DOSSIER SOCIÉTAL I LES USAGES DU MONDE OU COMMENT PRENDRE SOIN DE NOTRE PLANÈTE

DOSSIER SOCIÉTAL

LES USAGES DU MONDE OU COMMENT PRENDRE SOIN DE NOTRE PLANÈTE

Penser et habiter le monde autrement, tel était le propos de l’exposition « Les usages du monde » réalisée par le centre d’architecture arc en rêve de Bordeaux et présentée à l’espace culturel Saint-Sauveur de Lille, en octobre et novembre derniers. Dans un contexte marqué par une nouvelle période de confinement, il est plus que jamais important de poursuive la fertilisation de ce terreau de réflexion sur l’état de notre planète. Les projets qui étaient exposés sont autant d’expériences éclairantes, toujours à l’œuvre, pour construire des alternatives sociales, environnementales, architecturales et agricoles.

Dans L’usage du monde, son récit de voyage publié en 1963 (à la Librairie Droz), l’auteur suisse Nicolas Bouvier proposait une brillante réflexion éthique sur une manière d’être au monde. Du sens du voyage au sens de l’habiter il n’y a qu’un pas : plus d’un demi-siècle plus tard, « Les usages du monde »1 étaient proposés dans une exposition présentée à l’espace Saint-Sauveur de Lille. Ancienne gare de marchandises de la capitale des Hauts-de-France, l’espace industriel de 2 000 m2, avec ses superbes voûtes en coques moulées et son ossature de béton armé laissées telles, offre de multiples possibilités de réemploi. On ne pouvait trouver de lieu plus adéquat pour entrer en résonance avec l’esprit de la manifestation. Cette dernière présentait 12 photographes, 13 installations et 35 projets, lesquels participent tous à des formes probantes de résilience et de résistance.

On retrouvait cette mise en écho par exemple à travers le projet du palais des Expositions de la ville de Charleroi, en Belgique (2015-2023), dessiné par les architectes de Vylder, Vinck et Taillieu et AgwA. L’ancienne bâtisse de béton, désaffectée depuis la désindustrialisation du bassin minier franco-belge, négocie un nouveau lien avec Charleroi en étant reconfigurée différemment. Transformé en centre de congrès, le lieu met à nu la structure de béton de son ancien hall d’honneur distribuant l’ensemble du complexe et qui accueille une grande place couverte connectée au centre-ville et fonctionnant comme un authentique espace public.

L’opération Granby Four Streets à Liverpool, par les architectes britanniques du groupe
Assemble et récompensée en 2015 par le Turner Prize © Assemble

Faire avec

Exploiter le « déjà là », raccommoder et faire avec, plutôt que démolir, préserver l’histoire, telle est encore l’idée sous-tendue par la réalisation à Liverpool de Granby Four Streets, par les architectes britanniques du groupe Assemble. L’opération, récompensée en 2015 par le Turner Prize, a été réalisée avec des habitants militant pour la sauvegarde d’anciennes maisons victoriennes porteuses de l’identité du quartier. La mise en place d’une copropriété novatrice aura permis de rendre accessibles à l’achat ces habitations remises à neuf à moindre coût, avec l’aide de la population et d’entreprises locales. Abordant toutes les dimensions, Granby Four Street est un projet social, architectural et économique qui questionne avec pertinence la condition de production de logements.

Le monde est-il devenu irrémédiablement immonde ?

L’équipe d’arc en rêve Bordeaux2 chargée de ce commissariat, mené avec grande rigueur, avait confié la ligne théorique de l’exposition à la philosophe Fabienne Brugère. Cette dernière alertait sur l’urgence à révolutionner nos manières d’être et de faire pour « passer de l’usure à l’usage ». « Nous sommes des humains vulnérables, expliquet-elle. La pandémie de covid-19 a rendu visible cette fragilité que beaucoup avaient pu oublier. La proximité de la mort s’est manifestée soudainement. Nous avons eu peur. Les virus, les volcans en éruption, les tsunamis, les guerres, les accidents nucléaires, la sécheresse chronique, le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité sont autant de maux. D’autant plus que les actions humaines ont des effets irréversibles sur la nature. Le monde est soudain devenu vieux. Le capitalisme financiarisé l’a poussé au bord du gouffre. User, abîmer ou altérer ne sont-ils pas les maîtres-mots de la circulation mondialisée ? Le “bien-être” de quelques-uns se fait au détriment d’une multitude d’autres humains réduits à la survie. »

Aussi, pour habiter un monde détérioré par les sociétés humaines proposait-elle quatre verbes désignant les possibles usages du monde : « Réparer ; soutenir ; détourner ; créer. » (…)

RetroSuburbia – Holmgren Design
© Oliver Holmgren

Texte  Sophie Trelcat
Visuel à la une Le projet des Ice Stupas, région du Ladakh, en Inde, pensés par l’ingénieur Sonam Wangchuk © Sonam Wangchuk

Retrouvez l’intégralité du dossier Les usages du monde ou comment prendre soin de notre planète de Sophie Trelcat dans Archistorm daté janvier – février 2021