BIG EST AUSSI BEAUTIFUL

AIR DU TEMPS

Regards croisés sur une question clé

 

À travers le monde des exemples choisis montrent que l’adage miessien « small is beautiful » traverse avec conviction l’histoire de l’architecture moderne et contemporaine. Dans des paysages d’entrée de ville improbables, des bâtiments de logistique et de stockage XXL témoignent aussi par leur échelle et leur plastique d’une aptitude à réinstaller une quiétude esthétique sans pour autant nier une valeur de signal. Démonstration à Nice et à Metz avec les architectes Brochet, Lajus Pueyo et Bernard Desmoulin.

 

Terminal et centre de maintenance du tramway de Nice, Brochet Lajus Pueyo architectes

À l’entrée de l’immense secteur de la plaine du Var, en cours d’aménagement dans le cadre d’une opération d’intérêt national (OIN), les architectes Brochet, Lajus, Pueyo et leurs associés de l’agence In Situ Benaim sont intervenus près de l’aéroport de Nice. Lauréat d’un concours lancé par la métropole Nice Côte d’Azur, Ils ont construit un ensemble de 33 000 mètres carrés réunissant le centre de maintenance et d’exploitation des lignes 2 et 3 du tramway, un remisage de 33 rames et un parking relais de 715 places. Comparable par sa stature et sa fonction à celui réalisé en 2008 Marc Barani pour le terminal de la première ligne de tramway, cet ensemble procède de la scénographie urbaine autant que de l’architecture. Pour s’inscrire dans le paysage comme un nouveau signal à quelques centaines de mètres de l’aéroport de Nice, il magnifie ce qui relève des process en jeu dans ce type d’infrastructures logistiques.

« L’arrivée du tramway dans ce secteur initie un nouveau partage de l’espace public qui modifie profondément la physionomie d’un site délaissé sillonné par les voies routières au début de la plaine du Var », dit Emmanuel Lajus. « À l’ombre du stade Charles Hermann construit dans les années 1970, le terminal côtoie d’autres grands objets comme la salle de spectacles Nikaïa ou le marché d’intérêt national (MIN). Dans un tel contexte, il nous appartenait de créer une pièce urbaine d’entrée de ville. La circulation des tramways, la maintenance, le stationnement des véhicules en hauteur dans le parking, les accès piétons et l’espace public sont autant de fonctionnalités croisées qui contribuent à la définition d’une esthétique architecturale. »

 

Le centre de conservation et d’études de Lorraine, Bernard Desmoulin architecte

À l’issue d’un concours lancé par l’OPPIC pour le ministère de la culture, Bernard Desmoulin a implanté le Centre de conservation et d’études de Lorraine (CCEL) en lisière de route. Dans l’univers ingrat d’une zone d’activités métropolitaine, ce bâtiment qui s’étire sur une centaine de mètres de long s’affirme en quelque sorte comme le premier visible à l’entrée de Metz, là où un paysage est à reconquérir.

« Si l’édifice qui est un véritable coffre-fort tient aussi du hangar de stockage par son échelle et sa fonctionnalité, c’est également une boîte à bijoux qui se devait d’être aussi belle que les immenses trésors issus des fouilles et des collections qu’elle abrite », dit l’architecte. Fort de cette conviction, il a su donner à une construction aveugle et austère par nature un lustre qui traduit sa destination culturelle.

Sans déroger à la sobriété formelle et à un aspect brut qui puise aux sources des grandes constructions industrielles et rurales de Lorraine, il scande son architecture par des lignes d’or de 24 carats. « Au-delà d’une référence avouée aux inserts de mosaïque dorée du jardin de Carlos Scarpa pour la Fondation Querini Stampalia à Venise, ces lignes dorées verticales et horizontales sont une façon de donner un rythme en relation avec le paysage qui est offert aux automobilistes », poursuit l’architecte. La géométrie anguleuse de la toiture accompagne cet élan.

CCEL. Quand les lignes d’or flirtent avec la ligne jaune. Bernard Desmoulin architecte. © Agence Bernard Desmoulin

 

Texte : Christine Desmoulins
Visuel à la une : Mise en scène des fonctions techniques dans le parking à hélice autour de l’atrium où aboutissent tous les flux. Architectes Brochet, Lajus, Pueyo,  associés à In Situ Benaim. © Aldo Amoretti

Découvrez l’article “Air du temps” de Christine Desmoulins au sein du numéro 97 du magazine Archistorm, daté juillet-août 2019 !