le contexte dans lequel nous intervenons. […] Les études techniques – telles que la performance de la façade – s’inscrivent dans une démarche biomimétique et l’analyse du cycle de vie des composants – empreinte carbone induite par la production, mise en oeuvre, remplacement programmé et démontage du bâtiment – est l’extension d’une analogie biologique évidente. […]

Depuis peu, le label « bioressourcé » s’aligne aux côtés des multiples enseignes déjà en concurrence. Pourquoi ce nouveau label ? Car nous avons besoin d’une nouvelle prise de conscience et d’une prise de position par rapport aux matériaux, besoin d’aller au-delà du green pour impacter sérieusement à l’échelle des changements climatiques.
Alors, où allons-nous ? Jusqu’où serions-nous capables d’adopter ces attitudes biomimétiques que la réalité économique même nous impose à coups de labels de mieux en mieux informés ? Quelle définition du champ « organique » pourrions-nous donner aujourd’hui en tant qu’architectes ?

Campus Biot, Cycles de vie – Analyse des cycles de vie d’un campus de logements et bureaux, et vue en perspective © Art&Build / QuickiT

 

Retrouvez l’intégralité de cette tribune dans le n°69 d’archiSTORM