LE LOGEMENT, DU SITE AUX TYPOLOGIES

DÉCRYPTAGE

AIR DU TEMPS

 

 

Grand sujet du moment, le logement fait la ville avec plus ou moins de difficultés. Certains architectes composent avec le patrimoine historique pour récréer un îlot urbain résidentiel, d’autres intègrent les préoccupations de l’habitat d’aujourd’hui en lisière d’un grand ensemble ou sur des terrains inondables jadis voués à l’agriculture puis à l’industrie. Avec Adam Yedid et Bruno Rollet retour sur trois expériences bien dans l’air du temps.

 

 

 

Adam Yedid, l’îlot Monnaie Gouverneurs à Bayonne

Après divers recours et de plusieurs permis de construire, Adam Yedid peut se féliciter d’avoir réussi à inscrire au cœur du plan de sauvegarde et de mise en valeur du Bayonne historique, l’écriture contemporaine d’un ensemble d’immeubles totalisant 8 000 mètres carrés et réunissant 71 logements, des commerces, des parkings et le centre d’interprétation du patrimoine.

 

Si ce nouvel îlot échappe aux habitudes d’une prudence française où le pastiche prévaut, c’est à Alexandre Mélissinos (+), architecte conseil du secteur sauvegardé qu’il le doit. Adam Yedid souligne aussi l’opiniâtré et l’esprit d’ouverture du maire de la ville et du promoteur Icade, qui ont tenu le cap à ses côtés et relevé le défi des enquêtes publiques.

 

Dans cette ville d’art et d’histoire, Alexandre Melissinos a su convaincre les élus des vertus d’une contemporanéité sensible sans déférence aux Monuments historiques. Outre la pertinence des règles qu’il avait édictées, sa décision d’ouvrir une nouvelle rue solutionne un problème foncier et facilite l’accessibilité vers la cathédrale. Il tenait aussi à instaurer une différenciation dans l’unité de l’îlot pour que les immeubles semblent conçus par plusieurs architectes.

 

Adam Yedid estimait pour sa part que « face à la cathédrale et au château vieux entre la rue des gouverneurs et celle de la Monnaie, le lieu domine la fonction, ce qui l’invitait à une conversation sans mimétisme ». Ceci n’exclut pas de puiser dans les ambiances de la ville pour réinterpréter ses débords de toitures, ses volumétries fragmentées et ses bow windows.

 

Sur la rue des Gouverneurs, le front de façade de deux immeubles laisse place à la nouvelle rue dont leurs angles épousent l’extrémité. Face au château vieux, une façade en pierre de Bidache noue le dialogue. L’immeuble en vis-à-vis s’accorde par son enduit teinté à une belle architecture des années 1930, œuvre des frères Gomez, talents reconnus de la modernité basque. Adossé à l’héberge de la rue Orbe, un troisième édifice tourné vers le mur romain dégagé, revisite une typologie locale avec des coursives distribuées par un escalier à claire voie, protégé par une verrière.

 

 

La même diversité prévaut dans l’échelle et l’organisation des logements qui offrent sur la ville ancienne des vues inédites. Certains bénéficient de prolongements extérieurs vers le jardin du cœur d’îlot sous lequel se niche le centre d’interprétation du patrimoine. Entre les rues des Gouverneurs et de la Monnaie, la nouvelle rue Aristides de Sousa Mendes ravive les cheminements piétonniers vers la cathédrale.

 

Inspiré par l’ambition du cinéaste Robert Bresson : « rien de trop, rien qui ne manque », Adam Yedid vise celle d’une pérennité paisible et harmonieuse. Mêlant la pierre, la colorimétrie des enduits, le métal et le bois de mélèze des coursives et des volets, c’est par sa simplicité, ses proportions et ses matériaux que le nouvel ensemble s’affirme.

 

 

 

Texte : Christine Desmoulins

Visuel à la une : ©Celia Uhalde

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