ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR : INDIA FABRIQUE SON CINÉMA

ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR

INDIA FABRIQUE SON CINÉMA

India Mahdavi voulait réaliser des films. Elle se lança dans la vie active avec une foison de diplômes — architecte DPLG, design industriel, graphisme, mobilier —, non ceux désirés au départ. Fritz Lang était bien architecte, lui ! Le cinéma reviendrait forcément un jour.

Elle fit ses premières armes aux États-Unis. Elle y prit la mesure du cloisonnement qui régnait à l’époque au cœur du métier d’architecte. Elle bifurqua vers l’architecture d’intérieur, chez Christian Liaigre à Paris. Elle y devint directrice artistique. Elle pouvait, là, construire autour d’un objet.

En 2000, elle lance son propre studio de création, où l’équipe constituée œuvre sur des projets d’hôtels, de restaurants, résidences privées et scénographies à travers le monde, avant d’ouvrir son showroom en 2003, espace où sont montrées des créations de mobilier made in France et signées, puis, en 2011, une boutique consacrée aux petits objets où hommage est rendu aux savoir-faire artisanaux du monde entier ; enfin, en 2020, elle inaugure Bellechasse, lieu d’expression libre.

« Aujourd’hui, je raconte des histoires comme au cinéma, dit-elle, avec une équipe, des designers et des architectes d’intérieur, en tout une vingtaine de personnes, et ce à partir d’une matériauthèque fournie et charnelle qui inclut toutes sortes d’essences de bois, des velours et des céramiques classées par couleurs. J’ai constitué une bibliothèque de formes qui m’inspirent, une photothèque personnelle consignée dans des dizaines de classeurs, comme un carnet de croquis de tout ce que je vois et qui m’inspire. Je commence un projet en assemblant des images comme pour un moodboard. C’est le point de départ pour construire l’identité d’un lieu. En fait, ils sont de véritables story-boards qui racontent une atmosphère. »

Ladurée Tokyo Aoyama – © Gorta Yuuki

Sa série de réalisations pour Ladurée (Genève 2016, Los Angeles 2017, Tokyo 2018) est basée sur l’idée d’un jardin des délices dont la muse n’est autre que Marie-Antoinette. Le résultat parle de gourmandise, de manière onirique. Ces réalisations correspondent à une époque gourmande débutée en 2014 par le fameux restaurant de Londres The Gallery at Sketch, le plus « instagrammé » au monde. Ici, 140 couverts baignés dans le rose, des fauteuils Charlotte et la lampe Don Giovanni. Marco Ferreri et Sofia Coppola auraient été fous de joie de tourner dans ce lieu où l’imaginaire part de l’emblème culturel pour se déployer dans un espace-temps : « J’avais besoin de fraîcheur dans ce lieu cubique et monumental. Il me fallait le traiter de manière radicale, voire pousser à la propagande ! » — de l’hyper féminin en résistance à une société dans laquelle majoritairement l’homme décide… Le lieu part de la rencontre incroyable avec son commanditaire, Mourad Mazouz. Monochrome, il se vit comme une expérience immersive en écho aux 250 dessins de l’artiste David Shrigley qui tapissent les murs.

The Gallery at Sketch – © Rob Whitrow

Un rapport unité-multiplicité caractérise la personnalité hors normes d’India Mahdavi. D’origine irano-égyptienne, à l’éducation américaine et européenne, elle a voyagé, enfant, dans le monde entier. Ce parcours a forgé son caractère unique, lui a donné la faculté d’écouter l’autre dans sa diversité, de le comprendre vite, de s’adapter aux cultures, aux situations. Ses aptitudes ont constitué un tempérament à part, apte à imaginer des lieux à partir de l’histoire, et ce à travers la planète entière. Actuellement, à la suite du confinement, elle constate que travailler en « visio », sorte de tunnel dans l’espace-temps, lui permet de ne faire que la moitié des voyages, de gagner en concentration, pour que s’exprime toute la palette qu’elle a au fond d’elle, qu’elle choisisse les outils les plus adaptés pour mener à bien son œuvre de l’espace à l’objet : couleur, graphisme, forme, spatialité, lumière, textures.

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Texte Anne-Charlotte Depondt
Visuel à la une Collection jardin intérieur India Mahdavi manufacture Cogolin 2018 © India Mahdavi

Retrouvez l’intégralité de la rubrique Architecture d’intérieur sur India Mahdavi dans le daté septembre – octobre 2020 d’Archistorm