Bibliothèque Alexis-de-Tocqueville à Caen

L’OMA, avec Clément Blanchet et Barcode Architects

Par Tristan Cuisinier
Photos par Antoine Cardi

La communauté urbaine Caen-la-Mer a engagé une vaste opération de revitalisation urbaine de sa presqu’île industrialo-portuaire, et la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville fait figure de catalyseur urbain essentiel. Un ouvrage signé par l’OMA et ses associés qui, mêlant high-tech et génie civil, ont cherché à repousser les limites du programme et du règlement d’urbanisme…

Les bibliothèques et médiathèques sont-elles condamnées par la dématérialisation des supports d’accès à la culture ? (…)

Face au numérique, les maîtres d’ouvrage et les architectes tentent de casser les « codes institutionnels » des bibliothèques et des médiathèques d’hier, dans lesquels les longs linéaires de rayonnage constituaient la toile de fond des salles de consultation. Clément Blanchet, associé de l’OMA jusqu’en 2014, affirme ainsi que le projet de la bibliothèque de Caen avait pour objectif de « fabriquer autre chose qu’un simple lieu de conservation et de lecture des livres ». Pour l’architecte (…), « il fallait générer du plaisir, créer une infrastructure multiple pour la ville, avec plusieurs activités possibles ». Cette entreprise de « dédramatisation de l’institution » s’est appuyée sur la programmation d’un café-restaurant, d’un auditorium et d’un espace d’exposition en rez-de-chaussée. À l’étage, elle a pris corps dans une salle de lecture unitaire et spectaculaire : un vaste plateau de 2 500 m2, imaginé comme un salon urbain, un lieu de vie et d’échange sans un seul poteau où, selon son humeur, le public peut vaquer d’un domaine culturel à l’autre, du roman au manga. (…)

Plan masse © OMA avec Clément Blanchet, Barcode
Plan du R+1 © OMA avec Clément Blanchet, Barcode

« Le projet de la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville est un travail sur la dualité du plein et du vide », analyse Francisco Martinez. Et l’architecte de l’OMA, qui a suivi le chantier du début à la fin, de préciser que les détails, eux-mêmes, héritent de ce concept : « Au R+2, à l’étage des bureaux et des enfants, traité comme une partie pleine du bâtiment, les menuiseries épaisses et rapprochées des façades clôturent les espaces. Au RDC, les faux plafonds en métal déployé laissent entrevoir les équipements techniques des plénums. À l’inverse, au R+1, tous les réseaux sont peints en noir et camouflés derrière les tôles perforées des plafonds démontables pour affirmer les limites du grand vide de la salle de lecture. » (…)

Grande salle de lecture : des vitrages bombées de 6 m de haut

Question à Clément Blanchet, architecte

Le programme prévoyait une bibliothèque organisée en quatre pôles de connaissance (arts, sciences humaines, littérature, sciences et techniques), « reliés par des passerelles ». Pourquoi avez-vous choisi de regrouper ces départements dans un espace unique ?

Clément Blanchet : L’idée était de faire confiance à l’intuition du lecteur, lui permettre de se perdre et de découvrir des domaines qui lui sont étrangers. Bref, de créer un lieu de hasard et de rencontre. La salle de consultation est continue, mais chaque branche de la croix accueille un pôle de connaissance avec des scénographies spécifiques aux extrémités : des gradins de lecture pour la littérature, des boîtes imbriquées pour les arts, un cabinet de curiosités pour les sciences humaines et un écran courbe de projection pour le département des sciences et techniques. Nous voulions donner une dimension démocratique et sociale au projet. La clarté de la mise en relation des quatre pôles y participe. Au travers d’une architecture très simple, presque schématique, il y avait l’ambition d’accorder plus de liberté au public et d’accroître les possibilités d’occupation spatiale. Les bibliothécaires, par exemple, peuvent redéfinir la position du mobilier en fonction de leurs attentes, car il n’est pas fixé. Le plan d’implantation en quinconce des boîtiers électriques encastrés dans les planchers admet plusieurs configurations alternatives d’aménagement. Avec le même objectif de démocratisation et d’« universalité », nous avions prévu de donner une part importante au numérique. Certains meubles comportaient des écrans digitaux et il aurait été possible de scanner la couverture des ouvrages pour les emprunter sur tablette ou smartphone. Cette proposition encore en suspens nous a permis de faire admettre qu’il fallait mettre moins de livres physiques dans l’espace de consultation. En somme, qu’il était nécessaire d’accorder davantage de place à la lecture et au confort…

Gradins de lecture du pôle littérature


Fiche technique :
Maîtrise d’ouvrage : Communauté urbaine Caen-la-Mer
Architectes : OMA en collaboration avec Clément Blanchet Architecture et Barcode Architects
Ingénierie : EGIS Bâtiments
BET façades et HQE : Elioth
Acoustique : RHDHV
Scénographie : Ducks Scéno
Entreprises macrolot n° 2 : Zanello (gros œuvre),
Gagne (charpente et façades en vitrages bombés),
Seralu (façades courantes)
Surface : 11 700 m2 sdp
Montant des travaux : 39,65 M€

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le numéro archiSTORM #84 !